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Bulletin de la Somme. 20 brumaire an XI

LE CONSULAT

provisoirement installé dans une maison du cloître Saint- Nicolas, ensuite dans l’ancien collège des jésuites, car ce n’est qu’en 1817 qu’il fut réintégré dans les batiments construits, à cet usage, sous l’épiscopat de Mgr de la Motte.

Les édifices religieux souffraient beaucoup du défaut d’entretien ; la cathédrale plus que tout autre. Un maître couvreur, nommé Bruno Vasseur, avait, il est vrai, spontanément entrepris et sans espoir d’être jamais indemnisé de ses peines, les réparations les plus urgentes, mais le zèle de cet homme généreux ne pouvait suppléer aux ressources pécuniaires que le chapitre consacrait naguère à l’entretien et à l’embellissement du monument. Mgr de Villaret prescrivit ùne quête dans toutes les paroisses du diocèse, pour subvenir aux travaux de consolidation devenus indispensables. La quête produisit peu. Les temps étaient durs et la plupart des églises sollicitaient, d’une façon non moins pressante, les aumônes des fidèles : ce n’est qu’en 1805 que l’on commença les travaux, la loi du 18 germinal an XI (8 avril 1803) ayant mis formellement l’entretien des cathédrales à la charge des départements. 1

La réorganisation du culte des églises réformées suivit de près le Concordat. Très nombreux sur certains points du département, les protestants ne l’étaient pas à Amiens. Un décret du 7 fructidor an XII (25 août 1804) y autorisa cependant l’établissement d’une maison de prières et, l’année suivante, fut institué un consistoire composé de douze membres, pour les arrondissements d’Amiens, d’Abbeville et de Doullens 2.

1. Georges Durand. Monographie de L'église Notre-Dame cathédrale d'Amiens. T. I, pp. 156 et suiv.

2. Rossier. Histoire des Protestants de Picardie. Appendice d’après Rivoire. Annuaire du département de la Somme pour l’année 1806.

William Pitt, l’implacable ennemi de la France, venait d’abandonner le pouvoir en Angleterre, au moment où Bonaparte manifestait l’intention de jeter une armée d’invasion de l’autre côté du détroit. Lord Addington, qui lui succéda, consentit à entamer avec le gouvernement consulaire des pourparlers qui aboutirent à la signature, à Londres, le Ier octobre 1801, des préliminaires de la paix que les deux nations souhaitaient avec une ardeur pareille. Les Consuls attendaient le résultat des négociations au château de la Malmaison b Ils le firent aussitôt connaître à Paris et à tous les départements. Le 3 octobre, à la chute du jour, le canon retentissait à Amiens, ainsi qu’il était d’usage lorsque l’on apprenait quelque événement heureux. Chacun s’enquiert du motif de ces bruyantes détonations. Les plus empressés courent à l’hôtel de la préfecture. Quinette venait de recevoir la bonne nouvelle, qui se répand rapidement. La ville éclate en transports de joie. La paix avec l’Angleterre, c’était la paix consolidant le repos de l’Europe ; la paix ouvrant le monde entier à l’essor de notre industrie locale ! 1 2

11 avait été décidé que les plénipotentiaires des nations intéressées — la France, l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal et la République Batave — se réuniraient à Amiens, point intermédiaire entre Londres et Paris, afin de rédiger

1. La Malmaison, château dépendant de la commune de Rueil, à 12 kilomètres de Versailles.

2. Martin Philippson. La paix d'Amiens et Napoléon Ier. — Revue historique, 1901. I. p. 318. — Thiers. Histoire du Consulat et de l'Empire. T. III, pp. 185, 426. — La Décade de la Somme. 10 germinal an X. — Arch. de la Somme. Z. Fêtes et cérémonies publiques. Congrès d'Amiens. — Décret du 18 vendémiaire an X. Arch. nat. AF IV. Plaquette 246.

LE CONSULAT

le traité définitif. Le Premier Consul désigna, pour représenter la France au Congrès d’Amiens, son frère, Joseph Bonaparte *, que l’aménité de ses manières et la douceur de son caractère rendaient très apte au rôle de pacificateur.

11 avait signé la paix avec l’Amérique, à Mortefontaine, et la paix avec l’Autriche, à Lunéville. Le privilège de signer la paix avec l’Angleterre, à Amiens, lui revenait en quelque sorte de droit.

Le cabinet britannique fit choix de lord Cornwallis -, l’un des personnages les plus considérés du royaume, officier respectable, très expert au métier des armes, mais peu versé dans la science diplomatique. Cornwallis avait commandé en chef aux Indes et en Amérique. Il avait été gouverneur général du Bengale et vice-roi d’Irlande. C’était un beau vieillard, d’une figure noble, ayant des manières ouvertes et de la bonhomie.

L’ambassadeur de S. M. catholique la reine d’Espagne fut le chevalier d’Azarra1 2 3, ami personnel du Premier Consul, protecteur éclairé des arts, que lui-même cultivait avec succès. Il avait déjà rempli d’importantes missions à Rome, à Paris, à Florence.

Le représentant de la République Batave, le citoyen Schimmel-Penninck 4, avocat à Amsterdam, était président

1. Joseph Bonaparte, né à Gorte, le 7 juin 1768, frère aîné du Premier Consul, devint roi de Naples (1806), puis roi d’Espagne (1808), où il ne régna qu’à l’abri des baïonnettes françaises. Mort à Florence le 28 juillet

2. Charles Cornwallis, né le 31 décembre 1738, mort le 5 octobre 1805 à Ghaze, province de Bénares.

3. José Nicolas d’Azarra, né à Barbanalès, en Aragon, le 23 mars 1731, mort à Paris, le 26 janvier 1804.

4. Rutger Jean Schimmel-Penninck, né à Deventer, le 31 octobre 1761, mort à Amsterdam, le 13 février 1825.

de la municipalité de cette ville l * * * S.. Mmes Bonaparte et Schimmel-Penninck accompagnaient leur mari.

Les négociations entamées avec divers États, et non encore achevées, ayant été activées, le gouvernement consulaire n’attendit même pas les ratifications du congrès projeté, pour célébrer une grande fête de la paix. Elle fut fixée au 18 brumaire, jour anniversaire du coup d’État qui avait transformé la situation de la France. Lord Cornwallis se rendit à Paris pour cette fête, qui dépassa en magnificence ce que l’on avait encore vu. Il était de retour dans notre ville le 1er décembre, précédant Joseph Bonaparte de quelques heures. Lord Broome, son fils, et le colonel Singleton, son gendre, l’accompagnaient. Le chevalier d’Azarra et Schimmel-Penninck n’arrivèrent que le mois suivant. On attendait un ministre du Portugal qui ne vint pas.

Pour ces grands personnages et pour leur suite, le gouvernement avait loué les demeures les plus confortables de la ville, somptueusement meublées avec les réserves du garde-meuble de Paris. Lord Cornwallis s’installa, rue

1. Arch. de la Somme. Z. Congrès d’Amiens. État des personnages composant les missions :

Légation d’Angleterre : lord Cornwallis, ministre plénipotentiaire de S. M. Britannique; Merry, secrétaire de la légation; Moorre, secrétaire attaché à la légation ; le h-colonel Nigthtinghal ; le h-colonel Littlehalles.

Légation de la République française : Joseph Bonaparte, ministre plénipotentiaire- de la République française ; Dupuis, secrétaire de la légation; Portalis, attaché à la légation; Rœderer, attaché à la légation; Menneval, secrétaire particulier de Joseph Bonaparte ; Nettement, interprète de la légation.

Légation d’Espagne : le Cher d’Azarra, ministre plénipotentiaire de

S. M. catholique; le Cher de Castillo, secrétaire de la légation ; de Gomès, attaché à la légation.

Légation de la République batave : Schimmel-Pennink, ministre de la République batave ; Sminaert, secrétaire de la légation ; Decemps, attaché à la légation ; Van Leyden, attaché.

Histoire de la Ville d’Amiens au xixc siècle.

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