Voir plus haut, p
3. Arch. des Hospices. Compte d’administration pour l’année 1860 :
Recettes ordinaires des hospices de la ville 449,126 fr.
Dépenses ordinaires communes aux trois hospices . . . 51,001
f à l’Hôtel-Dieu 169,404
Dépenses afférentes < à l’hôpital Saint-Charles .... 173,762
■ à l’hospice des Incurables . . . 41,278
435,445 fr.
4. Dates de l’institution des œuvres charitables existant avant 1870 : 1807, Maison de charité Notre-Dame. — 1837, Le Bon-Pasteur, les Demoiselles amies de l’enfance. — 1838, Salle d’asile Saint-Germain (maison Morgan). — 1841, Société de Saint-Vincent de Paul (lro Conférence Notre-Dame), OEuvre de Saint-François Régis, OEuvrede l’Atelier.
— 1842, OEuvre de la Charité maternelle. — 1843, Orphelinat de Gerville des Dames de Louvencourt, salle d’asile Notre-Dame. — 1844, Société évangélique des Amis des Pauvres. — 1845, OEuvre des Vieux Ménages.
— 1846, Maison de charité et salle d’asile Saint-Leu. — 1849, OEuvre des Pauvres Malades. — 1850, Société de Secours mutuels. — 1851, Maison de charité et salle d’asile Saint-Jacques. — 1854, Fourneaux économiques. — 1864, Salle d’asile de Saint-Maurice, salle d’asile de Montières. — 1869, Maison de charité de Saint-Honoré.
avec leurs ouvroirs, dans lesquels les jeunes filles orphelines ou délaissées reçoivent une éducation professionnelle ; avec leurs dispensaires, où l’on s’empresse d’accourir aussitôt qu’un accident est arrivé, qu’un malheur est constaté, qu’une infortune se manifeste. On sait que là on peut venir en toute confiance, que les formalités administratives sont négligées, dès qu’il y a urgence apparente, par les sœurs de Saint-Vincent de Paul que la ville y a placées pour secourir les pauvres à domicile et pour diriger les distributions du Bureau de bienfaisance.
Viennent ensuite l’orphelinat des Dames de Louvencourt, fondé par Mme de Gerville, au faubourg de Noyon, et la maison de retraite ouverte aux filles pénitentes par les Dames du Bon-Pasteur ; puis les œuvres multiples que le sentiment religieux inspire, afin d’assister, du berceau à la tombe, l’humanité souffrante et pauvre.
L’OEuvre de Charité maternelle, élevée au rang d’établissement d’utilité publique, accueille le malheureux au jour de sa naissance et prodigue sa sollicitude à la mère. La salle d’asile favorise le développement de ses premières années. La Société des Demoiselles amies de l’Enfance se charge de le vêtir et de pourvoir aux dépenses de son instruction. L’OEuvre de l’Atelier, l’honneur de M. Caille, qui la fit grandir et prospérer, s’applique à préparer les jeunes gens à la vie réelle.
Par ses ramifications variées — Conférences pour la visite des pauvres à domicile, Patronages d’ouvriers, Fourneaux économiques, Œuvre de Saint-François Bégis pour la régularisation des unions illégitimes — la Société de Saint-Vincent de Paul répand ses enseignements et ses bienfaits sur la période active de la vie. La Société évangélique des Amis des Pauvres, dont l’existence a été de courte durée, poursuivait le même but.
L’OEuvre des Pauvres Malades soulage et console les
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misères morales et physiques de tous les âges. Enfin TOEuvre des Vieux Ménages veille sur les vieillards jusqu’au dernier jour et pour eux encore voici venir, en 1859, les admirables Petites-Sœurs des Pauvres, dont l’installation, modeste en ses débuts, s’accroît rapidement et se transforme au point d’hospitaliser, à l’heure où nous écrivons, et avec les seules ressources éventuelles de la charité, 250 vieillards des deux sexes.
Le patrimoine des pauvres s’était augmenté, en 1842, des libéralités de M. Cozette *, qui légua toute sa fortune à la ville pour « la création d’une maison de secours et de travail ». Entrant dans ses vues bienfaisantes, sans toutefois se conformer à la lettre du testament, la municipalité institua, en 1855, dans l’immeuble devenu la Maison Cozette , situé place actuelle Vogel, l’œuvre essentiellement utile du prêt de linge qui supplée, dans les ménages indigents, à la disette des objets les plus indispensables à la propreté et à l’hygiène.
La population ouvrière avait presque doublé depuis vingt ans et le nombre des logements à son usage n’avait guère augmenté. La moindre chambre, un taudis sans pavage, sans air, à peine éclairé, se payait 1 fr. 50 par semaine, plus du dixième du salaire des meilleurs ouvriers de fabrique. On n’avait point encore le souci des rues larges et aérées. Les propriétaires entassaient les logements dans des cours et dans des passages où les rayons du soleil ne pénétraient jamais 1 2.
Un premier groupe de maisons, spécialement destinées aux familles d’ouvriers, avait été construit, vers 1840, par M. Pointin, dans la rue qui porte son nom. Elles restèrent
1. Cozette (Louis Charles André), né à Amiens le 17 août 1766, décédé dans cette ville le 22 mars 1842.
2. Mémorial d’Amiens , 29 mai 1852 : E. Mouttet, Les logements de la classe ouvrière; 6 et 9 mai 1853 : Solié, Habitation des classes ouvrières .
isolées, bien que la question de l’habitation à bon marché préoccupât déjà les économistes. Ces maisons, avec petite cour, très simplement construites en charpente, se composaient d’une salle pavée en briques avec cheminée, au rezde-chaussée, et d’une chambre en mansarde.
Après 1852, les dissertations sur les avantages des cités ouvrières firent place à l’action. L’Empereur s’y intéressa. M. Damis ouvrit, au faubourg de Noyon, plusieurs rues bordées de maisons en briques, d’un loyer de 2 fr. 50 par semaine, avec quatre pièces et un petit jardin. M. Damis avait obtenu une subvention de l’Etat. Il eut des imitateurs et, en 1866, une société anonyme se forma dans le but d’assurer, dans un commun effort, ainsi que cela se pratiquait à Mulhouse, le progrès des intérêts matériels et des améliorations sociales, en donnant une prime à l’économie par l’espoir, pour le locataire, d’acquérir à la longue la propriété des immeubles. Napoléon 111 s’inscrivit pour 10,000 francs sur la liste des actionnaires de la Société des Maisons ouvrières d’Amiens 1 ; mais, dans son grand désir de bien faire, celle-ci s’écarta de l’idée première et les maisons du quartier Saint-Roch ne constituèrent pas une cité ouvrière dans la véritable acception du mot. Toutefois l’impulsion était donnée et la construction d’habitations à bon marché prit un grand développement, surtout après 1870.
Il nous faut encore retenir, comme se rattachant directement à l’action charitable et à l’amélioration du sort du pauvre, les progrès réalisés en vue de favoriser le développement intellectuel de ses enfants. L’enseignement primaire, distribué dans les salles d’asile et dans les écoles d’Amiens, donnait des notions générales suffisantes et conduisait même assez loin dans la grammaire, l’histoire, la géographie et
1. Charles Labbé. Historique de la Société anonyme des Maisons ouvrières d'Amiens. Amiens, T. Jeunet, 1895.
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le calcul. Nous avons dit qu’il était essentiellement chrétien, depuis le commencement du siècle.
A la salle d’asile, dont l’institution, due à l’initiative du baron Morgan de Belloy, remonte à 1838, l’instruction est naturellement élémentaire. Elle attire l’attention de l’enfant, qui peut y séjourner de deux à six ans, sur les objets usuels, elle l’initie aux premiers principes de la lecture et de l’écriture; par la gymnastique cadencée qu’elle lui impose, elle l’amuse, rythme ses gestes et développe ses mouvements. Ne ferait-elle que le retenir et l’empêcher de courir dans les rues, elle lui rend un service signalé.
A l’école, c’est plus sérieux. Le programme des études, l’ordre des exercices imposés sont suivis à la lettre. Le personnel enseignant, réparti dans 29 écoles — 14 pour les garçons et 15 pour les fdles — comprend 23 frères des Ecoles chrétiennes, 36 religieuses de la Sainte-Famille ou de la Providence et 9 instituteurs laïques placés dans les sections rurales. Il y avait en outre deux écoles mixtes, dont une protestante, et deux classes d’enseignement mutuel.
La ville d’Amiens a été l’une des premières à résoudre la question, partout à l’ordre du jour sous le second Empire, de la gratuité de l’enseignement primaire. En la décrétant, le 8 juillet 1865, elle eut « la prétention de combattre victorieusement la misère et l’incurie des parents qui négligeaient d’envoyer leurs enfants à l’école, ou qui étaient dans l’impossibilité de le faire à cause de la rétribution scolaire » L A dater de ce moment, le budget de l’instruction publique passe de 47,719 francs qu’il était, au début de l’Empire, à
1. Arch. mun. Délib. du 8 juillet 1865 : 1° « A partir de 1866 toute rétribution scolaire sera supprimée dans les écoles communales des Frères, les écoles mutuelles, l’école protestante et dans les écoles de garçons et mixtes des sections rurales. » — 2° « La même mesure sera appliquée aux écoles communales de filles aussitôt que le Conseil municipal aura pu régler la situation qui devra être faite par la ville aux institutrices. »
86,816 francs, et le Conseil municipal, utilisant les centimes additionnels autorisés par la loi du 31 juillet 1867, entre dans une voie progressive d’améliorations pour les bâtiments scolaires L Les premières bibliothèques populaires, installées par M. Alphonse Leullier, datent également de cette époque 1 2. Elles furent organisées sur le plan de celles fondées en Alsace par Jean Macé, « afin de propager le progrès intellectuel et moral, en demeurant étranger à toute espèce d’esprit de parti ou de secte. » Et lorsque le même Jean Macé eut institué, en 1866, une ligue de l’enseignement primaire « en dehors de toute coterie politique et religieuse », celle-ci rencontra aussitôt des adhésions à Amiens, où l’on essayait de fonder, dans le même esprit, une Société populaire d’éducation 3. Ainsi commençait à s’insinuer, sous ombre de neutralité scolaire, la doctrine que l’âge suivant devait proclamer ouvertement, dont le programme apparent est d’omettre Dieu de l’école et le but réel de fen exclure.
A côté de l’enseignement secondaire traditionnel, qui se donne au lycée et au collège de la Providence, et de l’enseignement primaire, limités, l’un et l’autre, dans leur objet et rigoureux dans les méthodes, il devient utile d’en créer un autre plus large dans ses allures, plus accessible à tous. Tel est le but des soirées scientifiques et littéraires inaugu-
1. Arch. mun. Délib. du 6 mars 1869. Rapport de la Commission des voies et moyens pour dépenses extraordinaires d’utilité communale. Le rapporteur inscrit une somme de 190,000 francs pour construction ou réparation des écoles de Saint-Pierre (filles), Renancourt (filles), Montières (garçons), Petit-Saint-Jean (garçons), Saint-Maurice (garçons), Saint- Germain (filles), Notre-Dame (garçons), La Neuville (filles) et Longpré (garçons). — Budget primitif de 1870.
2. Journal d'Amiens, 23 septembre 1865. Rapport de M. Janvier sur les bibliothèques populaires d’Amiens, au nom d’une Commission du Comité d’économie politique et sociale delà Société industrielle d’Amiens.
3. Arch. mun. Carton n° 27, pièce cotée 12. Demande en autorisation du Cercle du Progrès social. 16 novembre 1867.
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rées au mois de décembre 1804, dans les salons de l’Hôtel de ville, par de magistrales conférences de M. Tivier, professeur de rhétorique au lycée, sur Corneille, Racine et Voltaire, et de M. Poiré, professeur de physique, sur les découvertes de Galvani et de Volta. Egalement appréciées des plus humbles intelligences et d’un auditoire d’élite, les soirées scientifiques et littéraires obtiennent un plein succès. Ce n’est pas sans raison qu’Amiens se flatte de connaître, autant et mieux que beaucoup de villes, les plaisirs des âmes honnêtes et des esprits cultivés, bien que l’apport littéraire y soit à peu près nul sous le second Empire; mais en peinture, cette période correspond aux premiers succès d’Edmond Lebel1, de Jules Lefebvre2, de Paul Sautai3 ; à la maturité de Charles Porion et de Pierre Thuillier. Aimé et Louis Duthoit ne se lassent pas d’augmenter par leur talent les richesses artistiques de la Picardie 4. En architecture, le style ogival domine dans la construction des églises, et le Musée Napoléon s’achève d’après un plan habilement étudié et bien approprié à sa destination.
Déjà mis en communication par les chemins de fer avec Paris, Arras, Lille et Boulogne5, Amiens sera bientôt relié à Rouen; à Laon et à Saint-Quentin par Tergnier; à Beauvais; à Doullens; à Compiègne par Montdidier; à la vallée de la
1. Lebel (Edmond), né à Amiens le 5 février 1834, élève de Léon Cogniet.
2. Lefebvre (Jules), né à Tournans (Seine-et-Marne), le 14 mars 1834, pensionnaire de la ville à l’Ecole nationale des Beaux-Arts, élève de Léon Cogniet, premier grand prix de Rome en 1861.
3. Sautai (Paul), né à Amiens le 29 janvier 1842, élève de Léon Cogniet, mort à Paris, le 20 novembre 1901. — Cf. Jules Boquet. Paul Emile Sautai, peintre. Amiens, T. Jeunet, 1902.