‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 91 sur 246 · Ibidem , pp. xcm, clxxxv et ccm · texte numérisé non relu

Ibidem , pp. xcm, clxxxv et ccm

Chil paist, chil prie et chil deffent Au camp, à le vile, au moustier S’entraident de lor mestier Chil troi par bel ordenement.

Je ne doins pain fors a ches trois.

S’autre en prent, n’est pas mes otrois.

Toil je dont pain au markeant?

Naie ; n’en soit pas en esfrois ;

Il sueffre les caus et les frois;

Prenge dou pain; je li créant.

Mais au fol cui je voi joglant Et ki va de bourdes jenglant,

A chelui est li pain destrois :

Ordement vit en fabloiant.

Pors est ; manjut faine ou glant.

De pain gouster n’est pas ses drois P

1. Strophes clvi et clvii. Traduction de M. R. de Guyencourt :

Le clerc qui justement peut se donner pour clerc,

Le chevalier qui accomplit son devoir Et l’homme qui exécute un travail manuel,

Ceux-là mangent leur pain de plein droit.

Tous les trois feront leur salut.

La fonction du clerc est de prier Dieu,

Celle du chevalier de faire triompher la justice,

L’un nourrit, l’autre prie, le troisième combat.

Au camp, au village, au moutier,

Ils s’entr’aident selon leurs moyens Avec un ordre merveilleux.

Je n’accorde de pain qu’à eux seuls.

Si un autre en prend ce n’est pas de mon gré.

Mais refusé-je donc du pain au négociant?

Non pas : qu’il soit sans crainte;

Il supporte le chaud et le froid ;

Qu’il prenne son pain; je le lui permets.

Mais au batteleur que je vois jongler Et qui marche en débitant des sornettes,

A celui-là je refuse le pain.

C’est un pourceau! Qu’il. mange des faînes et des glands, Car il n’a pas le droit de goûter au pain.

AMIENS AU XIIIe SIÈCLE.

Le fabliau n’est pas la seule production littéraire que nous ait léguée le xme siècle. Girardin d’Amiens aborde le genre épique dans le long poème de Charlemagne fils de lierthe L Nicolas d’Amiens écrit une chronique universelle en huit livres, compilation sans mérite empruntée à peu près textuellement à celle de saint Jérôme, pour l’antiquité, et aux œuvres de Sigebert ou d’Anselme de Gemblours et autres narrateurs, pour l’histoire des âges suivants1 2.

Plus intéressante est li Estoires de chiaus qui conquisent Constantinohle de Robert de Clari, un vaillant chevalier de l’Amiénois, vassal et compagnon d’armes de Pierred’Amiens, seigneur de Flexicourt, qui composa, après son retour en France vers 1210, une relation de la merveilleuse aventure à laquelle il avait pris part dans la foule de la « menue gent » .

Le livre présente ce grand intérêt que comparé au récit des mêmes événements parVillehardouin, qui a peint l’aristocratie chevaleresque, il se fait l’écho des « pauvres chevaliers de l’ost » qui se défiaient des grands barons et les détestaient.

La chronique de Robert de Clari est donc la contre-partie et le très précieux complément de celle du maréchal de Champagne. On y entend, pour ainsi dire, les bavardages du bivouac, les prouesses individuelles que Villehardouin, un des chefs de l’armée, laisse de côté, trop occupé des grandes affaires pour s’arrêter aux détails3.

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