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Ami de l'Ordre, 23 et 24 janvier

2. Mémorial d'Amiens, 25 mai 1854. Souscription patriotique en faveur de l’armée d’Orient.

3. Ibidem, 19 août 1855. — Hommage à Sa Majesté la Reine de la Grande-Bretagne et d'Irlande, à V occasion de son passage à Amiens. Poésie par Daniel Gavet , payeur du trésor public à Amiens. Amiens, Caron et Lambert.

Quatre ans plus tard, le retour des troupes de l’armée d’Italie faisait vibrer encore la fibre patriotique. Il nous souvient avoir assisté à l’arrivée du 85e régiment de ligne, qui venait tenir garnison dans notre ville, après avoir été mêlé aux principales actions de la campagne. C’était le 26 août 1859, jour d’inoubliable fête qui rappela l’accueil fait, trente-cinq années auparavant, au régiment des chasseurs de l’Ariège rentrant à Amiens après la campagne d’Espagne, à laquelle il avait pris part L Reçus à l’esplanade de Beauvais par le maire entouré du Conseil municipal, les braves qui avaient accru notre patrimoine de gloire se rendent au boulevard du Mail, précédés et suivis des bataillons de la garde nationale, en parcourant la grande et la petite rue de Beauvais, la place Périgord, la rue des Trois-Cailloux et la rue Porte-Paris, au milieu des plus retentissantes ovations. On acclame le colonel Véron-Bellecourt, qui porte au front la cicatrice à peine fermée d’une glorieuse blessure ; on se découvre religieusement sur le passage du drapeau déchiré par les projectiles et qui est tout un poème d’héroïsme militaire. C’est un déluge de fleurs, de bouquets, de couronnes ; il en part des rangs pressés des spectateurs de cette marche triomphale; on en jette des fenêtres ; l’entraînement est indescriptible î La municipalité avait fait préparer, sous les arbres du boulevard du Mail, les tables d’un banquet, auquel les officiers et les soldats du régiment et ceux de la garde nationale prennent part. Tous fraternisent gaiement. Nous renonçons à décrire le bruit de la foule qui roule à longs flots entre l’esplanade de Beauvais et la rue Porte-Paris, ainsi que l’émotion qui saisit les cœurs, lorsque cette foule, franchissant, à un certain moment, les barrières qui la retenaient à distance, salue une dernière fois de ses hourras

1. Dusevel. Histoire de la Ville d’Amiens, édit, préc., p. S63.

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les héros de Magenta et de Solférino! C’est à qui serrera la main des soldats qui ont si vaillamment tenu l’épée de la France ! 1

A quelques jours de là, M. Cornuau proclamait Napoléon III « le prince le plus magnanime et le plus populaire de l’Europe, grand dans la paix, grand dans la guerre, à qui la France était redevable de sa prospérité et de sa gloire î » 2

Ce langage répondait au sentiment des masses parmi lesquelles l’Empire se rendait populaire. L’argent devenait abondant, le bien-être pénétrait dans toutes les classes du corps social. C’était, chez l’ouvrier, un besoin de s’affranchir, de vivre un peu de la vie du bourgeois, et, chez le bourgeois, une soif de plaisirs et d’élégance.

Les fêtes se multiplient à mesure que grandit cette ‘soif des plaisirs. Recherchant avec soin les moyens de divertir la population, la municipalité organise, au printemps de 1860, la première de ces grandes semaines, souvent rééditées depuis, dont chaque journée se trouve marquée par une attraction nouvelle. Ce fut à l’occasion d’un concours agricole régional.

Déjà, en 1852, la ville d’Amiens avait été choisie pour inaugurer, dans la région du Nord, les solennelles exhibitions agricoles instituées deux ans auparavant3. Ce premier concours d’essai satisfit pleinement l’opinion publique et il

1. Le Napoléonien, 27 août 1859. — L'Ami de l'Ordre, 27 août 1859.

2. Journal d'Amiens, 29 août 1861. Toast de M. le Préfet au dîner offert aux membres du Conseil' général.

3. Le premier concours d'animaux reproducteurs eut lieu à Versailles, en 1 850. Il n’y avait auparavant que des concours d’animaux de boucherie à Poissy. En 1851 il y eut trois concours régionaux à Saint-Lô, Aurillac et Toulouse. En 1852, il y en eut huit, parmi lesquels celui d’Amiens, qui dura deux jours. Les animaux étaient logés dans la ville et les faubourgs. L’espèce chevaline n’était représentée que par 20 étalons, l’espèce bovine par 36 taureaux, l’espèce ovine par 110 têtes ; l’exposition porcine était à peu près nulle.

HISTOIRE DE LA VILLE d’âMIENS.

parut évident que l’utile innovation prendrait un développement rapide et qu’elle donnerait d’heureux résultats.

Un arrêté ministériel de 1838 divisa le pays en douze circonscriptions, comprenant chacune sept ou huit départements, dans lesquels les concours régionaux se tiendraient alternativement. Amiens fut désigné pour celui de 1860. La ville se para de toutes les séductions. 11 y eut une exposition rétrospective 1 d’objets d’art jusque-là méconnus ou oubliés, une exposition d’horticulture, une solennité littéraire pour inaugurer la statue de Lhomond 2 dans le jardin de la Bibliothèque communale, une cavalcade représentant le cortège des rois de France et d’Angleterre, lors de la cérémonie de l’hommage rendu par Philippe VI à Edouard III, des concerts, des illuminations, des bals et un feu d’artifice.

En traçant les allées et les pelouses de la promenade de la Hotoie, ne semble-t-il pas que l’on ait pressenti qu’elle deviendrait un jour le cadre de nos expositions agricoles modernes? Jamais emplacement ne fut mieux disposé : de l’eau, de la verdure, du soleil, de l’ombre, des abords faciles, des allées larges qui s’étendent à perte de vue, de vastes espaces, une enceinte pittoresque et régulière tout à la fois, bordée par de longues rangées d’arbres.

Aujourd’hui, les jeunes générations, blasées sur ces sortes de spectacles devenus périodiques, s’étonneront peut-être de tant d’obstination dans nos souvenirs : c’est qu’elles

1. Société des Antiquaires de Picardie: Exposition provinciale. Notice des tableaux et objets d'art , d'antiquité et de curiosité exposés dans les salles de l’Hôtel de ville d’Amiens, du 20 mai au 7 juin 1860. Amiens, Veuve Herment.

2. Lhomond (Charles François), né à Chaulnes (Somme), le 26 octobre 1727, mort le 31 décembre 1794. Il fut pendant vingt ans professeur de sixième au collège du Cardinal Lemoine et composa, à l’usage des enfants, des grammaires latine et française et des ouvrages élémentaires demeurés classiques.

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conçoivent difficilement la surprise mêlée d’admiration de leurs aînées passant de l’Hôtel de ville à la Hotoie ; de l’Hôtel de ville, où se trouvent pour la première fois exposés aux regards du public des merveilles d’orfèvrerie, des ivoires, des tableaux, des manuscrits précieux, des meubles de style, des bibelots petits et grands tirés des collections particulières, entre autres de celle, bientôt après dispersée, de M. Bouvier; à la Hotoie, où les plus beaux spécimens des animaux de basse-cour se trouvent symétriquement alignés parmi les instruments agricoles destinés à rendre la terre plus féconde, ou bien à soulager le cultivateur dans ses travaux L

Les fêtes données à l’occasion du concours régional de 1860, celles qui accompagnèrent, au mois de juillet 1864, le premier festival organisé par la Société des Orphéonistes, récemment créée, coïncidaient avec l’apogée des années que l’on est convenu d’appeler les belles années de l’Empire. Afin de multiplier ces réjouissances publiques et pour encourager tous les genres de sport, une société se constitua, en 1865, sous le titre de Sport nautique d'Amiens 1 2; société appelée à devenir une institution prospère, ingénieusement habile à organiser des fêtes attirant la foule des étrangers au profit du commerce local.

L’optimisme et la confiance ne demeurèrent pas longtemps exempts de malaise, en dépit des réjouissances qui entretenaient de douces illusions. D’une part, l’échéance tant

1. Le concours de 1860 réalisait un progrès considérable sur celui de 1852. L’espèce chevaline comptait 184 sujets; l’espèce bovine, 353 têtes; l’espèce ovine, 155 lots ; l’espèce porcine, 86 sujets. Il y eut 430 lots de volailles et 467 instruments de culture.

2. Historique du Sport nautique d'Amiens , Amiens, T. Jeunet, 1879.

redoutée par nos industries locales, de l’année 1861, terme assigné pour la levée de toutes les prohibitions de douane, inquiétait vivement la place d’Amiens1; d’autre part, l’hostilité de Napoléon III à l’égard du Saint-Siège alarmait les catholiques, en imprimant à la politique religieuse un caractère différant de ce qu’elle était depuis 1852. On ne vit pourtant pas à Amiens, comme dans certaines villes, l’évêque et le préfet rompre ouvertement : celui-ci ralliant à lui les amis du pouvoir, celui-là entraînant à sa suite une partie des fidèles. Mgr Boudinet 2, successeur de Mgr de Salinis et le plus conciliant des prélats, se borna à affirmer, dans une lettre empreinte de beaucoup de prudence, la nécessité du pouvoir temporel des papes 3. Tout au plus Le Napoléonien 4, qui prend alors le titre d’apparence plus locale de Journal d'Amiens , affecte-t-il une certaine indépendance de langage dans les questions religieuses, tandis que le Mémorial d'Amiens continue à puiser ses inspirations à l’évêché.

Il existait donc, en dépit de certains germes de dissentiment, entre les autorités administratives et ecclésiastiques,

1. Ami de V Ordre, 5 septembre 1858. - Rapport de M. Daveluy au

Conseil général : « L’approche de l’époque fatale de 1861 assignée par le gouvernement, pour Ja levée de toutes les prohibitions de douane, paralyse les affaires et jette le trouble dans toutes les relations commerciales. L’agitation causée au sein de notre population industrielle, lors de la présentation du projet de loi qui faisait disparaître la protection de notre code douanier (1 856), fut telle que le gouvernement saisi de terreur panique crut devoir ajourner à cinq ans la réalisation du projet »

2. Boudinet (Mgr Jacques Antoine), né à La Rochelle le 30 août 1796, nommé évêque d’Amiens le 7 avril 1856, mort à Amiens le 1er avril 1873.

3. Lettre épiscopale du 29 janvier 1860. Amiens, impr. de Lenoël- Hérouart.

4. Le Napoléonien, moniteur de la Somme, journal quotidien politique, religieux, littéraire, administratif, industriel, agricole, judiciaire et d’annonces, parut le 25 mars 1857 et dura jusqu’au 31 décembre 1860. Il devint alors \e Journal d'Amiens, dont le premier numéro est du 1er janvier 1861. Il paraît encore.

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une communauté de vues qui profitait à la classe ouvrière1. Les institutions de prévoyance, telles que la Société de Secours mutuels 2 et la Caisse d’épargne créée en 1833, se développaient pour son plus grand bien. Les grands établissements d’assistance publique 3 prospéraient, laissant, malgré tout, un vaste champ d’action à l’initiative privée. Or, si le Bureau de bienfaisance, auquel le Conseil municipal accorde un crédit annuel variant de 65,000 à 80,000 francs, figure avec une avance considérable au premier rang des oeuvres destinées au soulagement des indigents, il est peu de villes qui en possèdent autant et de plus utiles. Beaucoup dataient du règne de Louis-Philippe.

Ce sont, d’abord, les maisons paroissiales de charité 4,

1. Mémorial d'Amiens , 31 décembre 1855: « M. le Préfet, Mgr de Salinis et le maire d’Amiens ont visité aujourd’hui les nombreux établissements de notre ville pour s’assurer de la parfaite exécution des intentions de ^administration. Ils ont constaté que les immenses détails de l’œuvre générale de bienfaisance étaient menés de front avec une activité des plus louables. »

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