Aug. Thierry. Loc. cit . , T. I, p
3. Arch. mun. AA 5,p. 17 v°. 1226. — « Lettres de l’éveske et du capitle seur l’acort par le vile à aus faite de le redevanche ke on disoit le respit saint Fermin, réduit à 3 deniers une fois payés. »
Deux industries ont surtout contribué à la fortune d’Amiens au xme siècle : la fabrication des draps et la préparation de la guède. L’une et l’autre se sont développées à cause des avantages qu’offraient les cours d’eau, pour l’installation des moulins nécessaires afin de fouler les draps et de broyer la guède.
Rien de plus instructif que la lecture des statuts des tisserands et pareurs de drap. Avec quelle minutie les moindres détails de la main d’œuvre sont réglés. Quelles précautions dans le choix de la matière première et dans la teinture des étoffes. A quelle active surveillance sont soumises les pièces qui sortent de l’atelier, avant d’être marquées, par les eswars de la corporation, du sceau qui en garantira l’aunage et la qualité.
La fabrication des étoffes de laine et la teinturerie occupaient un grand nombre d’ouvriers. La laine des nombreux troupeaux élevés dans les plaines du Vimeu et de l’Amiénois ne suffisaient pas. On en faisait venir de grandes quantités d’Angleterre h
Les draps d’Amiens rivalisent avec les draps de Flandre et de Beauvais. Le dit du l audit rimé, fabliau de l’époque, fait assister à la foire du Landit1 2 (1 1-24 juin), la plus célèbre des foires parisiennes, qui se tient dans la plaine Saint- Denis. Parmi les villes réputées pour la bonne qualité de leurs produits, l’auteur anonyme cite :
Après Rouen en Normandie,
Louviers et Bretœul et Vernon.
Chartes, Biauvais, cité de nom,
Evreus et Amiens, noble halle.
1. Aug. Thierry. Loc. cit., T. I, p. 475. Philippe de Valois interdit aux Amiénois l’usage des laines d’Angleterre. 1340.
2. Fabliaux et contes des poètes françois des xie-xve siècles. Édit. Barbazan. T. II, p. 303.
AMIENS AU XIIIe SIÈCLE.
Non moins lucratif est le commerce de la guède ou du pastel — les picards prononcent waide, — matière colorante bleue, extraite de Yisatis tindoria, dont la culture a été très répandue, aux environs d’Amiens, tant que l’on ne connut pas l’indigo. Les tiges de cette plante, broyées et réduites en pâte, produisaient les beaux bleus pers dont la renommée fut plus qu’européenne. La guède s’expédiait en tourteaux et en tonneaux dans les entrepôts de l’Angleterre et de l’Ecosse, de l’Allemagne et des Flandres. Elle fit réaliser des fortunes considérables aux familles Le Seeq, de Saint-Fuscien, des Rabuissons, de Hangard, de Coquerel, pour ne citer que les plus connues l.
Les bourgeois avaient à ce point conscience de l’intérêt qui s’attachait à la prospérité de cette industrie, qu’en même temps que la confirmation de leurs privilèges, ils sollicitèrent de Philippe -Auguste, devenu leur suzerain, une ordonnance qui plaçât « le rnarquié du waide » sous la surveillance immédiate du mayeur et de la commune. 1I852.
Ne cherchons point ailleurs le motif de la situation exceptionnelle de la bannière des waidiers, la plus importante de la ville, l’une de celles à qui la municipalité imposait d’oftice les eswars que les autres corporations nommaient à l’élection. Sur les belles verrières, datant de l’époque de l’achèvement de la cathédrale que Du Gange a encore connues, se lisaient des inscriptions rappelant que plusieurs provenaient de la munificence des « maieurs des waidiers » 3.
On a remarqué, non sans raison, que l’azur domine dans l’armorial des familles échevinales, comme si elles avaient voulu conserver le souvenir de la guède, origine de leur élévation.
1. M. A. Janvier. Le Livre d'or de la Municipalité amiénoise , p. 24.
2. De Beauvillé. Documents inédits , T. IV, p. 24. Extrait du livre noir de févêche'.