Ibidem. Délib. du 1er juin
4. Ville d’Amiens. Projet d’ouverture de la rue Centrale Extraits
des délibérations du Conseil municipal. Séance du samedi 15 mai IS58. Amiens, Jeunet. — Henri Macqueron. Bibliographie du département de la Somme N08 4344-4347. Le Conseil municipal abandonna définitivement le projet le 7 février 1863.
5. Dégagement des abords de la Cathédrale. Amiens, Jeunet, 1860. —
Journal d’Amiens, 15 septembre 1871. Projet de dégagement et d’embellis-
sement des abords de la Cathédrale, à compléter d’une rue d'aspect (sic)
dans l’axe du portail principal, par MM. Daullé et Herbaut, architectes.
et les avantages des grandes cités modernisées b La Préfecture encourageait ces tendances. Le peuple les envisageait avec une satisfaction très marquée.
L’édilité de M. Allart (5 décembre 1851-14 juillet 1860), a été féconde en améliorations. Celle de M. le comte Léon de Chassepot (14 juillet 1860-5 avril 1861), très courte, vit cependant accentuer les aspirations vers les grands travaux projetés. M. Allou (5 avril 1861-24 avril 1865) ne résista pas davantage au courant et quand M. Dhavernas (I l septembre 1865-27 novembre 1868) succéda à M. Allou1 2, l’entraînement était complet. Amiens tendait à réaliser l’idéal d’une agglomération urbaine, confortable et saine, pourvue d’eau et de lumière, quand le choléra y vint exercer ses terribles ravages, pour la troisième fois depuis le commencement du siècle.
L’épidémie, qui s’était manifestée dans la seconde quinzaine du mois de décembre 1865, et qui fit quelques victimes pendant les mois d’hiver, sévissait déjà cruellement le I I juin. Contrairement à celles de 1832 3 et de 1849, qui restèrent à peu près circonscrites dans les quartiers insalubres, dans les faubourgs et la banlieue, elle s’étendit bientôt à la ville entière.
La municipalité prit de sages mesures pour atténuer les ravages du fléau et désigna des commissaires de quartier
1. Arch. mun. Délib. du 6 mars 1869. Rapport de la Commission des voies et moyens pour dépenses extraordinaires d'édilité communale. Travaux projetés ou exécutés de 1861 à 1869 et qui devaient occasionner une dépense de 2,617,578 francs, en plus des 50,000 francs dépensés annuellement pour l’amélioration des bas quartiers.
2. M. Dhavernas, adjoint, fit l’intérim de maire du 24 avril 1865, jour de la nomination de M. Allou à la direction de l’académie de Clermont- Ferrand, au 11 septembre 1865.
3. J. Petit, médecin. Histoire du choléra-morbus asiatique avec les mesures administratives auxquelles il donna lieu, en 1832, à Amiens et dans le département de la Somme. Amiens, Allo-Poiré, 1833.,
LE SECOND EMPIRE
choisis parmi les citoyens les plus recommandables et les plus zélés, afin de rappeler la population à la stricte exécution des règlements sanitaires. Elle provoqua une souscription publique destinée à venir en aide aux indigents et de prompts secours furent organisés b
Après une légère diminution dans le chiffre des personnes atteintes, du 20 au 28 juin, la maladie s’acharne plus terrible. M. Dhavernas, si énergiquement dévoué à son devoir, si prévoyant et si ferme 1 2 ; le préfet de la Somme et Mme Cornuau, constamment fidèles à leur poste, visitent les plus pauvres maisons, prodiguent des consolations et s’efforcent, en partageant les périls, de ranimer les courages abattus.
La désolation gagne toutes les classes de la société. Des familles entières émigrent, les travaux sont suspendus, les magasins se ferment, les cafés sont déserts et les services publics désorganisés 3 *. On s’évite dans les rues, où règne un silence de mort et, au milieu de ce silence, toujours des convois funèbres, rien que des convois funèbres! Pendant les seuls mois de juin et de juillet, on enregistre 1,413 cas
1. Arch. mun. I5. Ville d'Amiens. Recette municipale. Etat du 18 avril
1867. Chiffre de la souscription : 169,776 francs.
Secours aux cholériques pendant l’épidémie . . 68,783 fr.
Secours aux familles et pensions aux orphelins . 17,722
Transports des malades et service des infirmiers . 24,303
Gratifications aux agents 3,910
Dépenses pour assainissement et divers. ... 1,648
Total 116,266 fr.
2. Arch. de la Somme. M. Choléra de 1866. Correspondance avec les ministres. Lettre du préfet au ministre de l’intérieur, du 22 juin 1866 : « Je serais reconnaissant à Votre Excellence si elle adressait un témoignage de satisfaction à M. le Maire d’Amiens qui a montré un dévouement infatigable et qui remplit les devoirs que lui imposent les circonstances avec une abnégation et une simplicité parfaites. »
3. Ibidem. Lettre du préfet au ministre de l’intérieur, du 2 juillet 1866 :
« Malgré toutes mes précautions pour maintenir les servies publics, plu-
sieurs sont en partie désorganisés, »
HISTOIRE DE LA VILLE ü’AMIENS.
mortels 1 ! Le soir, des grands feux, allumés par ordre pour assainir et purifier l’air, reflètent de sinistres lueurs. Amiens est comme en quarantaine. Les destinataires de marchandises provenant de ce foyer d’infection les refusent par crainte de la contagion.
La panique est au comble, la première semaine de juillet. Plus de mille personnes sont alitées et l’on constate 41 1 décès cholériques en huit jours. L’évêque prescrit des prières publiques. Le premier dimanche de ce mois néfaste, on voit sortir de la Cathédrale, après les vêpres, une foule pénitente formant une double haie de cierges au défilé des chasses qui se succèdent à intervalles rapprochés, portées par des lévites. Dépouillés des ornements de fêtes, les prêtres et les religieux précèdent Mgr Boudinet, mîtré d’argent et drapé du pluvial violet, comme aux funérailles. Cette procession des reliques, souvenir des grands exorcismes du moyen âge, parcourt les quartiers les plus éprouvés et, sur son passage, l’émotion est poignante.
L’impératrice Eugénie arrive à l’improviste, le 4 juillet, l’un des plus lugubres de tous ces jours de deuil, le lendemain de ce fatal 3 juillet où 71 décès ont été inscrits sur la plus triste page de notre état civil. La souveraine était accompagnée du marquis de Pienne et de Mme la comtesse de Lourmel. Reçue à l’Hôtel-Dieu par M. Constant Mancel, président de la Commission administrative des Hospices, et par les docteurs Alexandre et Tavernier, elle passa deux
1. Récapitulation par cantons des décès occasionnés par le choléra et par la cholérine pendant l’année 1866, d’après un état existant au bureau
municipal de l’état-civil :
1er arrondissement, Nord-Est 507
2° arrondissement, Sud-Est 404
3° arrondissement, Sud-Ouest 341
4e arrondissement, Nord-Ouest 384
LE SECOND EMPIRE
heures dans cette atmosphère pestilentielle, adressant aux moribonds des paroles consolantes, aux infirmiers et aux sœurs des paroles réconfortantes. Les témoignages non équivoques de la gratitude populaire l’attendaient à la sortie de l’hôpital et dans les rues qu’elle traversa pour se rendre chez les Petites-Sœurs des pauvres et dans les maisons de charité des paroisses.
Si la ville subissait une épreuve terrible, il ne manquait pas de cœurs généreux pour lui venir en aide. Notre corps médical combattit le fléau sans relâche, avec intelligence et dévouement, admirablement secondé par douze internes, que la direction de l’Assistance publique de Paris avait envoyés, et par les sœurs de Saint-Vincent de Paul.
L’exemple de l’Impératrice, celui de M. Dhavernas et de ses collègues de la municipalité, celui de M. et de Mme Cornuau, provoquèrent une généreuse émulation dans l’accomplissement du devoir, que M. Bon-Herbet, l’un des adjoints, les docteurs Léger, James et Thuillier, quatre prêtres et huit religieuses garde-malades payèrent de la vie l * * *.
A la suite de pluies abondantes, survenues au commencement du mois d’août, l’épidémie subit, tout à coup, un
1. Arch. de la Somme. Choléra de 1866. — Arch. mun. I5. Epidémie cholérique de 1866. Ont été nommés officiers de la Légion d'honneur
à la suite de l’épidémie : MM. Gornuau, Dhavernas et le docteur Alexandre, médecin des épidémies ; chevaliers de la Légion d’honneur : MM. les docteurs Coulon, Lenoël et Cou rtillier ; Duflos, président de la Chambre de Commerce; Mancel, administrateur du quartier des cholériques à l’Hôtel-Dieu ; Faton de Favernay et Delaye-Dury, membres du Conseil municipal; l’abbé Solente, curé de Saint-Germain, et l'abbé Boulanger, curé de Saint-Jacques.
La ville fit remettre, à chacun des internes des hôpitaux de Paris, un chronomètre en or avec cette mention gravée : Epidémie cholérique de
1866. La ville d'Amiens à M Elle distribua en outre 56 médailles
d’or, d’argent et de bronze aux personnes qui s’étaient signalées par leur dévouement. Délib. du 25 août 1866.
temps d’arrêt. Afin de relever le moral de la population, et comme si Y on pouvait désormais se passer de leur concours, M. Dhavernas réunit, le 15 août, à l’Hôtel de ville, tous ceux qui, à des titres divers, avaient bien mérité de la ville; fête intime, prélude de la journée du 26, qui vit défiler, devant l’hôtel de la préfecture, plusieurs milliers de personnes escortant la députation chargée de remettre à Mme Gornuau la médaille commémorative de son dévouement b
Dans l’élan de sa gratitude, le Conseil municipal ratifia la résolution de la Commission des Hospices, qui voulut consacrer, par une inscription lapidaire scellée sur la façade extérieure de la porte de l’Hôtel- Dieu, le souvenir de la visite de l’Impératrice. Il nomma place de Y Impératrice la place nouvellement créée entre le pont de Croix et le pont Saint-Michel, et boulevard Cornuau1 2 la grande voie destinée à relier les boulevards à la promenade de la Hotoie. Autant de souvenirs historiques que le souffle implacable des passions politiques a fait disparaître !
Un tableau de M. Paul Félix Guérie, placé dans les galeries du Musée de Picardie, représente l’Impératrice au chevet des cholériques. C’est aussi le sujet de l’estampe qui fut éditée avec la légende « Impératrice et sœur de charité. »
L’accueil réservé à l’Empereur et à l’Impératrice, le 30 août de l’année suivante, affecta le caractère d’une manifestation de la reconnaissance publique.
Leurs Majestés, qui ne passèrent que trois heures à Amiens, se rendirent au Musée Napoléon, où les réceptions officielles eurent lieu dans le salon d’honneur du premier étage. La réponse aux paroles de bienvenue de M. Dhavernas fut commentée dans l’Europe entière.
Napoléon III revenait de Lille et d’Arras. Les allocutions