‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 63 sur 246 · LA PAROISSE SAINT-FIRMIN-EN-CASTILLÛN · texte numérisé non relu

LA PAROISSE SAINT-FIRMIN-EN-CASTILLÛN

emplacement du château des comtes

(Place actuelle de l'Hotel- de.-Ville)

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LA RÉVOLUTION COMMUN A LF

qu’il était autrefois, le lieutenant de l’évêque se transforma en un seigneur puissant ne craignant pas de traiter de pair avec son suzerain, ni même d’entrer en lutte avec lui E Tel apparaît, au début du xue siècle, le vidame Gucrmond, sire de Picquigny, personnage fier, vindicatif, ennemi déclaré du châtelain, et exerçant une influence prépondérante sur le prélat qui redoute les effets de son caractère hautain.

Guermond ne pouvait se séparer de Geoffroy dans la lutte qui mettait aux prises toutes les puissances féodales amiénoises; il se déclara tout naturellement l’allié des bourgeois contre le comte Enguerran.

Enguerran de Boves ne mérite pas d’être enveloppé dans la réprobation universelle qui déshonore la mémoire de Thomas de Marie, son fils. 11 n’avait point été étranger à la nomination de saint Geoffroy à l’évêché d’Amiens, et sa - générosité à l’égard des abbayes de la contrée explique les éloges que lui décernent les chroniqueurs contemporains, tous ecclésiastiques. Tandis en effet que Suger n’a pas assez de malédictions contre le fils, le brigand, le suppôt du diable, le cruel ennemi du nom chrétien, l’excommunié avide de pillage, de meurtre et d’iîicendie, il consent à reconnaître

1. En reconnaissance de la protection que les vidâmes (vice domini), sires de Picquigny, accordaient à leurs intérêts temporels, les évêques leur avaient inféodé la partie du domaine ecclésiastique suburbain qui s’étendait à l’ouest de la ville, en demi-cercle, de la Somme au chemin de Beauvais. Le vidame Girard de Picquigny en a distrait le fief important, situé entre le chemin menant à l’abbaye de Saint-Jean et le chemin de Beauvais, qui s’appela depuis le fief de Conti. Ce fief, vendu d’abord à Mathieu de Croy, Firmin le Roux et Jacques le Mongnier (décembre 1234), appartint, au début du xive siècle, à Guillaume et Jean de Conti dont le nom lui est resté, puis, à Colart d’Eudin, puis à Emont de Bouberch, chevalier seigneur de Frencq, qui le vendit le 9 novembre 1416 à messire de Lobel, doyen du chapitre de la cathédrale. Archives dép., fonds du chapitre, arm. 2, liasse 60, nos 1, 4, 5, 6. — Le quartier habité par les vidâmes se trouvait borné au nord, par la Somme; à l’est, par la rue du Bas-Vidame et l’ancienne rue de la Grotte; au sud, par la rue Mondain, avec prolongement jusqu’au fossé Marie-Caron qui le limitait à l’ouest.

chez le père les instincts d’un homme « bienfaisant et particulièrement honorable » b

Le quatrième seigneur investi de droits féodaux dans la ville, est le châtelain Adam, héritier et successeur de ces lieutenants des comtes, autrefois chargés d’occuper et au besoin de défendre la résidence que le suzerain n’habitait pas et qui, bénéficiant de l’anarchie féodale, étaient parvenus eux aussi à se rendre propriétaires de la forteresse confiée à leur garde 2.

Adam, le vassal et très probablement l’allié de la Maison de Boves, venait de prêter serment de fidélité au roi de France. Suger le traite de tyran, ce qui s’accorde assez mal avec le caractère pacifique que lui prêtent nos historiens. Geoffroy lui témoignait de la sympathie pour chercher sans doute un appui contre le vidame. Il le lui prouva le jour où, par une froide matinée de janvier, il se rendit à Picquigny, revêtu d’un vêtement de pénitence et accompagné seulement de deux serviteurs pour obtenir la liberté d’Adam que Guermond retenait prisonnier. Ni les supplications de l’évêque, ni la sentence d’excommunication, renouvelée par lui en l’église de Picquigny, ne purent triompher de l’obstination du vidame. Il fallut que Guermond tombât lui-même, à quelque temps de là, entre les mains du comte de Ponthieu pour qu’il se décidât à délivrer le châtelain à la condition d’être également relâché.

1. Suger. Vie de Louis le Gros. Édit. Molinier, 1887, pp. 15-81. M. A. Janvier. Boves et ses seigneurs.

2. Il paraît probable que châtelain et vicomte, dont les attributions primitives étaient essentiellement distinctes, sont maintenant synonymes. M. Giry [Hist. de Ici ville de Saint-Omer et de ' ses attributions, p. 98) établit que le castellanus de l’époque féodale est le vicecomes de l’époque précédente. Si le châtelain d’Amiens se fût exclusivement occupé de re militari, et un vicomte de justicia, à l’époque de la révolution communale les textes les mentionneraient tous deux. Or, il n’est plus fait mention que du châtelain et c’est lui que l’on dépouille des droits de juridiction.

LA RÉVOLUTION COMMUNALE

Jï.

Les hostilités.

L’histoire de la commune présente ici un singulier intérêt. Mieux que partout ailleurs, elle accuse l’attitude des pouvoirs féodaux appelés à prendre part à la sanglante tragédie qui révèle l’ardeur et l’énergie des revendications populaires. Les partis en présence sont, pour la commune, l’évêque et le vidame; contre la commune, le comte et le châtelain.

Les moindres circonstances de la lutte nous sont connues grâce à la chronique de Guibert, surnommé de Nogent, pour avoir été moine et abbé du monastère de Nogent-sous-Coucy, près de Laon. Ce Picard, penseur original à l’esprit novateur et critique, raconte dans des pages pleines de vie les épisodes de la révolution communale d’Amiens à laquelle il s’intéressait, car l’évêque Geoffroy avait été son prédécesseur immédiat à la tête de l’abbaye de Nogent. Dans cette autobiographie écrite en un style personnel et passionné qui en fait une œuvre presque unique au moyen âge, tout ne doit pas être pris à la lettre : la haine pour la nouvelle institution l’aveugle parfois sur les causes des insurrections et l’empêche d’en mesurer les résultats1.

La féodalité bornait alors ses moyens de défense à la possession d’une tour. Il suffisait à une faible garnison de s’abriter derrière de hautes murailles, pour repousser les efforts d’assaillants obligés de procéder par la sape et l’escalade et de concentrer sur un point donné une force à peu

1. A. Lefranc. Hist. de la ville de Noyo?i et de ses institutions, p. 30.

Historiens de France. T. XII, p. 260 et suiv. — Guiberti. Abbatis B. Mariæ de Novigento opéra. — Historiens de France. T. XIV, p. 179. Vie de saint Geoffroy. Fuerat enim in urbe turris excelsa, multis propugnaculis et mœnibus adeo munita ut inexpugnabilis videretur.

près égale à la force des assiégés. La défense l’emportait sur l’attaque.

Le principal objectif des bourgeois et de'leurs alliés sera donc la tour du Castillon, construite dans de colossales proportions, et à l’instar de celles bien connues de Coucy et de Château-Gaillard. Elle était très haute, au dire des chroniqueurs, environnée de retranchements et de murailles.

Cette tour l, également connue de la postérité sous le nom de tour des Vergiaus et de châtelet des Vergiaus, occupait au sud-ouest de la cité, « depuis environ le Bailliage jusqu’à la rue des Vergeaux2 » et vraisemblablement entre les rues Delambre, des Jeunes-Mâtins et des Vergeaux, une situation que les historiens du temps nous représentent comme inexpugnable. Les retranchements (propugnacala) et les murailles ou palissades (mœnia), qui l’isolaient et qui en protégeaient l’accès, s’étendaient assez loin, au sud et à l’est ; l’importante levée de terre, actuellement encore apparente en plusieurs endroits, et qui se développe, à peu près en ligne droite, de la rue de la République (ancienne rue des Rabuissons) à la rue de Beauvais, pourrait être le dernier vestige des ouvrages avancés du Castillon 3. Sur la

1 . Castillon , traduction vulgaire de Castellum, résidence fortifiée du châtelain, dont l’enceinte correspond aux limites de la paroisse de Saint- Firmin-en-Castillon, instituée après les événements delà commune. Une charte de 1174 (Arch. dép., G. 244), mentionne le curé de cette paroisse : Henricus presbyte r sancti Firmini in castello.

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