Darsy. Bénéfices de VÉglise d'Amiens. T. 1. p
La fin du xie siècle avait vu l’ordre, alors très en vogue, des chanoines réguliers de Saint-Augustin s’installer successivement à Saint-Martin-aux-Jumeaux,à Saint-Nicolas (1073) et à Saint-Acheul (1085). Peu d’années après, le seigneur de Vignacourt, Guy d’Amiens, les avait également établis dans le. vallon où ils ont jeté les fondements du prieuré de Saint- Firmin-au-Val, situé non loin de la porte occidentale de la ville à laquelle il donna son nom (1124).
Hommes de prière et de mortification, ces religieux devaient, à Saint-Martin, perpétuer le souvenir du mémorable trait de charité accompli par le grand apôtre des Gaules ; à Saint-Acheul, prier le jour et la nuit, sur remplacement du tombeau du premier évêque ; à Saint-Firmin-au-Val, prier pour le repos des âmes des membres de la famille des châtelains d’Amiens. Le prieuré de Saint-Firmin s’étant bientôt accru de celui de Saint-Germain, les moines affiliés à la règle des Prémontrés abandonnèrent leur primitive résidence pour fonder, sur les bords de la rivière de la Selle, dans un domaine dû à la générosité du vidame Gérard de Picquigny, l’abbaye placée sous le vocable de Saint-Jean (1139).
Après cent années d’existence durant lesquelles ces trois monastères prospérèrent à l’envi — Saint-Acheul n’a pas reçu moins de cinquante donations durant le xne siècle, — comme si trois abbayes, richement dotées, ne satisfaisaient point encore la piété, à peine saint Dominique a-t-il institué l’ordre des frères prêcheurs (les Jacobins) , et saint François d’Assise, l’ordre des frères mineurs (les Cordeliers), que l’échevinage et le chapitre autorisent l’établissement, au faubourg Saint- Michel et au faubourg Saint-Remy, d’une colonie de chacune de ces congrégations favorisées de la protection toute particulière de saint Louis.
De ce temps date l’installation, à la Hotoie, près de la porte Saint-Firmin-au-Val, de pieuses femmes s’engageant, sans prononcer de vœux, à observer dans le Béguinage, les
règles claustrales que Lambert Beghh avait mises en honneur dans les Flandres. De ce temps aussi date la fondation, au faubourg Saint-jVlichel par Jean de Falvy, du couvent des Augustins réformés, à qui l’évêque octroie bénévolement un vaste terrain de son domaine (1309) L
Cependant les nouveaux-venus de la famille monastique ne laissent pas que d’inspirer une certaine défiance au clergé paroissial, même à leurs aînés, les réguliers de Saint- Augustin et les Prémontrés, qui redoutent de se voir enlever la direction des âmes.
Les frères prêcheurs avaient acheté, au faubourg Saint- Michel, par delà le prieuré de Saint-Denis, un vaste terrain de treize journaux d’étendue, dans lequel ils commencèrent à bâtir en 1243, après avoir réglé, d’accord avec le chapitre, les droits de la paroisse1 2. La situation extra muros n’offrant qu’une sécurité très relative, ils épiaient l’occasion de rentrer en ville.
La supérieure du Béguinage leur en fournit les moyens par la donation qu’elle fît à l’ordre de deux maisons situées « en Coquerel » près la porte Saint-Firmin-au-Val 3. Bien que la chapelle et les bâtiments du monastère fussent en partie terminés, au faubourg Saint-Michel, les prêcheurs se disposaient à changer de résidence, quand ils se heurtèrent à une violente opposition. Les Prémontrés de l’abbaye de Saint-Jean desservaient les églises de Saint-Firmin et de Saint-Germain et vivaient, en grande partie, des oblations