‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 54 sur 246 · Annales Vedastini. Édit, préc., p · texte numérisé non relu

Annales Vedastini. Édit, préc., p

2. Ibidem, p. 317. Tune Ambianis civitatem ad hiemandum sibi sedem parant.

3. Ibidem. Édit, préc., p. 317. « Ille verô Bellovagum venit, et ità Ambianis perrexit ad exercendum injunctum sibi negotium. »

4. Ibidetn, p. 337. « Alstingus vero cum sais Argona (Argova) super Sumnam sedem sibi firmavit. »

5. Ibidem, p. 341. « Qui verô Argobio Ambianis sedem sidi firmant. »

6. Ibidem, p. 341. « Odo vero rex, adunato exercitu, Ambianis pergit sed nil ibi prospéré gessit. »

contre celui de Normandie et fut partagée entre les nouveaux maîtres, proportionnellement à la situation qu’ils occupaient, dans l’armée de Rollon (911-912).

Habitués à une existence nomade, insatiables de conquêtes et de butin, les Normands ne se font pas faute d’inquiéter les populations voisines de leurs possessions. En 925, ils fondent à l’improviste sur les riches campagnes du Beauvaisis et de l’Amiénois, et commettent tant d’atrocités que le plat pays se réfugie dans les villes. Amiens est encore une fois incendié.

Après une occupation aussi prolongée, après tant de ruines, on ne s’étonnera pas qu’il soit pour ainsi dire impossible de fouiller le sol sans y rencontrer des débris de constructions ayant subi l’action du feu, et que la plupart des tombes gallo-romaines, exhumées de notre temps, aient été visiblement violées et dépouillées de ce qu’elles renfermaient de précieux.

Les comtes de la Maison de Vermandois.

L’absence d’un pouvoir fort et capable d’opposer une armée sérieuse à de si terribles dévastateurs, faillit causer la ruine de la France entière. Que faisaient les comtes chargés de la garde de l’Amiénois? Nulle part il n’en est dit un mot. On se demande s’il en existait encore ; si les rois, de qui ils tenaient leur dignité, n’avaient pas laissé le poste momentanément vacant. Un titre de Charles le Simple, — de la neuvième année du règne, — mentionne, il est vrai, l’illustre comte Hermenfroid, à la prière de qui le prince confirme les privilèges de l’abbaye de Corbie, située dans les limites de son comté, mais rien ne fait supposer qu’il ait essayé d’organiser la résistance.

LES COMTES D’AMIENS

Du jour où les Normands avaient légalement occupé la meilleure portion de la Neustrie, notre ville était devenue un poste d’avant-garde qu’il importait de fortifier pour le mettre à l’abri de leurs attaques, et le comté d’Amiens empruntait à sa situation sur la frontière du duché de Normandie une importance qu’il n’avait jamais eue. Or, nous arrivons aux temps qui voient grandir maintes souverainetés locales que, pendant deux siècles, on opposera à la Couronne de France.

Parmi les puissants feudataires bénéficiant de l’anarchie féodale figure, en première ligne, au début du xe siècle, Herbert II surnommé le Grand, comte de Yermandois et d’Amiens, descendant de Charlemagne, fils d’Herbert Fr et petit-fils du comte de Paris Robert le Fort, d’illustre mémoire. Il était comte de Yermandois par droit de naissance. Comment avait-il été mis en possession du comté d’Amiens ? Par la force peut-être, peut-être aussi par le bon plaisir de Charles le Simple, dont l’intérêt était de confier à un puissant seigneur l’investiture de l’Amiénois, depuis trop longtemps à la merci des Normands.

Esprit inquiet et remuant, démesurément ambitieux, fort batailleur, le comte d’Amiens joue un rôle prépondérant dans les intrigues et dans les luttes continuelles qui mettent tour à tour aux prises le roi de France, les comtes de Paris, Robert et Hugues le Grand, ainsi que les ducs de Normandie et de Rourgogne, et les comtes de Flandre et de Montreuil.

Du Cange a tracé d’Herbert II un portrait peu flatteur 1 : « Si nous jetons, dit-il, les yeux sur son existence, nous ne reconnaîtrons que déloyautés, que perfidies, que manquements de parole, brûlements, pilleries et usurpations de biens d’églises, mais surtout des attentats horribles contre

1. Histoire de l’État de la ville d’Amiens et de ses Comtes, p. 106.

la personne sacrée de son roi, sur lequel il porta une main sacrilège ; qu’il arrêta par deux fois et qu’il laissa finalement mourir dans le château de Péronne. »

Après avoir été l’allié de Hugues, comte de Paris1, dans la lutte dirigée contre le roi, Herbert II devint son plus redoutable adversaire, et le siège d’Amiens fut le principal épisode de la guerre sans pitié qui mit aux prises ces deux puissants feudataires. Assisté des troupes que plusieurs des évêques de la région lui procuraient, Hugues se présenta sous les murs de la ville et multiplia les assauts au point de triompher en peu de temps de la résistance des partisans du comte d’Amiens, obligés de se rendre à merci et de lui livrer des otages. 932 2.

Herbert II le guerrier perpétuellement en lutte avec ses voisins et qui a possédé le comté pendant plus de quarante ans (902-943), est bien l’homme à qui il est vraisemblable d’attribuer la restauration de l’enceinte fortifiée de la cité épiscopale et la restauration, sinon la construction, de la forteresse féodalequelesévénements, qui précédèrent l’émancipation communale, ont rendue célèbre sous le nom de la tour du Castillon. Cette tour occupait aux environs ou sur l’emplacement de l’hôtel de ville actuel une situation dominante qui commandait les abords de la cité et la cité ellemême.

Ce qui ressort nettement des textes de Flodoard c’est l’existence simultanée et très distincte, à l’époque du comte Herbertet de ses successeurs immédiats, de l’enceinte fortifiée de la ville et de l’enceinte fortifiée du castillon (castrum).

Flodoard ou Frodoard, né à Épernay en 894 et mort en 966, relate les événements accomplis de son temps dans la province de Reims, dont Amiens faisait partie. Il n’a pu

1. P. Colliette. Mémoires pour l’histoire du Vermandois, T. I, p. 446.

2. Historiens de France. T. VIII, p. 188. Chronicon Frodoardi.

LES COMTES D’AMIENS

se méprendre sur la valeur des expressions alors admises pour désigner les différents genres de places de guerre.

Les mots civitas (ville épiscopale), et castrum (résidence fortifiée du comte), reviennent constamment sous la plume de l’annaliste rémois, avec une signification bien distincte1. L’une et l’autre sont environnées de murailles en état de soutenir des sièges. Cela ressort des textes de Flodoard, notamment, en ce qui concerne la ville, de ce paragraphe où il est dit que le comte de Paris l’assiège et qu’il multiplie

les attaques : obsidens civitatem Ambianensem crebroque

quatiens bello. C’est qu’en réveillant l’énergie des populations du royaume, engourdies par une longue période de paix, l’invasion normande avait eu pour effet de les contraindre à pourvoir à leur sécurité, soit en relevant les murailles, soit en organisant une force armée qui leur inspirât la conscience de leur valeur et les mit à même de prendre part aux luttes qui divisaient trop souvent les seigneurs ecclésiastiques ou laïques dans la dépendance desquels se trouvaient les villes.

Tout porte à croire qu’Amiens, au xe siècle, était encore circonscrit dans les limites étroites qu’il occupait au ve siècle.

A la mort d’Herbert II, le comté échoit à son troisième fils Eudes. Telle est la révolution opérée par le développe-

1. Il s’agit de la ville épiscopale (civitas) : lorsqu’il est parlé de l’expulsion de l’évêque Thibaut: Post expulsionem in Ambianensi urbe. ( Chro nicon, loc. cit., T. VIII, p. 175). 2° Quand le comte Hugues assiège Amiens : Obsidens civitatem quarn tenebant fideles Heriberti. (VIII, p. 488).

3° A la reprise d’Amiens par Louis IV : Ambianensem quoque urbem

domestici regis recipiunt. (VIII, p. 197).

Il s’agit de la résidence fortifiée des comtes (castrum) 1° Dans la donation du comté à Herluin : Castrum Ambianensium eidem Herluino dédit. (VIII, p. 197). 2° Quand on se dispute la possession du comté : Bellorum tumultus agitantur ob castrum Ambianense. (VIII, p. 211). 3° Quand les Amiénois livrent le château au comte Arnould : Ambianenses castrum Arnulfo comiti produnt. (VIII, p. 203).

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIEXS.

ment de la féodalité, que notre comté devenu l’objet d’une simple investiture constitue un droit, une propriété, qui se transmet de père en fils, ainsi qu’un héritage de famille.

La lignée seigneuriale se substitue maintenant à l’État. L’office de comte, cessant d’être un mandat pour devenir une propriété, n’a plus pour but l’intérêt général, mais bien plutôt l’intérêt personnel du titulaire.

Inquiet des progrès de la Maison de Vermandois et de ses empiètements successifs, le roi déclare la guerre à Eudes; Eudes se retranche dans Amiens. L’évêque Dérold le trahit et livre la ville aux troupes royales. Cette alliance de Louis IV d’Outre-Mer et du prélat est bien dans la note politique des premiers Capétiens, qui partout se rapprochent de l’Église et invoquent l’appui de l’autorité épiscopale contre les pertubateurs de la paix publique.

A la suite de ces hostilités, le roi confisque le comté d’Amiens et en investit Iierluin, comte de Montreuil et de Ponthieu, fils d’Helgaud \ qui avait péri les armes à la main dans la lutte contre les Normands. C était l’ennemi déclaré de la Maison de Vermandois.

Entre Herluin et son fils Roger, d’une part, et Arnould comte de Flandre, gendre d’Herbert II, beau-frère d’Eudes et son fils Baudouin, d’autre part, s’engage alors une lutte sanglante dont le comté d’Amiens est le principal enjeu.

Hugues, comte de Paris, qui tient le parti d’Herluin, se présente devant la ville (950). L’évêque Ragembauld l’introduit dans celle des tours qu’il occupe avec ses gens, tandis que, retranchés dans une autre tour, les alliés du comte de Flandre soutiennent un siège en règle 2, dont l’issue ne nous est pas connue.

A la mort d’Arnould, comte de Flandre (964), le roi

d. Hariulf. Chronique de Saint-Riquier. Édit, préc., p. 117.

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