La Morlière. Édit, préc., pp. 65 et
3. M. C. Pinsard. Coll, préc., LIX. — La levée de terre, encore apparente, dans le jardin du n° 17 de la rue Duméril, où elle atteint deux mètres, se retrouvait dans le jardin du n° 59 de la rue des Cordeliers. La banquette a été coupée pour le passage des Cordeliers, et elle se retrouve au n° 3 de ce passage, dont le rez-de-chaussée est en contre-haut de deux mètres, puis au n° 3 de la rue Duméril et se continue aux nos 7 et 9 de la rue de Beauvais. M. Pinsard a recueilli la tradition de la démolition d’une muraille énorme, lors de la construction de la façade circulaire sud de la place Périgord (Gambetta),
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foi du * viol manuscrit » déjà cité, que La Morlière eut entre les mains, cet écrivain pense qu’entre le château et la ville, existait « une moult belle place nommée le Vergier, d’où l’appellation de rue des Yergeaux. »
Une grande partie des substructions découvertes en 1878, sous l’aile est de l’Hôtel de Ville, ne peuvent en raison du niveau du sol sur lequel elles sont établies, être attribuées sûrement aux xe et xie siècles. Peut-être reconnaîtrait-on plus justement des débris de la tour dans d’autres épaisses murailles mises à jour presque au niveau actuel et paraissant de date postérieure.
11 serait du plus haut intérêt de connaître exactement la nature du serment que nos ancêtres ont prononcé pour tramer ce que les chroniqueurs appellent la conjuration, et comment ils ont formulé leurs revendications. Aucun document de cette nature ne nous est parvenu.
Une révolte qui tend ouvertement à la ruine des prérogatives inhérentes à la possession du comté appelait une répression énergique. Enguerran marche sur Amiens, la ville résiste. Le châtelain lui ouvre les portes du Castillon, d’où l’on peut braver impunémentles attaques des bourgeois. Ceux-ci cherchent à se créer des alliés.
L’évêque a spontanément approuvé le pacte communal auquel le roi Louis YI vient de donner la sanction de la reconnaissance officielle, moyennant finances. Ce sont des encouragements précieux, mais qui ne sauraient dispenser les Amiénois d’implorer le secours d’un puissant auxiliaire pour triompher du comte et du châtelain coalisés.
Enguerran et son fils sont en guerre. Peut-être parviendrait-on à les opposer l’un à l’autre. Dans des circonstances analogues et très récentes, Thomas de Marie s’est déclaré partisan des bourgeois de Laon ; sa belle-mère, Sybille de Château-Porcien , l’a fait injustement dépouiller et chaque jour, par ses intrigues, lui suscite de nouveaux ennemis.
Cédant aux conseils perfides de cette marâtre, le sire de Boves le poursuivait de sa haine. Une occasion de vengeance se présente. Ne la saisira-t-il pas?
Exploitant à leur profit de lamentables querelles de famille, les bourgeois l’appellent à leur secours, comme s’il eut été « leur affectionné seigneur ».
Les négociations sont près d’aboutir et Thomas n’est point éloigné d’accorder son concours à la commune, quand Enguerran parant habilement le coup, le fait venir, lui expose que déjà vieux, impotent et incapable de diriger la défense du Castillon, il a besoin de son appui. Il parvient à le réconcilier avec Sybille, et finalement le détache du parti des Amiénois, auxquels il reprochait sans doute, de se laisser mener au combat par un évêque.
A une époque où les mœurs ne brillent point par la douceur, la cruauté de Thomas de Marie est proverbiale ; on parle avec horreur du plaisir qu’il prend à verser le sang et de la haine qu’il témoigne à l’Église.
Par ses ordres et en punition de l’alliance des bourgeois avec Geoffroy, plusieurs métairies épiscopales sont impitoyablement pillées et incendiées. Dans l’une d’elles, le farouche baron installe son camp ; dans une autre il brûle l’église sans pitié pour les malheureux qui s’y sont réfugiés et qui pour la plupart périssent au milieu des flammes. Parmi les prisonniers emmenés par ses troupes, se trouve un vieil ermite venu à la métairie pour acheter du pain. Thomas de Marie le fait comparaître, — c’était la veille de la solennité de saint Martin, — le malheureux captif demandait miséricorde en mémoire du grand apôtre, mais Thomas, brandissant son épée, le transperce d’outre en outre et s’écrie : Reçois ce coup en l’honneur de saint Martin !
La réconciliation avec Sybille n’est d’ailleurs qu’une hypocrisie. Cette femme, « au cœur plus féroce que le cœur de l’ours, » a juré de perdre Thomas. Pendant l’une des
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sorties quotidiennes dirigées contre les assiégeants, celui-ci, tombé dans les embûches que la haine a dressées sous ses pas, reçoit du vidame Guermond un si violent coup de lance au jarret, qu’il est obligé d’abandonner la lutte et de se retirer au château de Marie pour y guérir sa blessure. Rendu plus furieux contre Sybille, ne pouvant se venger directement, il imagine une nouvelle perfidie.
Elle avait un frère, archidiacre de Laon , nommé Gaulthier, à qui Thomas imputait en grande partie le mariage d’Enguerrande Boves. Il périt misérablement assassiné au retour d’un voyage à Amiens.
La retraite momentanée du sire de Marie ne ralentit pas l’ardeur des assiégés ; la garnison de la tour (turrenses) oppose une résistance acharnée. Les contemporains renoncent à évaluer le nombre des bourgeois tués dans les sorties ou dans les différents assauts1. Gomme la lutte menace de se prolonger indéfiniment, le découragement gagne les plus fanatiques. On murmure contre l’évêque, on lui reproche d’avoir déchaîné les passions populaires2, d’avoir cédé à un premier mouvement d’enthousiasme pour des doctrines nouvelles. Ses collègues de l’épiscopat formulent contre sa politique des critiques d’autant plus acerbes que le succès ne couronne pas l’entreprise. Aussi, lorsque Geoffroy se voit condamné par les membres autorisés de l’Église, isolé, abandonné. son âme brisée se prend à désespérer. Ne fait-il pas fausse route à la tête de ce peuple ( iurbam) dont il a encouragé les revendications et qui, décimé par les traits d’un ennemi puissant, hésite maintenant et s’arrête effrayé des consé-
1. Guibert de Nogent, loc. cit. Referri non possunt ab aliquo ne ab
eis quidem quorum pars periclitabatur, factœ neces de burgensibus per turrenses cum ante obsidionem tum postea crebiores
2. Guibert de Nogent, loc. cit. At episcopus cum vidisset suam nec
clero,nec populo præsentiam esse gratam — Turbam moverat quant sedare non poterat
quences de la révolte ? Assumera-t-il plus longtemps la responsabilité d’une révolution sanglante ?
En proie à de tels scrupules, le saint prélat, résolu de se soustraire au tumulte des armes et de consacrer aux rudes austérités de la vie monastique le reste d’une existence épuisée par toutes les fatigues de l’âme et du corps, fait remettre l’anneau pastoral à l’archevêque de Reims, se retire d’abord au monastère de Cluny, puis s’enfonce dans les déserts de la Chartreuse, près de Grenoble.
Les évêques de la province ecclésiastique se trouvaient alors réunis en synode, à Beauvais, afin d’aviser aux moyens d’opposer une barrière aux brigandages de Thomas de Marie. Le meurtre de l’archidiacre de Laon venait de mettre le comble à ses iniquités. Conon, évêque de Préneste et légat du Saint-Siège, avait formulé contre lui une sentence d’excommunication et de dégradation chevaleresque, lorsque surviennent des envoyés amiénois, se plaignant du départ de leur évêque et sollicitant, des pères du synode, l’autorisation de lui choisir un successeur. Or, aux yeux de ceux-là même qui ne partageaient pas ses sentiments politiques, Geoffroy passait pour le plus saint et le plus accompli des prélats.
« Comment osez-vous formuler pareille requête, dit l’archevêque de Reims, aux députés bourgeois, vous dont les intrigues et les discordes ont obligé un évêque, modèle de toutes les vertus, à déserter son poste ! Où trouver un élu qui approche de sa sainteté ? Rougissez de honte, en songeant que, par votre faute, l’Église d’Amiens s’est vue privée d’un homme aussi distingué ! Que lui pouvez-vous reprocher ? A-t-il poursuivi des gains sordides? A-t-il trafiqué des biens ecclésiastiques ? Jamais ! Eh bien ! Si longtemps que vivra Geoffroy, il demeurera le pasteur de vos âmes, et ne vous occupez désormais d’autre chose que de le ramener parmi vous ! »
Sur les entrefaites arrive une lettre adressée aux pères
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du concile; lettre que l’humilité la plus admirable a dictée, dans laquelle le prélat rappelle ses constants efforts pour enseigner la doctrine de Jésus-Christ dans toute sa pureté. Ses exemples ne répondaient pas à ses intentions. Il suppliait les évoques de le considérer comme à jamais indigne d’occuper le trône épiscopal d’Amiens1. La décision à prendre ayant été renvoyée au concile qui devait prochainement se réunir à Soissons, les évêques assemblés en cette ville (1er janvier 1114) décident que Geoffroy doit retourner au plus tôt à Amiens : le roi le veut ainsi.
Henri, abbé du Mont-Saint-Quentin et un moine de Cluny se rendent au monastère de la Chartreuse porteurs de deux épîtres : l’une enjoint à l’exilé volontaire de reprendre des fonctions qu’il a eu le grand tort d’abandonner : l’autre ordonne aux religieux chartreux de le laisser partir.
Geoffroy obéit, non sans peine, à la volonté nettement exprimée du concile, et vient reprendre le gouvernement de son diocèse, après un séjour d’environ deux mois à la Chartreuse. Les historiens ne sont pas d’accord touchant l’accueil que lui fait la population. Il est reçu avec une certaine satisfaction, selon les uns ; avec mépris et à regret suivant Guibert de Nogent naturellement suspect qui, dans un récit entaché de partialité, ne craint pas d’attribuer, en la circonstance, aux Amiénois les sentiments dont lui-même ne peut se défendre.
Entre temps la lutte ne se ralentit pas, les défenseurs du Castillon multiplient les sorties ; on se bat dans les rues. Les bourgeois confient leurs objets précieux à la garde des moines du prieuré de Saint-Denis, hors les murs, où le droit d’asile les met en sûreté 2.
1. Historiens de France, T. XIV, p. 179. Vie de saint Geoffroy.
2. Historiens de France. T. XIV, p. 180, loc. cit. Extra muros urbis
Ambianensis est monasterium S. Dyonisii; in illud tum cives Ambianenses aurum , argentum, aliasque res suas deportarant
HISTOIRE DE LA VILLE d’âMIENS.
Louis VI porte alors la guerre au centre des possessions de Thomas de Marie, s’empare successivement des châteaux de Crécy, de Nogent, et ne consent à sauver de la ruine celui de Marie, qu’à la condition que le fier vassal indemnisera largement les églises victimes de ses brigandages.
C’est au cours de l’expédition dans le Laonnois que le roi reçoit d’Yves, évêque de Chartres, la lettre fameuse par laquelle, avec l’autorité de son expérience, le mentor du jeune prince lui fait un devoir de poursuivre jusque dans le Castillon, parmi les complices de Thomas, sa fille Milessende, fiancée à Aléaume, fils du châtelain Adam b
L’habile conseiller se garde de la moindre allusion aux motifs de l’insurrection communale, puisqu’il la réprouve en principe ; mais, invoquant l’intérêt majeur de la paix publique indignement troublée par Enguerran de Boves et le châtelain, au nom des décrets des conciles, il met le prince en demeure de châtier les contempteurs sacrilèges des lois de l’Église.
« Le digne et saint évêque d’Amiens est venu me trouver à Beauvais, écrit Yves de Chartres 1 2 ; il m’a exposé, les larmes aux yeux, les misères innombrables, les difficultés de toutes sortes que lui suscitent les perturbateurs de l’ordre social. Désireux d’atténuer ces maux, il me demandait conseil et mon embarras était grand, car les meilleurs avis ne peuvent rien, s’ils ne sont appuyés par la force. Je lui suggérai de s’adresser à la majesté royale, et je la supplie de prêter une oreille favorable aux accents de la douleur de cet infortuné prélat ! »
« Il importe en effet à votre Majesté de faire respecter le pacte de paix récemment promulgué; sans défaillance, sans considération pour qui que ce soit. Il importe de châtier sans