Ibidem. Mobilisation 1870. Placard imprime
« Le devoir du maire et du colonel est de faire appel au patriotisme de tous dans la crise que le pays traverse et de leur demander de s’inscrire à l’état-major pour le temps de la guerre.
« Concitoyens, répondez à notre appel. Efforçons-nous d’être à la hauteur de nos devoirs! »
En même temps, l’état de siège, proclamé dans les départements de la troisième subdivision militaire, conférait des pouvoirs extraordinaires au général baron Fririon.
Jusque-là c’était à qui se déroberait au service de la garde nationale. Chacun est maintenant empressé à payer de sa personne. Les manœuvres quotidiennes qui se font sur les boulevards et les marches d’entraînement ne connaissent pas de défections. Une société de tir s’était récemment formée sous le nom de Tir de Picardie (1868), une autre s’était intitulée le Tir amiénois (1870). Leur utilité s’affirme. Des corps indépendants surgissent spontanément; tels les Chasseurs francs-picards qui se disposent à faire une guerre de guérillas, dans le cas où les Prussiens envahiraient le département l.
Ceux à qui l’âge, les infirmités ou les fonctions publiques ne permettent pas de prendre une part active à la défense nationale, s’ingénient à venir en aide aux soldats relevés mutilés ou meurtris sur les champs de bataille.
C’est le Conseil municipal prenant l’initiative d’une souscription publique 2 et installant, à l’ Hôtel-Dieu et dans les bâtiments mis à sa disposition par les pères jésuites et par le Supérieur du grand séminaire, des ambulances qui comptent près de 500 lits et à l’aménagement desquels
1. Arck . mun. mobilisation. La ville remet à M. Délassas une somme de 2,50.0 francs pour l’équipement de 60 chasseurs francs-picards.
2. Le produit de deux souscriptions, s’élevant au chiffre de 184,790 fr., fut partagé entre la Société de la Croix-Rouge et les familles indigentes des soldats appelés sous les drapeaux.
la charité publique contribue par des offrandes en argent et en nature. C’est la Société française de la Croix-Rouge, fondée suivant les termes de la Convention de Genève, instituant un comité départemental sous la présidence du maire d’Amiens. C’est la Société nationale anglaise de secours aux blessés créant à Amiens une succursale de ses oeuvres. C’est Mgr Boudinet, c’est M. le Proviseur du lycée, c’est M. le Supérieur de l’école libre de la Providence, ce sont les chefs des grands établissements industriels, les châtelains des environs, ce sont les gens de cœur de tous les partis s’empressant de mettre à la disposition de l’autorité municipale des locaux disposés pour recevoir les victimes de la guerre et prenant l’engagement de pourvoir à toutes les dépenses K
Un premier convoi de blessés de l’armée du Rhin arrive le 12 août; un autre, le 31.
Dans ce grand mouvement, où l’âme d’Amiens s’élève aux plus hautes aspirations, nous trouvons, au premier rang, M. Dauphin, ses adjoints, MM. Feuilloy, Louis Dewailly et Dufétel, ainsi que les membres du Conseil municipal qui, s’inspirant à la fois du patriotisme et des intérêts de la ville, apportent, en toutes choses, une direction utile et féconde1 2.
1. Arch. mun. Invasion. Ambulances. Cf. le registre original sur lequel sont inscrits, par 137 personnes, les engagements de se charger du soin des blessés.
2. Les membres du Conseil municipal ont été repartis en six grandes commissions :
Commission centrale (T administration et des finances : MM. Labbé, Daussy, E. Dupont.
Commission des subsistances : MM. Vulfran Mollet, Thuillier-Gelée, Alexandre Duflos, Burgeat, Roger, Bonvallet.
Commission des logements d'hommes, de chevaux et des fourrages : MM. de Favernay, Adéodat Lefevre, Ponche, Lebouffy, Dournel,Vagniez- Fiquet, Fleury, Ponthieu, Ogez, Brandicourt
Commission des transports, voitures et chevaux : MM. de Chassepot, Barbier, David.
Le mois d’août s’achève dans des alarmes continuelles. Tous se rendent compte que l’on touche à quelqu’un de ces événements inscrits en caractères sanglants dans l’histoire des peuples et, pour n’être point pris au dépourvu, le Conseil municipal se préoccupe déjà de mettre la ville en mesure de faire face aux éventualités qui la menacent L L’heure des plus graves épreuves allait sonner. La campagne n’était qu’une succession de revers. Après s’être avancés jusqu’à la frontière, les Français battaient en retraite. Le 4 septembre, quand la veille encore des récits complaisants laissaient entrevoir un retour offensif de nos armes, on apprend le désastre de Sedan. Les rues d’Amiens forment comme une immense réunion publique où l’on entend prononcer les noms de Bazaine et de Mac-Mahon, où se croisent mille commentaires des malheurs de la patrie, où la nécessité de la sauver se mêle à toutes les questions de gouvernement.
L’Impératrice convoque les Chambres. Pendant que le Corps législatif discute la déchéance de Napoléon III, le peuple envahit la salle des séances. Le parti républicain, dirigé par les députés de Paris, profite du désarroi général et un nouveau pouvoir s’organise qui s’intitule le Gouvernement de la Défense nationale.
Commission des ambulances et des secours : MM. Blot, Mancel, Cagnard, Dhavernas, Jourdain, Duvette, Dufour.
Commission de la sûreté publique : MM. Antoine, Délayé- Dury, Debaussaux.
1. Arch. mun. Guerre de 1870. Armements. Lettre du préfet au maire
d’Amiens, 3 septembre 1870 : « Je ne négligerai rien de ce qui est en mon pouvoir pour donner une satisfaction complète au désir du Conseil municipal de mettre la ville en mesure de faire face aux éventualités qui peuvent se produire »
2. Ibidem. Lettre du préfet au maire d’Amiens, 3 septembre 1870.
Les bonapartistes assistent, la mort dans l’âme, à l’effondrement des institutions auxquelles le vote du 8 mai semblait garantir de longues destinées. La nomination, à la préfecture de la Somme, de M. Jules Lardière, achève de les déconcerter. M. Lardière, collaborateur de M. Frédéric Petit au Progrès de la Somme , était l’un des plus fervents adeptes de la République dans le département. M. René Goblet remplaça M. Tallandier dans les fonctions de procureur général.
Rien que M. Lardière s’engageât « à maintenir l’ordre et à organiser la défense du pays avec tous les bons citoyens » *, M. Dauphin et les membres du Conseil municipal songèrent à se retirer : « Ils redoutaient les conflits probables au milieu des haines et des ardeurs politiques. » Toutefois, « en face des dangers de l’invasion étrangère et de l’anarchie intérieure »1 2, le sentiment du devoir les retint à leur poste.
Le maire présida donc, le 10 septembre, à l’élection des officiers de la garde nationale. Elle eut lieu, aux termes du décret qui la réglementait : pour les officiers supérieurs, par tous les officiers de la légion ; pour les capitaines, au scrutin individuel par les hommes de la compagnie ; pour les lieutenants, les sous-lieutenants et les sous-officiers, au scrutin de liste dans chaque compagnie. Le comte Léon de Chassepot fut nommé colonel et M. de Puyraimond lieutenant-colonel. Les chefs de bataillons furent MM. Routmy et Gustave de Guillebon. L’artillerie choisit M. Mangot pour son commandant et la cavalerie M. Paul Mollet. La reconnaissance et la présentation des officiers donna lieu à une imposante solennité militaire sur la place de l’Hôtel-de-Ville 3.
1. Préfecture de la Somme. Proclamation aux habitants du département de la Somme.