‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 16 sur 197 · D’Arjuzon. — Madame Louis Bonaparte, p · texte numérisé non relu

D’Arjuzon. — Madame Louis Bonaparte, p

Un transparent représente le vaisseau de la République voguant à pleines voiles et, sur l’horizon, une étoile avec ces mots : Elle éclaire et dirige la France. Au-dessous d’une barque pontée et prête à appareiller : Un bon vent et trentesix heures.... Des inscriptions, il y en a partout et de tous les genres, d’héroïques, de sentimentales, de naïves !

Le 26 juin, qui était un dimanche, le Premier Consul sort à cheval de grand matin, fait le tour des remparts et inspecte rapidement les environs de la place. A midi, il assiste à la messe. A deux heures, commence le défilé des autorités. Augustin de Bray et le conseil municipal remettent à Bonaparte le présent jadis usité à l’entrée des rois : quatre cygnes, qui portent au cou des médaillons d’argent sur lesquels se lisent les noms de Lodi, Arcole , Marengo, Amiens. Ensuite « le génie dont c’est la destinée d’être forcé à vaincre » s’entend proclamer « le héros que l’Europe admire et que chaque français révère comme un père... le plus illustre des hommes : nouveau César qui dompte l’Europe et l’Asie ; nouveau Cyrus qui rompt du peuple saint les fers ; nouvel Auguste qui rend [la paix à l’univers ! »

Ni les préoccupations de la politique extérieure, ni les graves soucis de la guerre, n’absorbaient le génie de Bonaparte, au point de lui faire oublier l’œuvre de rénovation intérieure entreprise sous ses auspices. Attentif au relèvement de l’industrie, du commerce et de l’agriculture, il leur prodiguait des encouragements. Un conseil d’agriculture,, des arts et du commerce du département de la Somme , avait été installé et la chambre de commerce venait d’être rétablie b II n’était pas venu uniquement pour recueillir

. 1. Le conseil d’agriculture, des arts et du commerce fut installé le 18 brumaire an X (9 novembre 1801), et la chambre de commerce rétablie le 3 nivôse an XI (24 décembre 1802).

LE CONSULAT .A VIE

des ovations; il manifesta le désir de se rendre compte, par lui-même, de la situation de nos industries locales. La journée du 27 juin fut donc consacrée à la visite des principales manufactures et de l’exposition des produits de l’industrie départementale, organisée par les soins de la municipalité, dans les galeries de l’Hôtel de ville. Chez Gensse-Duminy, Bonaparte vit façonner le Casimir le plus fin et le drap le plus grossier, chez Morgan et Delahaye, des velours de coton. Bonvallet fit imprimer, sous ses yeux, en trois couleurs sur la même étoffe, et le Premier Consul, émerveillé du degré de perfection de nos produits, ne tarissait point en éloges. Le ministre de l’intérieur, qui l’accompagnait, promit d’envoyer un certain nombre de métiers Midi Jenny, afin d’encourager la filature de coton, car elle était encore peu répandue dans le département \

Bonaparte quitta Amiens le 28 juin, dans la matinée. Beçu, avant son départ, au seuil de la cathédrale, par Mgr de Villaret, il assista au chant du Te Deum. Frappé de l’incomparable majesté de l’édifice, il laissa échapper cette exclamation dont l’authenticité n’est pas prouvée, mais qui reflète une pensée juste et profonde : Un athée serait mal ici !

Augustin de Bray n’eut garde d’omettre l’occasion qui lui était offerte de faire valoir, auprès du Premier Consul, les raisons qui justifiaient la mesure, admise en principe sous le règne de Louis XYI, du déclassement de la place d’Amiens. Les murailles délabrées ne présentaient plus d’utilité pour la défense nationale 1 2. A certains jours, l’encombrement à l’entrée et à la sortie des portes était

1. Arch. de la Somme. Industrie et commerce. Liasse concernant l’envoi, la réception, l’emploi des Mull Jenny.

2. Arch. de la Somme. C. 772 iX3 — Mémoire concernant les remparts et fossés d'Amiens.

tel, que le départ des courriers se trouvait retardé b Le gouvernement accorda une première satisfaction en permettant de raser les demi-lunes situées en avant des portes de Beauvais et de Noyon, et de démolir la partie du rempart comprise entre la Somme et la porte de la Hotoie, afin d’agrandir le port d’Aval et d’en faciliter l’accès (22 juin 1803) 1 2. Les travaux étaient à peine commencés lorsque intervint le décret du 24 brumaire an XIII (13 novembre 1804) 3, qui prononça le déclassement des places fortes d’Amiens, de Doullens et de Ham, les citadelles exceptées. La propriété des remparts et des murailles était dévolue aux communes. Les fossés et les terrains de la zone militaire, ainsi que les établissements non utilisés pour le logement des troupes de la garnison, faisaient retour au domaine pour être vendus, conformément aux lois, sous réserve des murailles d’enceinte dont la conservation serait réclamée pour aider à là perception de l’octroi 4. Amiens fut envoyé en possession des remparts le 30 septembre 1808.

1. Arch. mun. Délib. des 5 ventôse an IX (24 février 1801), 28 nivôse an X (18 janvier 1802). — D2 Corresp. 1800-1802, p. 84. Le maire au ministre de la guerre. 12 ventôse an IX.

2. Ibidem. Délib. du 22 nivôse an XIII. — Le Vieil Amiens , lre série, nos 13 et 16. Portes de Noyon et Beauvais.

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