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De la Gorce. Histoire du Second Empire, T. IV, p

3. Elections complémentaires des 26 et 27 décembre 1868, 2 et 3 janvier 1869.

LE SECOND EMPIRE

Le succès de Debaussaux apparut aux esprits clairvoyants comme le signe avant-coureur de graves événements. Ce succès coïncidait effectivement avec les vœux de réformes libérales qui surgissaient de toutes parts. Si les institutions essentielles de l’Empire étaient encore admises dans la crainte de nouveaux bouleversements, l’esprit d’indépendance grandissait de jour en jour. On exploitait contre le pouvoir personnel de Napoléon J 1 1 les traités de commerce, le malaise des affaires, les échecs humiliants subis par notre diplomatie, les erreurs de la guerre du Mexique, l’impôt, semblable à une marée dont le flot montait sans cesse, la loi qui créait la garde mobile et qui portait le service militaire de sept à neuf ans.

L’opposition réclamait des représentants indépendants, qu’aucune attache officielle ne condamnât d’avance à un rôle passif.

Telle était la situation du pays au mois de mai 1869, à la veille du renouvellement périodique de la Chambre des Députés, au lendemain du départ de M. Cornuau, remplacé par M. d’Auribeau, qui allait essayer de substituer le régime libéral au régime de la compression administrative. Le moment semblait favorable pour ressaisir l’opinion. Bénéficiant de la loi du 16 mai 1868 qui émancipait la presse, quelques hommes d’action, animés d’une hostilité irréductible contre l’Empire, résolurent de fonder un journal « qui pénétrât jusque dans les dernières couches populaires; qui tendît à obtenir l’entier exercice des droits et des libertés énumérés dans les solennelles déclarations des Assemblées révolutionnaires » L

1. Le Progrès de la Somme, 16 mai 1869. Programme signé du Comité de direction.

Le Progrès de la Somme 1 fut alors fondé sur l’initiative de M. Jules Lardière, industriel à Fouilloy-lès-Corbie, en relation avec Gambetta, et qui s’était signalé par l’ardeur des luttes électorales, dans son canton, contre M. Gressier, la plus haute personnification de l’Empire autoritaire en Picardie. « Les yeux tournés vers l’avenir — le titre l'indique — il s’adressera au suffrage universel, expression de la démocratie, afin de lui donner conscience de ses droits, de ses devoirs et de ce qu’il peut sur les destinées de la France »

La rédaction du nouveau journal s’installa dans une maison de la rue de Narine. M. Frédéric Petit en était l’âme.

Né dans une condition modeste, M. Frédéric Petit s’étudiait à préparer, à Amiens et dans le département, l’avènement de nouvelles couches sociales. Les problèmes les plus ardus, politiques, sociaux, religieux, sollicitaient sa vive intelligence. Rêvant une démocratie libre et forte, il était de ceux qui dédaignent les détours et qui se découvrent en face d’un adversaire, dans la conviction que la lutte active et sans merci est la meilleure tactique pour atteindre le but. Condamné à une peine disciplinaire pour infraction aux règlements de la garde nationale, il repoussa en ces termes rendus publics le bénéfice d’une amnistie dont il aurait pu profiter :

« Fidèle aux principes de la Révolution, je ne reconnais d’autre règne que celui de la Loi, et je refuse de subir le régime de la grâce, ce reste de droit divin. Je suis au nombre de ceux qui ne sollicitent et qui n’acceptent aucune faveur, d’où qu’elle vienne, mais qui tiennent surtout à honneur de repousser les dons gracieux de l’Empire » 2.

On redoutait avec raison le zèle déployé par M. Frédéric

1. Le Progrès de la Somme , organe de la Démocratie, journal politique, hebdomadaire jusqu’au 14 mai 1870, quotidien depuis.

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