‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 81 sur 246 · E SCEAU DE LA COMMUNE D'AMIENS · texte numérisé non relu

E SCEAU DE LA COMMUNE D'AMIENS

La bannière n’eut d’abord d’autres règles que l’usage né des exigences du moment. Après que Louis IX eut compris Futilité de donner aux associations de métiers de la capitale des lois écrites, rédigées de la main d’Étienne Boyleau, ces lois servirent de modèle dans la plupart des villes, meme quand le pouvoir municipal se substitua, comme à Amiens, au pouvoir royal, dans l’homologation des statuts. Les statuts des marchands fruitiers (1267) et des artisans tonneliers (1 286) 1 , les plus anciens, ne furent certainement pas isolés.

Tous les métiers ont dû solliciter, dès le xme siècle, la reconnaissance officielle de leur existence. Nous en avons la preuve, pour les drapiers, dans le préambule de l’ordonnance, datée du 30 mai 1308, qui les concerne, où il est dit « que le brief de leur mestier, fait et ordonné en temps passé, est moult anchien souillié et s’effachoit en pluisieurs lieus » 2.

La corporation ou la bannière occupe, dans la commune, une place analogue à celle que la commune occupe dans l’État. Elle a son mayeur librement élu par ses pairs; ses eswars (gardiens des statuts) chargés de défendre les droits et de veiller à l’observation des règlements ; sa caisse qu’alimentent les cotisations des confrères et les amendes disciplinaires.

L’échevinage, qui donne force de loi aux règlements, prend soin de constater son droit : « Chilz establissemens durera en la voulente du maieur et des eschevins et tant que verra que ce soit le prouffit de la ville »

Au premier et au second degré de la hiérarchie corporative, nous trouvons le maître et l’apprenti ; la somme de travail à fournir par chacun d’eux est réglée conformément aux principes de l’égalité et de la fraternité; et l’obligation du chef-d’œuvre imposée à l’apprenti pour passer maître, est

1. Arch.mun., Reg. aux chartes AA 13, p. 160 v°. Ibidem, AA 13, p. 144.

2 Ibidem , AA 13, p. 44 v°.

la meilleure garantie des capacités requises chez l’ouvrier.

La marchandise fabriquée doit être « bonne et loyale. » De même le travail accompli en tâche ou à la journée doit être irréprochable. Prévenir les fraudes quelles qu’elles soient, sauvegarder les intérêts du consommateur et l’honneur du producteur, tels sont les grands principes qui ont présidé à la rédaction des différentes ordonnances qui règlent l’industrie, le commerce et la main d’œuvre. Toute marchandise mal fabriquée ou falsifiée est saisie et détruite, et des amendes proportionnées au délit frappent les vendeurs des produits reconnus défectueux.

Le xve siècle nous a légué un livre « ou sont escripz les briefz des mestiers de la ville d’Amiens et les ordonnances faictes sur iceulx mestiers b » Ce livre, qui date de l’administration de sire Antoine Clabault (1482), est le véritable code de l’industrie amiénoise. Près de quatre-vingts métiers, ou professions diverses soigneusement classées et délimitées, se partagent la population marchande. Chacune lutte énergiquement pour le maintien de ses droits et privilèges, de ses honneurs et préséances.

D’abord les trois grands corps : les waidiers, les taverniers, marchands de vin en gros et en détail, les drapiers, qui sont les plus riches, qui centralisent les capitaux et le commerce. Puis les apothicaires, les barbiers, les bonnetiers et chaussetiers, les bouchers, les boulangers, les boursiers et gantiers, les brodeurs, les broutiers (qui brouettent les marchandises), les « caïelliers » (fabricants de meubles en bois tendre), les cambiers (brasseurs), les chapeliers, les « chaircuitiers », les charpentiers, les chaudronniers, les cordiers, les « cordouaniers », les couteliers, les couvreurs de tuiles, les couvreurs de ce rost (roseau) herbe et esteule » (chaume), les peintres, entailleurs d’images (sculpteurs),

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