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De même en 1855, lors du renouvellement des Conseils généraux et des Conseils d’arrondissement, ce fut partout l’adhésion en masse aux listes de l’administration préfectorale.

Si les candidats à la députation, investis du patronage de la préfecture, rencontrent des adversaires à Montdidier et à Péronne, en 1857 l, c’est que certaines ambitions locales se réveillent. Il n’y a pas de candidatures hostiles à l’Empire, mais simplement des candidatures opposées aux vœux déclarés du pouvoir. Les indépendants n.’invoquent-ils pas la fidélité aux institutions bonapartistes comme le meilleur titre à la confiance de leurs concitoyens? Tout se réduit à des questions de clocher 2. Le Napoléonien , organe départemental officiel le reconnaît. Cependant le nombre de suffrages attribués, dans Amiens, à M. Porion 3, l’ex-maire de 1848 qui avait protesté contre le coup d’Etat, ne fut pas uniquement un succès personnel, un succès dû aux bons souvenirs que son nom rappelait à tous les esprits. On y vit, avec raison, l’indice de la résistance d’un groupe important qui se refusait à suivre la direction des fonctionnaires de l’Empire.

La situation n’est guère différente en 1863. Tandis qu’à

1. Députation de la Somme : MM. Allart, G. O. (Amiens) ; Tillette de Clermont, C. 0. (Abbeville); Conneau, C. O. (Péronne); Edouard de Morgan, C. I. (Montdidier) ; Randoingt, C. O. (Doullens).

2. Circulaire de M. Edouard de Morgan, C. I., à Montdidier : « Rallié franchement au gouvernement de l’Empereur, j’ai applaudi à ses succès, je me suis félicité de ses gloires. Je ne faillirai point à ces précédents. »

Circulaire de M. Dhermigny, C. I, à Péronne : « Je ne suis pas le candidat que l’administration recommande. Gardez-vous de croire cepen-

dant qu’aucun sentiment d’hostilité m’anime »

3. Elections législatives de 1857. 1re circonscription : Amiens. Electeurs inscrits : 44,009. Votants : 31,087.

MM. Allart, maire, C. 0 22,370 élu

Porion, ancien maire, C. 1 8,236

Dans ce chiffre, les voix de la ville d’Amiens comptent pour' 5,236.

LE SECOND EMPIRE

Amiens la très grande honorabilité de M. Cosserat déconcerte l’opposition qu’elle réduit à l’impuissance f, le docteur Conneau, médecin de l’Empereur, triomphe facilement, à Péronne, de la candidature démocratique de M. E. Hamel, et M. Edouard de Morgan de celle de M. de Vigneral1 2, à Montdidier. La lutte est plus vive à Abbeville 3 et à Doullens 4, mais, là encore, aucun des dissidents ne s’attaque ouvertement à l’Empire.

11 appartenait à M. le comte d’Estourmel de rompre l’unanimité bonapartiste de la représentation départementale. Elu député de Péronne, après la nomination du docteur Conneau au Sénat, sur un programme en hostilité ouverte avec la politique impériale, le comte d’Estourmel alla grossir la célèbre coalition, dite des libéraux, qui comprenait des royalistes et des républicains : un Berryer et un Jules Favre! Pour la première fois depuis 1847, la gauche de l’Assemblée législative comptait un député de notre département.

1. Election législative de 1863. 4re circonscription: Amiens.

Electeurs inscrits : 42,117. — Votants : 29,330.

\1. Cosserat, C. 0 24,921 élu

Voix diverses 4,243

Députation de la Somme: MM. Sénéca, C. O. (Abbeville); Conneau, C. O. (Péronne) ; Edouard de Morgan, C. 0. (Montdidier) ; Gressier, C. 0. (Doullens).

2. Circulaire de M. de Vigneral, C. I., à Montdidier : « La constitution impériale étant légalement perfectible, la sagesse de vos mandataires doit nous conduire sans agitation à la complète réalisation de nos légitimes aspirations vers la liberté. »

3. Circulaire de M. Calluaud , C. I., à Abbeville : « Personne n’aura le droit de douter de ma parole ; du moment où j’ai prêté le serment exigé par la Constitution, je remplirai les obligations qu’il impose avec la loyauté et la sincérité de mon caractère. »

4. Circulaire de M . le comte d’Hezecques , C. I., à Doullens : « Je secon-

derai autant qu’il sera en moi le gouvernement qui, depuis quatorze ans, accroît la prospérité de la France et grandit son ascendant moral en la faisant forte et respectée partout »

En prévision des luttes parlementaires qui devenaient plus vives, le pouvoir doublait ses forces comme on double la garde en prévision de tumultes populaires. Parmi les hommes de talent auxquels il fit appel se trouvait M. Constant Thuillier, président de section au Conseil d’Etat. Amiens, qui l’avait connu républicain militant \ s’étonna de l’ardeur agressive qu’il déployait contre l’opposition libérale. Sa véhémence tenait parfois de la violence, mais quels que fussent les écarts de sa passion, la Chambre toute entière se sentait secouée par la parole imagée, un peu désordonnée et toujours puissante de l’ancien orateur de nos clubs de 1848. On l’appelait ici le grand Thuillier. La maladie l’éloigna prématurément de la scène politique du Palais Bourbon. Devenu presque l’égal de M. Rouher, il n’y fit qu’une apparition, mais une apparition brillante 1 2.

Cependant, la démocratie républicaine, écrasée par le coup d’Etat, mais qui essayait de se reconstituer dans l’ombre, secoua tout à coup sa léthargié à Amiens et se mêla à la lutte engagée, au mois de décembre 1868, pour combler plusieurs vacances qui s’étaient produites au Conseil municipal. L’hydraulicien Debaussaux brigua les suffrages. Très populaire, ami des proscrits de 1852, lui-même avait pris part à l’insurrection de 1830, à^Paris. Il était en quelque sorte devenu le porte-drapeau du prolétariat amiénois. Une candidature ouvrière prenant aussitôt faveur auprès des travailleurs, son nom sortit triomphant des urnes 3.

1. Constant Thuillier, nommé sous-préfet de Douai en 1848, avait successivement été préfet d’Ajaccio et de Saint-Etienne. Cf. plus haut, p. 253.

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