‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 53 sur 246 · S. Baluzius, loc. cit., T. II, col · texte numérisé non relu

S. Baluzius, loc. cit., T. II, col

3. Historiens de France. T. VI, p. 143. Chronique de Saint-Denis.

4. Historiæ Francorum scriptores, T. II. p. 251. Eginhardi Annales , de gestis Caroli magni.

5. Ibidem, T. II, p. 281 et 314. De gestis Ludovici pii imperatoris.

6. S. Baluzius, loc. cit., T. I, col. 690. Ultra Sequanam pagis XXVlll id est Catalonis, Meltianum, Ambiensis et Pontivus usque ad marc.

7. Ex cartulario mon. sancti Pétri Corbeïensis, p. 23, cité par Du Cange.

A son règne appartient toute une série de deniers et d’oboles portant le monogramme du prince et la désignation plus ou moins abrégée : Ambianis civitas l. L’atelier monétaire fonctionnait donc régulièrement sous les Carolingiens, et il est bon de remarquer que si l’on ne signale aucune pièce amiénoise au nom des successeurs de Charles le Chauve, Eudes excepté, ce n’est pas une raison pour conclure que la fabrication se trouvait interrompue car, dans beaucoup de villes, on continua à frapper des monnaies au monogramme de Charles le Chauve longtemps après sa mort.

L’Invasion des Normands.

Aucun des rois prédécesseurs de Charlemagne n’avait apporté dans le souci de la protection du commerce autant de discernement que ce prince. Pendant son règne, les villes situées sur le cours d’un fleuve acquirent un notable développement. L’état très florissant de Quentovic (Étaples), d’Amiens, de Rouen, de Paris, de Troyes, de Sens, de Pont- Sainte-Maxence, d’Orléans, pour ne citer que les principaux centres de la Neustrie 2, n’avait pas été le résultat du concours fortuit des circonstances, mais le fruit de tout un système réfléchi, digne du vaste génie qui présida à la réunion de tant de nations sous le même sceptre puissant.

Les incursions des barbares Scandinaves et les dévastations qui devaient signaler l’apparition des Normands sur les côtes de l’Océan, allaient bientôt, hélas, anéantir la prospérité que la sage administration de Charlemagne avait fait naître. Sous le nom de Normands les peuples confondaient alors les Teutons des contrées boréales ; ceux dont les

1. Maurice Proux. Monnaies carolingiennes , p. 87. Planche VI, n° 231.

2. Historiens de France. T. Y, p. 742. Præceptum Karoli magni.

LES COMTES if AMIENS.

descendants occupent encore aujourd’hui le Danemark, la Suède et la Norwège et qui formèrent comme le dernier ban de l’idolâtrie contre la civilisation chrétienne. Ces pirates procédaient dans leurs invasions d’une manière uniforme : ils remontaient les fleuves aussi loin que la profondeur des eaux le permettait à leurs barques légères; des fleuves ils passaient dans les rivières et répandaient sur les deux rives des bandes de pillards avides qui portaient partout l’incendie et la désolation. Ils s’attaquaient de préférence aux églises et aux monastères, massacraient impitoyablement les prêtres et les fidèles, ne conservant la vie qu’à ceux-là dont ils espéraient de fortes rançons.

Les Normands opèrent une première descente dans nos parages pendant les années 859 et 860. Après avoir pillé et brûlé l’abbaye de Saint- Valéry \ située à l’embouchure du fleuve de la Somme, ils envahissent Amiens.

Ils reviennent plus terribles vingt ans après, ruinent une seconde fois Saint-Valéry, ruinent le Ponthieu, le Vimeu et l’abbaye de Saint-Riquier, ruinent encore Amiens, ruinent Corbie et s’échappent emportant les riches dépouilles des lieux saints 1 2. A cette seconde invasion, survenue pendant l’hiver de 881, se rapporte probablement l’incendie de la basilique de Notre-Dame et de Saint-Firmin ; incendie ayant entraîné l’irrémédiable perte de précieuses archives 3.

1. Annales Bertiniani, Édit, préc., p. 99. « Dani noviter advenientes monasterium Sancti Valarici et Samarobrivam Ambianorum civitatem aliaque circumquaque loca rapinis et incendiis vastant. »

2. Annales Vedastini, Édit, de la Société de l'Histoire de France, p. 309.

Usque Ceîitula monasterium Sancti Richarii et Sancti Walarici, omnia loca circa mare, monasteria et vicos, indeque Ambianis civitatem atque Corbeiam monasterium petentes

3. Cartulaire du Chapitre, T. I, p. 47, Ch. liii, de 1057. Maximeque ecclesiam que est Ambianis, jam olim, Normannis insistent ibus et usque ad solum eam perdentibus, non solum privilégia sed et terras et cetera que illius fuerant amisisse.

Les chroniqueurs 1 tracent un tableau lamentable des ravages des pirates, qui semblent avoir juré l’extermination du genre humain, et qui se ruent sur les églises, « le feu dans les yeux et le fer à la main » comme des bêtes farouches se jettent sur une proie. Celle de Saint-Riquier, demeurée longtemps déserte après le passage des Normands, n’offrait plus aux regards attristés qu’un amas confus de toits délabrés et de ruines ; un simulacre de tombeau !

« La mer ne met aucun terme à ses désolations, s’écrie un moine, au souvenir de ces jours maudits 2, elle ne cesse d’épouvanter les habitants de la terre par quelque catastrophe imprévue. A notre époque, elle vomit sur ses rivages les monstres qu’elle a nourris de ses poissons. Elle obéit sans doute aux lois de la nature quand elle dévore des êtres vivants et les engloutit dans ses torrents impétueux. Mais l’idée qu’on s’était formée de sa barbarie fut bien dépassée lorsqu’au lieu de nous offrir, à l’ordinaire, ses dons bienfaisants, elle nous amena d’abominables assassins ; lorsqu’à la délicieuse nourriture qu’on recueille sur ses côtes, succédèrent les messagers de la mort, traînant avec eux la faim au teint hâve et livide. Qui n’a vu en effet les hordes cruelles des Danois couvrant au loin les plaines de la mer de leurs barques ? Ces barbares, du milieu de leurs mâts élevés, nous représentent les bêtes fauves dans une forêt »

Les Normands occupent Amiens. Tout semble leur réussir3. Ils se répandent dans la campagne et mettent le pays à feu et à sang jusqu’à Beauvais. A la nouvelle des désastres qui

1. Hariulf. Chronique de l’Abbaye de Saint-Riquier, Édit préc., III, Ch. xx, p. 142. — Aimoini Monachi Historiæ Francorum. Paris, 1567. — Historiens de France, T. VIII, p. 285. Ex chronicon Tornacensi.

2. Acta Sanctorum. Aprilis, T. III, p. 452. Miracula Sancti Richarii.

3. Annales Vedastini. Édit, préc., p. 310. — Annales Rertiniani. Édit, préc., p. 286. « Qui vastantes omnia insuo itinere, Corbeiæ monasterium et Ambiants civitatem aliaque sancta loca occupaverunt. »

LES COMTES D’AMIENS

désolent le pagus Ambianensis, Louis le Bègue accourt du fond de l’Aquitaine et remporte sur les barbares la brillante victoire de Saucourt en Vimeu, qui les oblige k se retirer momentanément b

Ils reparaissent sur les bords de la Somme, pendant l’automne de l’année 883, et se disposent k hiverner à Amiens1 2. C’est alors que le roi Karloman, ne voyant aucun moyen de les chasser par la force, essaie de les tenter par l’appât de For. S’adressant à Sigefride, neveu du roi Horic et son vassal, depuis longtemps converti au christianisme, il le charge de négocier avec eux. Sigefride vint à Beauvais et, de Beauvais, à Amiens3. Sa mission réussit. On convint que les Normands recevraient douze mille écus d’or; qu’ils sortiraient du royaume et s’engageraient k n’y pas rentrer de longtemps.

Le chef Hastings les ramena en 890. Ils campèrent k Argœuves 4, village situé non loin d’Amiens et quittèrent cette localité, l’année suivante, pour se retrancher et se fortifier dans la ville5, d’où le roi Eudes essaya vainement de les déloger 6.

Notre malheureuse cité se vit donc exposée aux incursions périodiques des Normands, pendant plus d’un siècle, jusqu’au jour où, pour sauver son royaume, Charles le Simple est obligé de leur céder la plus fertile portion de la Neustrie. La contrée, abandonnée aux pirates, échangea son vieux nom

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