Courrier de la Somme, 29 août
Nouvion en accepta la présidence et, de son bureaii de la place Saint-Denis, à Amiens, il entreprit de donner la note politique aux quatre coins de la France : au Journal de Rennes, à Y Union dauphinoise, à la Gazette de Cambrai, k L'Eclaireur de l’Hérault, à la France centrale de Blois, pour n’en citer que quelques-uns.
MM. Crugy, du Courrier de la Gironde, et Ladevèze, du Journal d’Indre-et-Loire, étaient les secrétaires élus du comité issu du Congrès de Tours.
Victor de Nouvion lançait dans toutes les directions des déclarations de principes, d'énergiques protestations, des appels à la résistance. Sa situation prépondérante accrut l’importance du Courrier de la Somme; les articles, signés de lui, franchissaient les limites du département. On les commentait à Paris. On les reproduisait partout.
Sur ces entrefaites, la Constitution de 1848 fut promulguée avec l’appareil des solennités civiques d’autrefois. Le maire en donna lecture aux fonctionnaires et aux gardes nationaux assemblés sur la place Longueville ; mais l’enthousiasme fit défaut. Désabusé de ces vaines parades, le peuple souhaitait de voir enfin surgir le gouvernement sage et modéré, tant de fois promis, et qui devait ramener le calme et la prospérité. Encore attristé par les conséquences des journées de juin, atteint dans ses intérêts, le pays avait escompté, pour obtenir ce calme après lequel il soupirait, d’abord la convocation de l’Assemblée nationale, ensuite d’avènement de la Commission exécutive, puis le vote de la Constitution; autant d’épreuves demeurées sans solution. 11 attendait tout maintenant de l’élection du président de la république, qui était fixée au 10 décembre.
Dès les premiers jours de novembre, cinq candidatures avaient surgi : celles du prince Louis-Napoléon Bonaparte, du général Cavaignac, de Ledru-Rollin, de Raspail et de Lamartine. Réduit à faire placarder clandestinement « l’appel
de la Montagne de Paris à toutes les Montagnes de France » abandonné des journaux de la localité, traqué par l’administration préfectorale, Ledru-Piollin ne trouva personne qui consentit à distribuer ses bulletins ?. Raspail, qui devait rallier les suffrages des socialistes, n’eut pas plus de succès, et les chances de Lamartine étant à peu près nullcs, la lutte se trouva circonscrite, à Amiens, entre le prince et le général Cavaignac.
Gavaignac avait pour lui le mérite d'une attitude énergique en face de l’émeute, et disposait de toutes les forces de l’administration. Le journal L'Impartial1 2 3 4, créé pour la circonstance, le soutenait énergiquement.
Bonaparte, déjà grand favori du suffrage universel aux élections pour la Constituante, bénéficiait de la légende napoléonienne, alors dans tout son éclat. Sa candidature ralliait le plus grand nombre des citoyens. Ses plus fermes soutiens n’étaient pas les lecteurs du Courrier de la Somme et du Glaneur 4 ; c’était, on l’a dit avec raison, Béranger, qui avait vulgarisé par des chansons populaires l’épopée impériale; c’était le Gouvernement de juillet, qui venait de ramener sous le dôme des Invalides les cendres de Napoléon Ier, provoquant ainsi l’enthousiasme de Mme Fanny Dénoix, qui écrivait le soir de la cérémonie 5 : « Oh! mon