Ami de l’Ordre, 26 mars
menuisier, Thuillier \ marchand de bois à Saint-Maurice, et d’autres moins en vue, mais qui professaient les mêmes opinions, se réunissaient fréquemment avec Chevalier dans un estaminet de la rue des Corps-Nuds-sans-Tête. Leurs conciliabules tenaient la police en éveil.
Le moment était bien choisi. L’industrie avait pris, sous la monarchie de juillet, un essor inconnu jusque-là; la population ouvrière employée dans les fabriques s’était beaucoup accrue ; son état moral et son état matériel appelaient l’attention des économistes et des publicistes. Les problèmes qui se rattachaient à la vie industrielle acquéraient, dès lors, une importance chaque jour plus grande. Cent écrits divers, qui s’adressaient aux travailleurs, présentaient le remède aux vicissitudes de leur existence et leur garantissaient le bien-être, dans quelque décevante et chimérique utopie. C’était surtout aux instituteurs des campagnes 1 2 que des théoriciens audacieux demandaient de les seconder dans leur propagande. Ils empruntaient à l’Evangile ses principes touchant l’égalité et la fraternité: ils en exagéraient l’application sur le théâtre de la vie présente.
Nous lisons dans Y Appel aux habitants de la Picardie , manifeste répandu à profusion dans les ateliers, dans les casernes :
« A l’œuvre, frères, scellons les doctrines que nous avons proclamées, par des bienfaits! Prouvons qu’il n’est qu’un sentiment dans l’esprit et le cœur des socialistes, celui qui se retrouve dans l’Evangile : aimez-vous les uns les autres ....