‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 157 sur 197 · Journal d'Amiens , 9 octobre · texte numérisé non relu

Journal d'Amiens , 9 octobre

Personne ici ne refusait son concours au Gouvernement de la Défense nationale, mais l’établissement définitif de la République, acceptée en principe au Progrès de la Somme 1 et au Journal d'Amiens 2, provisoirement admise au Conseil municipal d’Amiens 3, était subordonné au vote de l’Assemblée nationale constituante que le pays devait élire le 16 octobre.

Le comité libéral, qui groupait, sous la présidence de M. le comte de Gestas, les hommes modérés de tous les partis et qui « s’engageait à attendre la forme définitive du gouvernement de la sagesse des députés »4, l’entendait ainsi.

On s’apprêtait à aller aux urnes. Désireux de briguer un siège de représentant du département, M. Lardière avait résigné ses fonctions pour se jeter dans la mêlée électorale, quand les élections furent indéfiniment ajournées ; la France envahie sur une grande partie de son territoire, dépeuplée par le recrutement, manquait du calme nécessaire pour statuer sur ses destinées. M. Lardière reprit donc la direction des affaires, que M. Vital-Rault avait administrées en son absence (22 septembre- 11 octobre).

1. Le Progrès de la Somme , 15 septembre 1870. La République , J. Barni. — 2 et 9 octobre 1870. Les avantages de la République. La République doit-elle être mise en question? J. Barni.

2. Journal d'Amiens, 24 septembre 1870. Des élections et de la Consti-

tuante. — 23 septembre 1870 : « M. Gaulthier de Rumilly nous remet la circulaire suivante. Les idées qu’elle renferme ont toute notre approbation » La circulaire se terminait ainsi : « Rallions-nous, en présence

de l’étranger, au gouvernement de la République, justement appelé le gouvernement de la défense nationale et le seul qui puisse nous préserver de la guerre civile. »

3. Arch. mun. Délib. du 29 septembre 1870. Cette adhésion fut motivée par un article de la Norddeutsche Zeitung qui représentait la ville d’Amiens comme ne voulant pas reconnaître le gouvernement de la défense nationale.

4. Bulletin du Comité libéral de la Somme. Deux numéros seulement ont paru, les 9 et 10 octobre.

L’ennemi poussait des reconnaissances fréquentes dans le département de l’Oise. Le quatrième bataillon des mobiles de la Somme, le seul qui ne fût pas enfermé dans Paris, occupait l’avant-poste de Breteuil. Quelques éclaireurs prussiens parurent dans la matinée du 11 octobre et furent aussitôt mis en fuite. C’était le prélude de l’attaque dirigée, le surlendemain, contre la petite ville, par une colonne forte de 2,500 hommes avec de la cavalerie, des canons et deux mitrailleuses. Nos mobiles, inférieurs en nombre, dépourvus d’artillerie, se replièrent après une lutte inégale. Les Prussiens, maîtres de Breteuil, y séjournèrent quelques heures et partirent dans la direction de Clermont1.

L’émoi avait été très vif à Amiens. La garde nationale se tenait prête à partir au premier signal. Le 17 octobre, le jour où le général Paulze d’Ivoy, successeur du général Le Baron dans le commandement de la troisième division militaire 2, appliquait l’état de guerre au département de la Somme, quatre escadrons de cavalerie, une compagnie d’infanterie et de l’artillerie parurent en vue de Montdidier et s’en emparèrent après une canonnade d’une demi-heure, rejetant en désordre, sur la route d’Amiens, les quelques gardes nationaux qui avaient tenté une résistance inutile, dans l’état d’infériorité où ils se trouvaient 3.

On vit alors se développer parmi les municipalités des villes de la région l’esprit de solidarité qui leur inspira la généreuse résolution de secourir Amiens devenu place d’avant-garde.

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