PAIX D’AMIENS
6 germinal an X
LE CONSULAT
Saint-Jacques, chez M. Ladamc ; Joseph Bonaparte, rue Porte-Paris, chez Mme de Follevillc ; d’Azarra, rue des Jacobins, chez M. de Bray-Valfresne ; Schirnrnel-Penninck, rue Neuve, chez M. Morgan de Frucourt.
Il importait d’inspirer aux négociateurs une très haute idée de la France. Le Premier Consul voulut que tout se passât dans le plus pompeux appareil. Le 4e régiment de dragons, commandé par le colonel Wattier, et quatre compagnies de grenadiers, nouvellement équipées, firent le service d’honneur. La lecture de la correspondance échangée entre le ministre des relations extérieures, le préfet de la Somme et le maire de la ville d’Amiens, dénote l’affolement de ces fonctionnaires obligés de pourvoir, en quelques semaines, à la décoration de l’Hôtel de ville, à la mise en état des pires endroits de la route de Calais à Amiens et d’Amiens à Paris, à l’embellissement des abords et des promenades de la ville, à l’assainissement sommaire de certains quartiers L
1. Arch. de la Somme. Z. Fêtes et cérémonies. Congrès d'Amiens . « État par aperçu de la dépense faite à l’Hôtel de ville d’Amiens, lieu désigné pour la tenue des conférences du Congrès, et dans les maisons
occupées par les ministres plénipotentiaires.
Dépenses à l’Hôtel de ville 6,683 fr. 40
id. dans la maison du ministre de France. 13,713 70
id. dans la maison du ministre d’Angleterre. 13,800 »»
id. dans la maison du ministre batave . . 2,000 »»
id. dans la maison du ministre d’Espagne. 2,000 »»
id. dans la maison du ministre de Portugal. 2,000 »»
40,197 fr. 10
Réduction d’un dixième sur les mémoires. 4,019 71
36,177 fr. 39
Le chiffre des loyers payés pour les immeubles occupés pendant deux mois fut de 18,400 francs. (Lettre du préfet au ministre des relations extérieures, du 22 germinal an X (10 avril 1802).
Arch. mun. D1 2 Corresp. 1800*1802, p. 157 v°.
On y réussit à coups d’argent. Il était moins aisé de dissimuler la misère publique, et le maire, qui n’est pas sans inquiétude, écrit à Quinette : « Les malheureux souffrent de l’état de iangueur de la manufacture. Le défaut de travail enlève toutes les ressources. Les enfants périssent de besoin, les hospices regorgent de monde. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour empêcher de mendier, mais, pour empêcher de mendier, il est indispensable d’offrir à ces infortunés d’autres moyens de subsister. 11 serait humiliant pour nous, pour la France entière, que les ministres étrangers fussent les témoins de la misère actuelle. Il serait bien plus scandaleux encore que leur tranquillité fût altérée par des mouvements populaires, que la misère pourrait occasionner. » Le gouvernement envoya des sommes considérables et les ouvriers sans travail furent embauchés dans des ateliers de charité L
Les conférences eurent lieu à l’Hôtel de ville, dans la salle connue depuis sous le nom de salle du Congrès. Le palais municipal avait été somptueusement meublé. Vingt tableaux provenant du musée spécial de l’École française 1 2,
1 . Arch. mun. D 2 Corresp. 1800-1802, p. 189. 24 floréal an X. Le maire au citoyen Joseph Bonaparte. « Vous avez rendu le soulagement aux malheureux plus efficace et plus durable en obtenant du gouvernement des sommes considérables pour établir des travaux publics. »
2. Arch. de la Somme, loc. cit. 1er brumaire an X. Le préfet à Chamont. « Le ministre de l’intérieur a autorisé le directeur du domaine de Versailles à mettre à ma disposition une vingtaine et plus de tableaux et quelques pendules du château. » État des tableaux d’après Y Annuaire administratif de la Somme. 1806, p. 360 :
La mort de Priam, Regn’ault ; la mort d’Anacréon, Desmarest; Auguste faisant fermer les portes du temple de Janus, Bon Boulogne ; Trajan faisant distribuer du pain aux pauvres, Vien ; la chasse à l’autruche, Carle van Loo ; la chasse à l’ours, Carle van Loo ; la chasse aux crocodiles, Boucher ; la chasse au tigre, Boucher ; Auguste faisant fermer les portes du temple de Janus, Carle van Loo ; Jupiter et Junon,
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à Versailles, garnissaient les murailles, et parmi ces tableaux, des boucher, un Vieil, des Van Loo. Quelquesuns étaient appropriés aux circonstances : V Auguste faisant fermer les portes du temple de Janus , par exemple. Des pendules empruntées au mobilier du château de Versailles ornaient les cheminées.
Tout le temps que durèrent les conférences, il y eut des fêtes à riJôtel de ville, des représentations au théâtre, par une troupe d’élite engagée pour la circonstance l, des réceptions à la préfecture 2 et chez les ministres plénipotentiaires, qui tenaient grand état de maison. Schimmel- Penninck donnait fréquemment des thés, dont sa femme et sa fille, « jeune personne de seize ans, remarquable par sa candeur et sa modestie », faisaient les honneurs3. Le faste de lord Cornwallis étonna les Amiénois. La vaisselle en or massif dont il se servait est restée légendaire. Chaque jour il se promenait à cheval sur la route de Paris, ou se rendait à Picquigny, dans une berline attelée de six chevaux, précédée de plusieurs courriers, et les passants se
Verdier ; un paysage, César van Loo ; une mère Spartiate faisant jurer à son fils de défendre la patrie, Boucher ; la Sybille, tapisserie, d’après Le Dominicain ; Christophe Colomb, tapisserie, d’après Fd Bol ; Ulysse chez Circé, Lagrenée ; deux paysages, Lacroix ; deux paysages, Le Moine.
1. Arch. mun. D2 Corresp. 1800-1802 p. 174 v«. Le maire au préfet. 21 ventôse an X. « Les comédiens, dans le désir d’être agréables aux membres du Congrès, ont eu l’idée de donner des pièces abandonnées depuis longtemps.... Je les engage à faire reparaître quelques-unes des belles tragédies de Corneille et de Racine... » — 2 brumaire an X. Le préfet au citoyen Georges Weimer. « Il doit y avoir à Amiens, au moins pendant la durée du Congrès, une troupe qui puisse offrir aux plénipotentiaires de bonnes pièces bien jouées. »
2. Ibidem. Invitations faites par le préfet aux membres de légations et à leurs familles, pour venir prendre le thé à 7 h. 1/2, le 5 pluviôse an X (25 janvier 1802).