‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 132 sur 197 · Mémorial d’Amiens, 7 et 8 février · texte numérisé non relu

Mémorial d’Amiens, 7 et 8 février

2 Ibidem, lor octobre 1853.

d’autrefois et la foule se montra prodigue de vivats. Ils se renouvelèrent, l’année suivante, quand l’Empereur et l’Impératrice présidèrent à l’inauguration de la chapelle destinée à abriter, dans la Cathédrale, les ossements de sainte Theudosie, et à la décoration de laquelle ils avaient contribué 1.

Cette fois la visite des souverains eut un caractère d’excessive simplicité. Ils affectèrent d’aller directement de la Cathédrale au Palais épiscopal pour s’y reposer avant le départ. Ce fut un hommage pieux rendu à la martyre, dont l’inscription tumulaire, découverte dans les catacombes de Rome 2, faisait supposer l’origine amiénoise. Ce fut comme le signe de l’orientation politique du moment.

La religion catholique jouissait effectivement de la bienveillance des pouvoirs publics. Amiens, ville encore pieuse, en profitait. La translation des reliques de sainte Theudosie avait été entourée d’un éclat triomphal. Trois cardinaux — Mgr Wiseman, archevêque de Cantorbéry, Mgr Morlot, archevêque de Tours, Mgr Gousset, archevêque de Reims — huit archevêques et dix-huit évêques avaient répondu à l’invitation de Mgr de Salinis. Une longue procession s’était déroulée sous les yeux d’une foule innombrable; procession unique dans les fastes de notre histoire diocésaine et qui offrit un spectacle impressionnant, même pour les plus indifférents. Aucune ville de France n’avait encore vu cortège plus imposant de princes de l’Eglise 3.

Déjà, au mois de janvier 1853, le moment ayant paru favorable pour renouer la chaîne, depuis longtemps brisée, des assemblées canoniques provinciales, S. E. le cardinal

1. Ville d'Amiens. Piéception de l'Empereur et de l'Impératrice. Programme du cérémonial. 12 octobre 1854. Amiens, Caron et Lambert.

3. Le livre de sainte Theudosie publié sous les auspices de Mgr de

Salinis, évêque d'Amiens. Amiens, Alfred Caron, 1854.

LE SECOND EMPIRE

Gousset avait convié les suffragants de la métropole de Reims à un concile, qui s’ouvrit et qui se termina par des sessions solennelles dans notre Cathédrale. Il s’agissait de créer un lien plus étroit entre les diocèses et d’étudier des questions d’un grand intérêt ecclésiastique et social. Une foule énorme assista à la proclamation des décrets élaborés dans les séances que les prélats, les délégués des chapitres de Reims, d’Amiens, de Soissons, de Beauvais et de Châlons, tenaient dans le salon du Palais épiscopal, qui a conservé le nom de salle du concile L

L’inauguration, sur la place Saint-Michel, de la statue de Pierre l’Ermite, l’apôtre promoteur des croisades 1 2, fut encore une solennité environnée de toutes les pompes de la religion 3.

Les documents historiques se rapportant à cette époque encore récente, et qui paraît bien lointaine tant elle diffère de celle que nous vivons actuellement, dénotent un remarquable épanouissement de l’esprit religieux. Rappelleronsnous l’éclat des processions de la Fête-Dieu, auxquelles assis-

1. Acta et décréta Concilii Provinciæ remensis in Civitate ambianensi, anno Domini M D CGC LUI, pontificatus Pii Papæ noni Vil celebrati , a sancta sede révisa et recognita. Ambiani, Lenoël-Hérouart, 1853.

Mgr de Salinis alla soumettre les actes du concile à l’approbation de la Cour de Rome. Le cardinal Mai, préfet de la Congrégation établie pour le maintien et l’interprétation des lois du concile de Trente, les loua en des termes flatteurs. Les principaux décrets se rapportaient: 1° au droit coutumier qui prétendait régler les rapports entre le pape et les évêques de France ; 2° à l’intervention des écrivains laïques dans les questions religieuses; 3° à l’introduction des auteurs profanes dans l’enseignement classique.

3. Société des Antiquaires de Picardie. Séance publique du 29 juin 1854 et inauguration de la statue de Pierre V Ermite à Amiens. Amiens, Duval et Herment. — Ami de l'Ordre, 1er juillet 1854.

La statue de Pierre l’Ermite, ainsi que celle de Lhomond, dont il sera parlé ci-après, sont signées Gédéon Forceville. Cf. plus haut, p. 286.

taient le préfet, les officiers de la garnison et les corps constitués; les rues jonchées de feuillages, les monuments publics et les maisons particulières tapissés de draperies et de guirlandes fleuries ; les pavillons faits des plus riches étoffes de l’industrie locale, élevant dans les airs le signe de la Rédemption ; les reposoirs, tantôt véritables monuments d’architecture et tantôt pittoresques comme l’autel flanqué de pièces de canon et orné de tous les engins de la guerre que nous vîmes, en 1862, dans la cour du quartier de cavalerie; et la troupe faisant la haie, et la foule recueillie, et le

son des cloches, et le bruit du canon Tout cela constituait

un décor et une poésie religieuse d’un charme pénétrant !

Les premières années du second Empire s’écoulèrent, à Amiens, dans un calme profond, que la crise résultant de la disette et du rigoureux hiver de 1854 ne put interrompre. Ni le renchérissement général des denrées de première nécessité, ni le chômage des ateliers n’amenèrent de désordres. Il y eut, dans beaucoup de familles d’ouvriers, des souffrances poignantes ; le niveau de la misère monta sensiblement; mais aussi il y eut un redoublement de charité, une expansion de bienfaisance tels, que, dans son infortune, le pauvre se montra d’une résignation admirable. A la suite de quêtes à domicile, organisées par la conférence de Saint- Vincent de Paul l, on vit, spectacle sans précédent, 400 ouvriers, marchant deux à deux et dans le plus grand ordre, se rendre chez M. Daveluy, qui en était le président, et lui offrir un bouquet en témoignage de leur reconnaissance.

La tranquillité publique n’eût pas été plus parfaite au sein de l’abondance, au cours d’une saison laborieusement

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