‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 112 sur 197 · Ibidem. , 12 décembre · texte numérisé non relu

Ibidem. , 12 décembre

3. L’Impartial , dont le premier numéro parut le 22 novembre 1848, voulait « le maintien de la République telle que la Constitution venait de la consacrer en France. » Il finit le 25 novembre 1849. Les signataires ont été MM. J. Gramain, jusqu’au 10 décembre 1848, Benoist-Pariset, jusqu’au 18 janvier 1849, puis Ed. Lucet.

4. Le Glaneur, 12 décembre 1848 : « Nos prédilections politiques s’élancent vers les souvenirs de gloire, vers les espérances de prospérité. Nous avons inscrit dans notre àme le double symbole du passé et de l’avenir et nous jetterons dans l’urne le nom de Louis-Napoléon Bonaparte qui enchaîne le xvme siècle au xixe. »

5. Le Glaneur, 26 décembre 1840. Lettre de Mme Fanny Dénoix, originaire de Beauvais, membre correspondant de l’Académie d’Amiens.

Amiens, ta fille adoptive a pu toucher de ses mains l’auguste cénotaphe ; elle a pu baigner de ses pleurs et couvrir de ses baisers l’épée du grand homme! »

Un vétéran de la grande armée, propriétaire du Café d’Apollon *, le père Rabouille, que tout Amiens connaissait, se donnait souvent le malin plaisir de crier, par les rues, Vive V empereur Napoléon! et personne ne paraissait trouver étrange l’évocation du nom qui jeta sur l’histoire nationale l’éclat des temps héroïques.

Telle était la fascination, que beaucoup ne se préoccupaient guère de savoir quel était ce Bonaparte inopinément ressuscité à Strasbourg et à Boulogne. Certains l’avaient entrevu, le 8 août 1840, traversant notre ville dans une berline lancée au grand galop, escorté .d’un détachement

de dragons. On l’emmenait au château de Ham 1 2 Mais

le prisonnier d’hier s’appelle Napoléon et ce nom suffit pour lui créer une auréole en lui faisant attribuer toutes les qualités que l’on pensait être inhérentes à sa race.

Le vote du 10 décembre s’accomplit ici dans l’ordre le plus parfait. Dès les premières heures du scrutin, le succès de la candidature napoléonienne parut absolument certain. Voici le résultat complet des quatre cantons d’Amiens. Ces chiffres présentent un intérêt historique 3 :

Electeurs inscrits 20,142

Suffrages exprimés 15,070

Louis Bonaparte. . 13,330 Lamartine. ... 60

Cavaignac . . . . 1,103 Raspail. .... 7

Ledru-Rollin . . . 532 Voix perdues ... 38

1. Le Café d’Apollon était situé en face le théâtre au coin du passage de la Comédie.

2. Gazette de Picardie, 12 août 1840: « Des voitures escortées d’un nombreux détachement de dragons traversent la ville au grand galop, suivies par une population qui accourait de toutes parts pour tâcher de distinguer les traits du prince Napoléon que le gouvernement envoyait à Ham. »

3. Le Glaneur, 12 et 16 décembre 1848. Tableau général du dépouillement du scrutin pour l’élection du président de la République.

Huit des députés de la Somme avaient voté pour Bonaparte l.

Le lendemain on apprenait par les journaux que Paris donnait 140,000 voix au prince contre 67,000 au général; les autres candidats n’obtenaient qu’un nombre de suffrages insignifiant.

Le samedi 16 on fut fixé sur les résultats définitifs. Louis- Napoléon Bonaparte était élu par six millions de suffrages.

La situation nouvelle faite au pays par l’élection du président de la République ne pouvait modifier le cours des choses du jour au lendemain ; aussi le rayon d’espérance, qui brilla d’un éclat si vif le soir du 10 décembre, pâlit bientôt et s’effaça 2. Le parti de l’ordre se préoccupait avec raison des progrès du socialisme, dont Louis Blanc, Pierre Leroux et Raspail étaient alors les principaux chefs. Ces hommes espéraient rencontrer dans la classe la plus nombreuse et la moins instruite le levier capable de bouleverser le corps social. Les funestes maximes que la presse de Paris faisait pénétrer parmi les ouvriers ne constituaient point une nouveauté à Amiens. Déjà, en 1834, le préfet de la Somme croyait devoir mettre notre paisible population

1. MM. Allart, Amable Dubois, de Beaumont, Blin de Bourdon, de Fourment, Labordère, Morel-Cornet et Porion votèrent pour Bonaparte. MM. Creton, Delattre, Gaulthier de Rumilly, Magniez, Randoingt, Tillette de Clermont pour Cavaignac.

2. Courrier de la Somme, 10 janvier 1849 : « Voilà vingt jours écoule's,

vingt jours ajoutés aux angoisses et aux souffrances du pays Qu’a-

t-on fait comme un acheminement vers un état de choses meilleur Le

flot de la misère monte sans cesse »

Ibidem, 16 janvier 1849 : « La banqueroute arrive, le péril est imminent.»

L’Impartial, 26 janvier 1849: « La situation est déplorable. Tout le monde en convient »

en garde contre « les tendances de ceux qui excitent la jalousie des classes laborieuses contre les classes qui possèdent, et qui voudraient persuader à l’ouvrier qu’il peut, non seulement refuser son travail, s’il n’est pas content du salaire qu’on lui offre, mais défendre à ses camarades de travailler à ce prix 1 »

La propagande socialiste avait à Amiens ses agents dévoués 2. Le plus connu était un pharmacien de la rue

1. Arch. de la Somme. Ta. 60. Discours du préfet à la séance d’instal-

lation du Comité d’instruction primaire : « Il est une grave question que l’esprit démocratique s’efforce, depuis trois ans, de mettre à l’ordre du jour de tous les ateliers de travail ; c’est de savoir comment les classes laborieuses pourraient améliorer leur condition. Il ne faut ni s’alarmer, ni se plaindre de voir cette question soulevée, mais du moment qu’elle s’agite, il est de la dernière importance qu’elle soit clairement et sagement résolue. Le mal sans doute n’est pas de chercher à faire naître dans l’esprit de ces classes le désir d’accroître leur bien-être ; au contraire, rien n’est si louable que d’éveiller en elles ce désir, source de toute émulation ; mais ce qui est mal, ce qui est on ne peut plus coupable, c’est de les tromper sur les vrais moyens qu’elles ont d’améliorer leur sort; c’est d’exciter leur jalousie contre les classes qui possèdent; c’est de leur faire convoiter les biens que celles-ci ont légalement acquis; c’est de persuader à l’ouvrier qu’il est habituellement trompé dans ses rapports avec l’entrepreneur qui l’occupe ; c’est de lui apprendre qu’il peut, non seulement refuser son travail, s’il n’est pas content du salaire qu’on lui offre, mais défendre à ses camarades de travailler à ce prix, et forcer ainsi le chef de fabrique à payer la main-d’œuvre au-dessus du prix auquel il peut la trouver sur place, quand le travail y est libre. Il appartient au Comité d’instruction d’empêcher que les funestes leçons de la presse anarchique ne fructifient »

2. Courrier de la Somme, 6 avril 1849 : « Les efforts de la propagande socialiste se multiplient. Les journaux et les brochures anarchistes, livrés à vil prix ou distribués gratuitement, envahissent nos ateliers, s’insinuent dans la caserne et viennent apporter le poison de leurs effroyables doctrines jusqu’au sein du foyer domestique. »

Ibidem, 6 février 1850. Lettre du préfet à MM. les sous-préfets et maires du département de la Somme : « J’apprends que malgré la sur-

Delambre, nommé Joseph Philippe Chevalier originaire de la petite ville de Saint-Pol, correspondant du journal de Proudhon, La Voix du Peuple, et afïilié au Comité socialiste de Paris, dont il se vantait de professer les doctrines2, après avoir, dans sa jeunesse, chanté les gloires de Napoléon 3. Les citoyens Venant4, ouvrier serrurier, Brazier5, ouvrier

veillance continuelle que j’ai recommandée, des écrits dangereux, des libelles socialistes et anarchiques sont répandus et distribués dans ce département. »

Le Glaneur, 1er juin 1850. L’instruction du procès de Chevalier révèle la découverte à son domicile de 1,707 exemplaires d’écrits socialistes qui ont été saisis.

1. Chevalier est l’auteur de plusieurs volumes dans lesquels s’étalent des théories essentiellement matérialistes : Traité inédit de géographie métallurgique contenant la description succincte de l’empire français, ses relations commerciales, son industrie, sa politique et les diverses productions de son sol, avec des détails très intéressants de géologie, de physique et d’histoire naturelle. Amiens, Machart, 1835. — L’Ame au point de vue de la Raison. Paris, Dentu, 1863, 2 vol. in-12. — Débris des opinions démocratiques, littéraires et scientifiques. Paris, Martin, 1844,

in-12. — L'immense trésor des sciences et des arts Saintes, Fontanier,

1858, in-8°. — Chevalier mourut à Amiens, le 5 juillet 1866, à l’âge de soixante-et-un ans.

2. Traduit en police correctionnelle pour avoir distribué des pamphlets socialistes, en 1850, Chevalier déclara « qu’il se faisait honneur d’être l’organe des idées socialistes. »

3. Traité inédit de géographie métallurgique p. 102. Hommage au

grand Napoléon :

2’espère plus, Français. Il est mort ce héros >vec qui, tant de fois, tu te couvris de gloire,

•nour qui tu dus monter au temple de mémoire Où t’attendait le prix de tes nobles travaux, t^a France à ses vertus ne put le méconnaître, tnn combattant pour elle il acquit la grandeur.

Oui, Français, tu lui dois une place en ton cœur,

2e fut-il pas jadis ton vainqueur et ton maître?

4. Lettre de Ch. Venant au rédacteur en chef du Courrier de la Somme, 31 juillet 1849.

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