‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 85 sur 246 · Arch. mun. Reg. AAI, p. 210 v°. 1267. « Duas domus si tas · texte numérisé non relu

Arch. mun. Reg. AAI, p. 210 v°. 1267. « Duas domus si tas

Ambiants in vico qui dicitur viens porte Sancti Dionisiiprope monasterium sancti Wallarici »

8. Cart. du Chapitre, T. III, p. 15, n° III. « In ecclesia sancti Laurentii

extra murum que nullum parochianum habet »

9. Ibidem, T. II, p. 287 v°, ch. cccxvi. 1243. Acquisition parles Frères prêcheurs de « xnr jornalia terre sita Ambiants ante sanctum Dionisium in pratis.. .. » et Cart. de V Hôtel-Dieu, A 3, p. 31. 1222. « Prior sancti Dionisii Ambianensis.. .. »

AMIENS AU XIIIe SIÈCLE. 221

les oratoires, par la majesté de ses merveilleuses proportions : la cathédrale !

La cathédrale, église mère1 et supérieure 2 3 à toutes les autres, bâtie sur les ruines de celle dédiée à Notre-Dame et à Saint-Firmin-le-Martyr :j, que le feu avait réduite en cendres sous l’épiscopat d’Evrard de Fouilloy.

La cathédrale ! basilique sans rivale, construite d’un seul jet, d’après un plan aussi simple que grandiose et qui présente à notre admiration une nef unique au monde, un chœur incomparable, un portail inimitable page d’iconographie religieuse ; un tout parfait comme ensemble, achevé dans les moindres détails, surpassant en splendeur les plus remarquables sanctuaires du moyen âge !

La cathédrale, fille de la prodigieuse foi de nos pères î Expression vraie de la pensée chrétienne et artistique qui enfanta les chefs-d’œuvre de l’architecture gothique, l’art français par excellence, parvenue à son apogée.

Les descriptions qui ont été données du monument ; celle, entre autres, que M. Edmond Soyez a jointe à la magistrale publication, la Picardie historique et monumentale due à sa généreuse initiative ; celle encore que M. Georges Durand prépare avec la compétence et l’érudition d’un archéologue consommé ; ces descriptions nous dispensent d’insister.

L’église « mère », qui avait succédé aux primitives constructions que les invasions normandes et le feu ravagèrent à différentes époques, ayant donc été incendiée vers 1218, l’évêque Evrard de Fouilloy résolut de doter sa ville épiscopale, d’un temple qui surpassât en magnificence ce qui avait

1. Cart. du Chapitre, T. I, p. 1. 1150. Ch. de Thierry, évêque : « No-

verint quod mater ecclesia Ambianensis ex antiquo obtinet »

2. Ibidem , T. I, p. 104 v°. 1207. Ch. de Richard de Gerberoy, évêque :

« Concessi me nec decanum majoris ecclesie Ambianensis «

3. Ibidem, T. I, p. 8 v°. 1182. Ch. de Enguerran, évêque : v< In ecclesia beate Marie et beati Firmini martyris... . »

encore été entrepris de plus grandiose, dans les diocèses voisins. Il s’adressa à Robert de Luzarches, et Robert de Luzarches immortalisa son nom.

Les premiers travaux furent entrepris en 1220, sur remplacement de l’ancienne basilique et sur l’emplacement de l’église de Saint-Firmin-le-Confesseur, condamnée à disparaître comme étant sombre et malsaine K

Contrairement à l’usage généralement suivi, on édifia d’abord la grande nef, sans doute pour se donner le temps de démolir Saint-Firmin qui ne disparut que sous l’épiscopat d’Arnould, de déplacer « l’hospitalerie » primitive, de niveler les terrains occupés par l’enceinte fortifiée qui venait d’ètre reculée très à propos pour donner à l’œuvre de Robert de Luzarches le développement qu’elle comportait.

A la mort d’Evrard de Fouilloy 1 2, les fondations étaient achevées, dit-on. Après lui, Geoffroy d’Eu continua les travaux sous la direction du « maître de l’œuvre », Thomas de Cormont, successeur de Robert de Luzarches. Ils atteignirent alors la naissance des grandes voûtes.

La tradition rapporte au temps d’Arnould, successeur de Geoffroy d’Eu, la construction des galeries et du clocher

1. Cart. du Chapitre, T. II, p. 286, n° cccxiv. Ch. de l’évêque Arnould. 1241.

2. Evrard de Fouilloy mourut en 1222. Geoffroy d’Eu, en 1236. Leurs mausolées en bronze, œuvres d’art du xme siècle, sont des monuments dans lesquels effigies, vêtements, ornementation, table ou lit de mort, supports, inscriptions, tout est à étudier. Les prélats représentés en relief paraissent reposer sur un lit de parade, dont la bordure porte l’épitaphe en vers latins. Deux acolytes et deux thuriféraires, placés les premiers aux pieds et les seconds à la hauteur de la tête, accompagnent la figure d’Evrard de Fouilloy. Ces monuments supportés l’un et l’autre par six lions de bronze occupaient primitivement le milieu de la nef ; on les transféra, en 1762, sous les orgues de chaque côté du grand portail. Viollet Le Duc les a récemment fait mettre à l’endroit où nous les voyons aujourd’hui.

AMIENS AU XIIIe SIÈCLE.

qui s’élevait au centre de la croisée. Un incendie, dont on ignore la cause (1258), ayant détruit les combles des chapelles absidales et les échafaudages servant à la construction du chœur, la marche de l’œuvre subit un arrêt forcé. On croit qu’elle fut terminée en 1288, par Renaut de Cormont, fils de Thomas, du moins dans les grandes lignes, car plusieurs parties de l’édifice n’ont été parachevées que plus tard . Ainsi les libéralités de Liénard le Secq permirent d’achever le transept gauche en 1296, et les deux tours du portail reçurent leur complément d’exécution, plus de cent ans après.

Et voici tantôt sept siècles que les générations se succèdent sous les voûtes hardies de ce temple, véritable merveille d’architecture, l’orgueil de la cité! Témoins muets des jours heureux et des jours néfastes dont nous avons entrepris de retracer l’histoire, ces incomparables voûtes ont vu se dérouler d’abord (janvier 1263), le cortège de la cour de saint Louis et de la cour du roi Ilenri 111 d’Angleterre! Elles ont vu défiler la pompe des Valois et des ducs de Bourgogne, et le fanatisme ligueur et l’outrecuidance espagnole, et la belle figure de Henri IV, et le faste de Louis XIII et de Louis XIV, et les saturnales de la déesse Raison, et la puissance militaire de Napoléon !

Répercutant tour à tour l’écho de joyeux alléluias et de lugubres hymnes de deuil, immuables toujours, ces voûtes ne proclament-elles pas, dans leur poétique majesté, en même temps que la puissance du Dieu capable d’inspirer un pareil chef-d’œuvre au génie de l’homme, la persévérante volonté de nos aïeux capables d’exécuter un monument que notre siècle de progrès hésiterait à entreprendre b

1. Au centre du labyrinthe octogone tracé dans le pavage de la grande nef de la cathédrale se trouvait une dalle en marbre bleu ardoisé mesurant en largeur 1 m 25. Une croix en métal, fleurdelysée à chacune de ses branches, était incrustée au milieu, de façon à indiquer la direction des quatre points cardinaux. Entre chacun des quatre cantons formés par

Le trésor de la cathédrale, échappé aux flammes de l’incendie de 1218, comprend, entre autres reliques insignes, celles des évêques saint Firmin le Martyr, saint Firmin le Confesseur et saint Honoré; de la vierge sainte Ulphe et du chanoine saint Domice ; du martyr Fuscien

les branches de la croix, une figure de marbre bleue, représentait un personnage en pied : c’étaient un évêque crossé et mitré, — Evrard de Fouilloy, — et trois laïques portant les attributs professionnels des architectes et des maçons, — Robert de Luzarches, Renaut et Thomas de Gormont. — Quatre figures d’anges ailés séparaient les personnages principaux, de manière à ce que chacun des angelots se trouvât à l’extrémité de chacune des branches de la croix. Le périmètre de la pierre octogone était bordé par une bande d’airain sur laquelle se lisait la curieuse inscription qui suit, reproduite dans un manuscrit du xive siècle actuellement conservé aux Archives de la Somme et intitulée: Registre aux distributions du chapitre de la cathédrale , f° ccxlvii recto.

En lan de grâce mil n c Et xx. fu leuvre de cheens Premièrement encommenchie.

Adont yert (était) de cheste evesquie Everart evesques bénis Et roy de France Loys Qui fu filz Phelippe le sage.

Chil qui maistre yert (était) de louvrage Maistre Robert estoit nommes Et de Lusarches surnommes,

Maistre Thomas fu apres luy De Cormont et apres cestuy Ses filz maistre Régnault qui mettre Fist a chest point chy ceste lettre Que lincarnacion valoit xiiic. ans. xii. en faloit.

Une erreur historique s’est glissée dans la rédaction de cette inscription : quand la cathédrale fut commencée en 1220, Philippe-Auguste vivait encore. Il est mort en 1223.

M. E. Soyez. Les labyrinthes d’église. Le labyrinthe de la cathédrale d’Amiens. '1896.

Histoire de laVilLe d'Amiens

Page 1