Cart. du Chapitre , T. I, p. 106, ch. cxvm
franchises qui imposaient momentanément un frein a la dévorante avidité des percepteurs du tonlieu et du travers.
Nous rappellerons, à cette occasion, que la plupart des anciennes foires n’ont pas eu d’autre origine que les fêtes de l’Église, les fêtes patronales des monastères, les pèlerinages ayant pour but de vénérer les reliques d’un saint. Les commerçants ne reculaient souvent pas devant des pérégrinations lointaines pour s’y rendre, dans l’espoir d’une vente plus facile. Les solennités religieuses devinrent ainsi, dans beaucoup d’endroits, l’occasion etle prétexte de réunions commerciales. L’étymologie du mot foire , dérivé de feria, confirme la donnée historique.
Ilï.
Le clergé.
L’évêque se trouve investi d’une double juridiction : au titre ecclésiastique, il est le juge ordinaire des clercs et, au titre féodal, il a pleine juridiction sur les vassaux des domaines temporels qu’administrent en son nom des mayeurs particuliers nommés par lui b
Obligés de conduire les affaires à travers le dédale d’une procédure subtile, savante, féconde en difficultés, les prélats, qui n’étaient pasnécessairement jurisconsultes, avaientconfié le soin de s’en acquitter à des hommes spéciaux versés dans l’étude des lois et des canons. Tel est le rôle des officiaux créés au déclin du xne siècle ou au début du xme 2.
1. Le Rikebourg ou Ricquebourg, quartier compris entre la rue actuelle de l’ Amiral-Courbet et le boulevard d’Alsace-Lorraine, les biens de Montièreset ceux de Ham sont administrés par desmaïeurs: Arch. dép. G. 193. 1257. In vico de divite burgo, juxtà managium majoris de divite Burgo. Ibidem. Chapitre, armoire 2, liasse 60, n° 4. 1291. Ex testimonio Henrici maioris de Hamo.
2. Paul Fournier. Les officialités au moyen âge. Paris. 1880.
L’official exerce la juridiction spirituelle dans l’étendue du diocèse, en vertu d’un mandat de l’évêque. C’est généralement un chanoine du chapitre cathédral. Le premier connu se nommait maître Bernard (1215). Viennent ensuite : maître Garnier (1 223), Hugues des Courtils (1226), Hugues de Beauquesne (1228), Richard de Sainte-Foix (1233), Aleaume de Nulli (1237), etc. L
Un promoteur chargé de signaler et de poursuivre les méfaits, remplit auprès de l’official le rôle du ministère public dans nos tribunaux modernes. Des assesseurs appelés pour les causes importantes et un greffier complètent l’officialité.
Avant la division de la mense épiscopale d’avec la mense canoniale, l’évêque et les membres de son chapitre vivaient de la vie commune dans le Cloître , quartier isolé du reste de la cité, que les rois de France et les comtes avaient gratifié de tous les privilèges et de toutes les franchises réservés aux Lieux Saints, notamment du droit d’asile et du droit de justice dans leur acception la plus large. Lorsque l’évêque eut adopté, antérieurement à l’épiscopat de Roricon 2, une résidence distincte, la communauté des biens fut maintenue, mais chacun des chanoines eut sa maison dans le Cloître (PL V), circonscrit par les rues ultérieurement dénommées la rue du Cloître de la Barge, la rue du Cloître Saint-Nicolas, la rue du Cloître Notre-Dame et la rue du Cloître de l’Horloge.
Le Cloître se trouvait fermé à l’ouest par une porte placée
1. Cart. de Saint-Martin-aux- Jumeaux, pp. 49 v°, 36 v°. — Cart. du Chapitre. T. I, pp. 107, 182, 156 v°. T. II, p. 252.
2. Daire ( Histoire d’Amiens, T. II, p. 157) pense que la cohabitation existait encore au temps de Roricon, se basant sur la charte (Cart. de l’abbaye de Saint-Acheul, n° J 5, f° 8) où l’évêque, s’adressant aux chanoines employait ces mots : « Quidquid vic'tui nostro convescentibus in refectorio
reservabitur » Cette expression nostro indiquerait effectivement la
communauté, mais le texte mal lu parle père Daire et restitué par M. Roux, (pièces justif. de l’histoire de l’abbaye de Saint-Acheul, p. 487) porte : « quidquid victui vestro. » Ce qui donne un sens tout différent.
AMIENS AU XIIIe SIÈCLE. 229
à trente mètres environ de la cour Sire Firmin le Roux. Cette porte, qui s’appela au xvnc siècle la porte des Célestins parce qu’elle était dans l’axe de leur église, présentait un aspect monumental à l’époque de sa destruction en 1795. L’écu des armes du chapitre en décorait le fronton. Le bailli tenait audience de quinzaine en quinzaine dans l’auditoire de la Barge, bâtiment situé entre le Logis du Roi et le Cloître de la Barge, dont l’entrée encore existante porte le n° 14 de cette rue. La Barge servait aussi de prison pour les justiciables du chapitre, et dans les greniers on emmagasinait les redevances en nature de la mense canoniale.
Les gardiens de la porte du Cloître devenue porte de ville (1177) durent prêter, en présence de l’évêque, le serment de s’acquitter fidèlement de leurs fonctions et celui-ci s’engageait à maintenir la ville à l’abri de toute éviction, dans le cas où elle serait mise en péril par les hostilités de quelque baron L Peu d’années après la convention intervenue entre le chapitre et la commune à l’occasion delà reconstruction de cette porte, on décida de reculer l’enceinte par delà l’église Saint-Michel. L’une des tours de la courtine, condamnée à disparaître, subsista longtemps sous le nom de tour de Jérusalem , parce que, suivant la tradition, le clergé de la paroisse venait y commencer, chaque année, l’otïice du dimanche des Rameaux et que c’était le point de départ de la procession effectuée en mémoire de l’entrée triomphante de Jésus dans Jérusalem.
La démolition de la vieille muraille, coïncidant avec la réédification de la cathédrale dans des proportions infiniment plus vastes que celles des sanctuaires qui l’avaient précédée, en modifia nécessairement les abords : l’alignement du cloître dut subir de notables changements, dans la partie voisine du monument.