Arch. mun. AA 5, p. 13. 1309. Lettres de main-morte
2. Cart. du Chapitre. T. II, p. 287. cccxvi. Lettres du provincial de France « Hugo prior ordinis predicatorum in Francia. » — 1243.
3. Arch. mun., AA 5, p. 27. Janvier 1264. « Elizabeth dicta Antenata
( l’aînée ) magistra beginarum de Hotoia Ambianensis » — La rue des
Sœurs-Grises occupe l’emplacement du « Coquerel » ainsi nommée parce que la famille de Coquerel y avait sa demeure. Dans un titre de 1266 (ibidem, p. 27 v°), Isabelle de le Waute lègue une maison aux frères prêcheurs « in loco qui dicitur Coquerel inter domurn que fuit Firmini de Coquerel »
des fidèles ; c’était compromettre leurs privilèges et leurs meilleures ressources que d’y introduire les enfants de saint Dominique, alors même qu’ils s’engageraient à s’abstenir de toute ingérence dans le ministère et à se cantonner dans le strict accomplissement de la règle. On en référa à la cour de Rome.
Saint Louis, venu sur ces entrefaites à Amiens, encouragea les frères prêcheurs et leur promit son appui auprès du pape Urbain IV. Malgré tout son désir d’être agréable au prince « qu’il chérit le plus au monde »,le souverain pontife laisse deviner ses préférences pour les Prémontrés, aussi bien dans les instructions qu’il adresse au Légat pour la direction de l’enquête confiée à l’évêque d’Amiens et à l’archidiacre de Laon, que dans la réponse adressée, le 7 juillet 1264, au roi de France1. Finalement les frères prêcheurs durent renoncer à leur dessein; ils se décidèrent, quelques années après, à vendre au profit de la commune les immeubles et les censives en leur possession dans les quartiers de Saint- Germain et de Saint-Firmin 2.
Ainsi la crainte de voir les couvents ou les chapelles disputer les fidèles au clergé paroissial, les fait reléguer hors les murs, quand elle ne dicte pas des règlements presque draconiens comme ceux imposés, vers le même temps, aux chapelains de l’hôpital Saint-Jean par les religieux de Saint- Martin-aux'Jumeaux, curés de Saint-Leu3.
1 . Antoninus Brkmond. Bullarum ordinis FF. Prædicatorum .... Opéra. . . . — Romæ 1729. — T I, pp. 442 et 443.
Cum Ludovico IX Galliarum rege, prospicit ( Urbanus IV) ut fratres predicatores Ambianenses in locum commodiorem possint remanere.
G. Titulo S. Ceciliæ Cardinati S. S.A.Legato, ut fratres nostros Ambianenses in locum commodiorem transferendos curet.
Ces deux lettres du pape sont extraites des Archives de l’ordre, lib. A., fol. 970 et 972.
2. Arch. mun. Reg. AA 5, p. 27. 1275. Lettres de « Johannes de Castellione fratrum predicatorum in Francia prior provincialis ,....» p. 33-33 v°.
3. Arch. hospit. A 4, p. 51. 1279. Sentence de Guillaume de Maçon.
AMIENS AU XIIIe SIÈCLE.
Mouvement littéraire.
Amiens célèbre par son industrie, par la réputation des artistes qui travaillent à l’édification de son incomparable cathédrale, joint aux avantages d’une rare prospérité matérielle les douceurs d’une vie intellectuelle déjà très développée. Amiens a ses poètes, clercs ou bourgeois, auteurs de Fabliaux qui dénotent des esprits très cultivés, sans toutefois marquer dans notre vieille littérature française au même titre que les œuvres des trouvères artésiens.
Les Fabliaux sont la poésie des petites gens. Il existe au xme siècle, du bourgeois au baron, précisément la même distance que d’un fabliau à la noble légende aventureuse de la Table Ronde, mais cela n’exclut pas le mérite des ménestrels, marchands de gaieté qui apportent dans les contes amoureux « pour la gent faire rire » leurs vices aimables, leur misère joyeuse, leur conception cynique et gouailleuse de la vie. Tel est le caractère des poésies de Guillaume d’Amiens, surnommé le Paignières1, auteur de rondeaux où se lisent des lieux communs d’amour ; de Jacques d’Amiens 2, auteur d’un jeu-parti, d’une pastourelle et de plusieurs saints d’amour ; d’Eustache d’Amiens2, auteur de la curieuse satyre contre les curés inhospitaliers, intitulée le Boucher d' Abeville.
Les plus connus de nos ménestrels amiénois sont Richard de Fournival et li Rendus (ou le reclus) de Moiliens.
d-2. Histoire littéraire de la France. T. XXIII, pp. 605-630. Daire, Histoire littéraire de la ville d'Amiens, p. 32, cite parmi les chansonniers Henri d'Amiens. Il a été trompé par la ressemblance du nom de Henri Amion, li clers, troisième trouvère de la famille Amion, d’Arras.
2. Fabliaux et contes des poètes français. Édit. Barbazan, T. IV, p. 10.
Richard de Fournival, a été chancelier de l’église cathédrale. On a de lui la traduction de li roman d’Abladane, les Conseils d’amour , la Puissance d’amour , le Bestiaire d’amour.
C’est dans le Bestiaire , la meilleure de ses œuvres, que le poète, transporté en songe au milieu d’une forêt peuplée de bêtes sauvages, est tout à coup frappé de la beauté d’un animal charmant que tous les autres semblent respecter, dont les suaves émanations rendent la vie et la santé à tout ce qui respire autour de lui, que le dragon seul peut détester à l’égal de la mort.
La vue d’une bête si merveilleuse donne à réfléchir au dormeur et tandis qu’il cherche à deviner ce qu’elle peut être, un délicieux concert de voix et d’instruments retentit autour de lui :
Car j’oï si grant mélodie C’onques tele ne fu oie En citoles et en vieles ;
Oï faire notes nouvelles ;
Danses et sons poitevinois Oï en cors sarrasinois.
Timbres y avoit et arainnes (trompettes)
Psalterions, muses, doucainnes (flûtes),
Chevretes (musettes), buisines, tabors Dont moult me plaisoit li labors ;
Instrumens de toute manière Y avoit, et à vois plenière Chantoient cil qui les menoient.
C’est la cour de l’amour dont le poète décrit ainsi la beauté, les façons et les concerts L
Le Rendus de Moiliens vécut au temps dePhilippe-Auguste. Il a écrit deux poèmes d’une grande valeur littéraire : li romans de carité et le Miserere . Quelques mots ajoutés au manuscrit
d. Histoire Littéraire de la France. T. XXIII, p. 729.
AMIENS AU XIIIe SIÈCLE.
de ses œuvres conservé à la bibliothèque de Turin permettant de croire que ce mystérieux personnage se nommait Barthélemy et qu’il fut moine de l’abbaye de Saint-Fuscien avant de se retirer en cellule, probablement à Molliens-le- Vidame, dépendance de cette abbaye, pour y mener, comme c’était l’usage alors, une vie de pénitence et de prière. Les poèmes du Rendus de Moiliens, écrits en strophes de douze vers octosyllabiques, ont joui d’une véritable célébrité au moyen âge. Ils sont instructifs et intéressants.
La ville d’Amiens crut faire au roi Charles Y, un cadeau digne de la majesté royale en lui offrant, lors de son passage dans notre ville, un exemplaire des œuvres de celui que l’on citait au xive siècle déjà parmi « les bons faiseurs » du temps passé. Le Rendus raconte dans ii romans de cavité tout ce qu’il a accompli de voyages stériles et de recherches vaines pour découvrir la retraite de Charité. Ne la trouvant nulle part sur terre, il suppose qu’elle s’est retirée dans la cité céleste et il consacre les dernières strophes du poème à célébrer ce merveilleux séjour.
Voici deux des meilleures strophes du Miserere :
Clers ki por derc a droit se vent,
Chevaliers ki se dete rent Et hom qui fait labour manier,
Chil goustent le pain proprement,
Cliil troi venront a sauvement.
Labours de clerc est Dieu priier Et justiche de chevalier;
Pain lor truevent li laborier
1 . Li romans de cavité et Miserere du Rendus de Moiliens. Édition cri-
tique par A. G. Van Hamel. Paris. 1885. T. I, p. xxxv : Au-dessus du dernier vers de ce manuscrit du xine siècle, on lit : Cy fenist li romans de carite lequel fist dams Bertremiels li rendus de Moiliens qui fut jadis moines de Saint-Fuscien el bos