Arch. de la Somme. G. 262. — Arch. hospit. A 3, p
et ne peuvent communiquer sans la permission du maître. Quand un malade est admis, il se confesse et reçoit la communion avant d’être conduit à son lit 1 . Puis il est soumis au régime de la maison, qui pourvoit avec une tendre sollicitude à tous ses besoins. Après sa guérison, il peut rester quelque temps encore pour prévenir les rechutes.
Les frères et les sœurs usent d’aliments gras le dimanche, le mardi, le jeudi, ainsi qu’aux jours de Noël, de la Circoncision, de l’Annonciation, de la Toussaint et de la Dédicace. En tout autre temps l’abstinence est de rigueur. Les vêtements de couleur sont interdits. Défense de sortir sans être revêtu de l’uniforme, sans l’autorisation du maître, sans être accompagné d’une personne désignée par lui.
Celui qui s’oublierait au point de frapper un de ses frères serait condamné à huit jours de silence et de jeûne. S’il y avait effusion de sang, le châtiment serait plus sévère et l’exclusion pourrait s’en suivre. L’homicide, le vol, l’incendie, l’adultère entraînent l’exclusion immédiate.
Nous lisons dans les comptes ultérieurs que le bœuf, le mouton et le veau constituaient l’ordinaire des jours gras; le poisson, et particulièrement le hareng, le maquereau, les anguilles, les moules, l’ordinaire des jours maigres. On consomme une quantité considérable de beurre et d’œufs. Le dessert des repas se compose, suivant la saison, de compotes, de noix, de pommes, de poires, de raisin, de figues, de cerises, de fraises. Les jours de régal, le cuisinier sert du saumon, de la volaille, du faisan, des perdrix, des lapins. Le pain se fabrique dans l’établissement, aussi bien que la bière et le vin nécessaires à la consommation.
Les pestes qui affligèrent l’Europe dans le cours du xie
1. « Postea ad lectum ducatur, et ibi quasi dominas domus cotidie antequam frat'res comedant, caritative reficiatur. Et quidquid in ejus desiderium venerit, si tamen inveniri poterit, quod non sit ei contrarium, secundum posse domus , ei queratur, donec sanitati restiluativo. »
AMIENS AU Xlir SIÈCLE.
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siècle et du xn°, sollicitèrent vivement le zèle de la charité chrétienne. Deux maladies, jusqu’alors ignorées, étendaient au loin leurs ravages. L’une est connue sous le nom de feu Saint- Antoine ou Saint- Laurent ; l’autre est la lèpre , que les croisés rapportèrent d’Orient. L’apparition de ces fléaux, l’intensité avec laquelle ils se manifestèrent ont excité un effroi que le caractère contagieux du mal Saint-Ladre accrut encore davantage. On fuyait les malheureux qui étaient frappés, on les abandonnait.
Émue à ce spectacle, la charité enfanta des prodiges. Les léproseries ou maladreries s’élevèrent de toutes parts. Celle de Saint-Lazare !, située à peu de distance de la ville d’Amiens et fondée dans la première moitié du xne siècle1 2, sê trouvait sous la tutelle du mayeur et des échevins qui la visitaient chaque année dans l’octave de la fête de sainte Madeleine et qui soumettaient à l’examen des médecins toute personne « soupçonnée d’être entachée de la lèpre. » Cette visite avait le double avantage de constater la maladie chez ceux qui en étaient atteints et de prévenir la fraude inqualifiable des misérables qui se frottaient le corps avec certaines herbes, dont la propriété est d’engendrer des plaies, afin d’être logés et nourris gratuitement à la Maladrerie.
M. Augustin Thierry 3 cite les statuts de cet établissement comme le meilleur exemple de la prévoyance et de l’habileté administrative des corps municipaux du moyen âge. Tout ce qui, dans un hospice de ce genre, constitue le bon ordre est prévu et réglementé : mesures de discipline, précautions
1. Arch. mun. AA 5, p. 30 v°. 1202. Domus sancti Laxari, domus leprosorum.
2. Un trait de la vie de Thomas de Marie relaté par Guibert de Nogent indiquerait assez que les lépreux n’eurent pas de maison de refuge antérieurement à la Commune. Une charte du Cartulaire de l'abbaye de Saint- Jean (colonne 98), constate l’existence de la Maladrerie en 1152.