Cart. du Chapitre, T. I, p. 2 v°. De porta Claustri
Il y avait, en 1383, vingt-neuf maisons canoniales qui ne pouvaient être possédées et habitées que par des chanoines1.
Aux temps mérovingiens et carolingiens, l’évêque avait personnifié l’église dont il administrait les biens. Devant son autorité s’effaçait celle des chanoines, ses auxiliaires et ses conseils. Peu à peu ceux-ci empiétèrent sur les attributions du prélat, tellement que dans les plus anciens titres connus, le chapitre agit comme représentant de l’église cathédrale et bénéficie des libéralités qui lui sont faites. Si Evrard de Fouilloy prend l’initiative de la reconstruction de la basilique, c’est le chapitre qui centralise les ressources. Quand les fonds manquent, c’est encore le chapitre qui décide que les reliques de saint Honoré seront promenées, à travers le diocèse, pour solliciter de la dévotion des fidèles les offrandes destinées à l’achèvement de l’œuvre commencée.
Bien plus, le principe électif tel qu’il était autrefois admis pour la désignation de l’évêque, par l’accord du clergé et du peuple, s’est à ce point altéré au cours du xie siècle et du xiie, que les éléments étrangers au clergé de l’église épiscopale ont été presque partout éliminés de l’assemblée électorale, et que le chapitre cathédral s’est attribué le monopole de la nomination des prélats2.
De quelle somme d’influence dispose une réunion d’environ cinquante prêtres 3 jouissant du privilège d’élire l’évêque et d’administrer le diocèse, le siège vacant, nantis de prébendes bien rétribuées, en possession de la plupart des
1. Cart. du Chapitre. T. Sj p. 47 v°, ch. lu. 1057. De libertate claustri. Domus canonicorum communes sint.
2. A. Luchaire. Manuel des institutions françaises. Période des Capétiens directs, p. 29.
3. Il n’y eut d’abord que trente-huit chanoines. En 1290, l’évêque Thibaut en institua deux nouveaux en divisant les revenus d’une ancienne prébende. En 1297, Guillaume de Mâcon subdivise encore l’une d’elles, puis quatre autres en huit semi prébendes. Les premières se sont appelées Théobaidines et les autres Guillelmines .
AMIENS AU XIIIe SIÈCLE. 231
moulins de la ville *, maîtres par conséquent de favoriser ou d’entraver l’industrie amiénoise, jouissant en la qualité de curés primitifs du droit exclusif d’administrer le sacrement de l’extrême-onction aux mourants, exerçant, par leur écolâtre, la surintendance des écoles et, par leur pénitencier, la surveillance des hôpitaux2. C’est une puissance.
Le principe d’association qui s’est développé dans le monde industriel par l’organisation des bannières, dans le monde politique par l’organisation des communes et qui soumet toutes les populations à son irrésistible ascendant, se déploie maintenant, dans le monde religieux, par l’apparition de nouvelles constitutions monastiques.
\. Cart. du Chapitre. T . III, p. 15 v°, n° IX. Les 12 moulins du Chapitre sont: 1° Le moulin de Baiart (du Crucifix ou Croix de fil) situé sur la rive gauche du cours d’eau vulgairement dit des Bourelles, à l’extrémité nord de la rue de Guyenne. 2° Le moulin Becqerel ou des Becquerelles, situé sur l’eau des Becquerelles, en façade sur la chaussée Saint-Pierre. 3° Le moulin de Boucart (de la Table de plomb ou Tappeplomb) sur le cours d’eau anciennement nommé de Lyanne, continuation du précédent, à droite en entrant dans l’impasse Tappeplomb. 4° Le moulin Brasseretk (des Brasseurs) en face du moulin Bayart et aussi sur le cours d’eau des Bourelles. 5° Le moulin Clencain (à la Pierre), sur le cours d’eau des Poirées, à l’entrée méridionale de la rue de Guyenne, près la place du Petit Quai. 6° Le moulin Frementel , sur le cours d’eau qui coule sous le pont où Dieu ne passe oneques. On y pénètre par l’impasse du Bourdeau. 7° Le moulin Greniers, sur le même cours d’eau que le précédent, rue des Poulies. 8° Le moulin Happetarte (Happetard, du Bourdeau), également rue des Poulies. 9° Le moulin Toxac (Traxart). 10° Le moulin Passeavant (actuellement n° 18 de la chaussée Saint-Leu), sur la rive gauche du cours d’eau des Clairons. 11° Le moulin Passe-arrière , sur la rive droite du cours d’eau des Clairons. 12° Le moulin de Taillefer, sur la rive gauche du cours d’eau de l’Hôtel-Dieu. Ces moulins, objet de continuelles difficultés avec la ville, sont demeurés jusqu’à la Révolution la propriété du Chapitre, qui les affermait avec destinations diverses. Ils subirent des transformations multiples selon qu’on les utilisa pour fouler les draps, broyer la waide, moudre les grains ou tailler et aiguiser le fer.