La guerre de 1870-7 1 Villers-Bretonneux, p
2. La guerre franco-allemande par le grand Etat-Major prussien ,
14e livraison, pp. 573, 574.
LA fi U FJ’, n F F) F 1 870 - 1 87 1 .
Une diversion heureuse du général Lecoiritc, accouru en toute hâte de Gentelles avec plusieurs bataillons appuyés par deux batteries, empêche les Prussiens maîtres du village de Boves de s’avancer sur Longueau. Ces renforts soutiennent jusqu’il la nuit un vigoureux combat et l’ennemi, qui n’ose se risquer plus loin dans la crainte d’être coupé dans sa retraite, établit ses cantonnements à Boves, à Fouencamps et à Sains.
Il avait été dit que la garnison d’Amiens se bornerait à défendre les retranchements. Six bataillons de mobiles, un bataillon de mobilisés, le 17e bataillon de chasseurs (2e de marche), le bataillon du 43° et la garde nationale sédentaire devaient soutenir le choc de l’armée prussienne derrière ces retranchements à peine achevés 1 et dont l’armement, qui ne se composait la veille encore que de douze canons ancien modèle, fut complété pendant l’action par l’arrivée d’une batterie et de deux sections d’artillerie de marine 2. Le
1. Faidherbe. Campagne de L’armée du Nord, p. 23 : « Le général Paulze d’Ivoy parla de résister dans les retranchements ébauchés autour de la ville. »
2. La guerre de 1870-71 Villers-Bretonneux, p. CO. — Vie'not.
Souvenir de la défense de la ville d’Amiens. Bataille de Dury. Plan topographique du champ de bataille. Amiens, J. Moncourt. — Hennebert. Loc. cit.
Disposition des Troupes :
Aile droite: 1° Sur la route de Rouen : 2e bataillon mobiles du Gard (Chambron de Poilpré), 3e bataillon mobiles du Gard (Seignemorte). — En deuxième ligné : 1er bataillon garde nationale sédentaire (Boutmy).
2° Sur le chemin de Saleux : cinq compagnies 2e bataillon garde nationale sédentaire (Gustave de Guillebon).
3° A gauche de la route de Beauvais : 1er bataillon garde nationale mobilisée (Dursan).
Au centre : 1° Sur la route de Paris : 4e bataillon mobiles de la Somme (Huré), 17e bataillon de chasseurs 2e de marche (Boschis).
2° Sur le chemin de Rumigny : 4e bataillon mobiles de la Marne (de Breuil).
colonel de Chassepot et l’état-major de la garde nationale se tenaient sur la route de Paris. Le lieutenant-colonel de Puyraimond allait d’un bataillon à l’autre.
Tandis que la division von Kummer se trouvait engagée à Boves, la division von Barnekow quittait Esserteaux et rencontrait, à un kilomètre au sud d’Hébécourt, une compagnie du 43e et une compagnie du 17e bataillon de chasseurs que Paulze d’Ivoy avait envoyées en reconnaissance dans la direction de Saint-Sauflieu. Celles-ci se replièrent sur Hébécourt, dont elles défendirent vigoureusement les abords, bientôt secourues par le 4e bataillon des mobiles de la Somme, sous les ordres du commandant Huré.
Si grand que fût le courage, si juste que fût le tir de cette poignée de braves, que pouvaient-ils contre les masses d’un ennemi qui couvrait toute la plaine de ses batteries, de son infanterie et de sa cavalerie 1 ?
Aile gauche : 1° Entre le chemin de Rumigny et la route de Saint- Fuscien : le bataillon du 43e de ligne (Fradin de Linière).
2° Sur la route de Saint-Fuscien : 2e bataillon mobiles de la Marne (Bouilly).
3° Entre la route de Saint-Fuscien et le chemin de Cagny : 10e bataillon mobiles du Nord, trois compagnies 2° bataillon garde nationale sédentaire.
Disposition de l’Artillerie :
1° Route de Rouen : 2 pièces 12 mobilisés de la Somme.
2° Route de Beauvais : 2 pièces 12 garde nationale sédentaire.
3° Entre les routes de Beauvais et de Paris : 3 pièces 12 garde nationale sédentaire.
4° A droite de la route de Paris : 2 pièces 4 (artillerie des mobilisés) et batterie mixte de 12 servies par les marins du port de Toulon (Rolland, lieutenant de vaisseau).
5° A gauche de la route de Paris: 6 pièces 12 servies par les marins du port de Brest (Meusnier, lieutenant de vaisseau).
6° Entre la route de Paris et le chemin de Rumigny : 3 pièces 4 (artillerie des mobilisés) servies par les marins du port de Toulon (Bertrand, lieutenant de vaisseau).
7° A droite de la route de Saint-Fuscien :>2 pièces Armstrong.
1. Edmond Fiquet. Récit du combat d’Hébécourt. Amiens, Yvert, 1873.
Attaqués de front et de flanc, menacés de se voir débordés par les escadrons qui s’avancent entre Buyon (hameau de Plachy) et Hébécourt, ils reculent un peu en désordre sur le bois d’Ilébécourt et le village de Dury. Dans cette retraite, un certain nombre de chasseurs débandés furent assaillis à l’improviste et sabrés par des hussards allemands, dans le ravin qui longe le bois d’Hébécourt, à l’ouest.
Vers midi et demi toute la division Barnekow, maîtresse d’Hébécourt, de Bumigny et de Dury, accentue son offensive. A cet instant même, une batterie de 12, arrivée le matin de Douai avec ses canonniers marins de Brest commandés par le lieutenant de vaisseau Meusnier, venait prendre position à gauche de la route de Paris, à 600 mètres environ du cimetière de Dury, et des marins du port de Toulon étaient répartis, sous les ordres des lieutenants de vaisseau Rolland et Bertrand, dans les sections placées à l’est et à l’ouest de cette route.
Les premières lignes prussiennes ayant été accueillies par une fusillade très nourrie, von Barnekow fait avancer son artillerie sur la droite du village, le long du chemin de Saint-Fuscien, et trente-six pièces de canon foudroient nos ouvrages de leurs projectiles. Heureusement, beaucoup des obus passent au-dessus des tranchées qui abritent l’infanterie française et, tombant en avant des lignes de la garde nationale, s’enterrent dans le sol détrempé par la pluie des derniers jours.
Les batteries de marine soutiennent intrépidement la violente canonnade. Trois fois blessé, Meusnier s’obstine à demeurer à son poste et y trouve une mort glorieuse. Bertrand est grièvement blessé, l’adjudant Lenotte a la tête emportée par un obus. Du côté des Prussiens, le lieutenantcolonel Borkenhagen est mortellement atteint.
Au début de ce furieux duel d’artillerie, l’infanterie n’était point engagée et n’eut guère à souffrir, mais bientôt plu-
sieurs compagnies s’élancent, sous une grêle de balles, pour reprendre le cimetière de Dury, dont les Prussiens viennent de s’emparer. Un combat acharné s’engage parmi les tombes ; l’ennemi recule. Le cimetière et les alentours sont couverts de morts et de blessés. Le capitaine-adjudant-major du 2e bataillon de marche des chasseurs, vicomte de Boisguyon, paie de la vie ce brillant fait d’armes.
L’attitude résolue des Français déconcerte von Barnekow qui se décide à rompre le combat vers quatre heures. Conservant le terrain conquis au prix de grands sacrifices, il s’établit au bivouac, au sud de Dury. Malgré la faiblesse numérique, malgré leur inexpérience, les troupes du général Paulze d’Ivoy avaient gardé une contenance inespérée. Bientôt on n’entend plus que de rares coups de canon lancés comme un défi pour le lendemain. A mesure que l’obscurité grandit, la lueur des incendies allumés par nos obus dans le village de Dury apparaît plus sinistre. Rentrés dans les campements, les bataillons détachent des compagnies pour la garde des tranchées. De loin en loin un coup de feu retentit encore; c’est une sentinelle avancée qui décoche une balle sur des uhlans en patrouille, et tout rentre dans le calme.
Le service des ambulances mobiles, organisé par la municipalité à la demande de Paulze d’Ivoy, fonctionna tout le jour et une partie de la nuit pour secourir les malheureuses victimes du combat, qu’assistaient également les aumôniers, MM. l’abbé Mollien et l’abbé Villepoix. Chacun des sept docteurs préposés à la triste besogne avait à sa disposition deux voitures, quatre infirmiers et des sœurs de Saint- Vincent de Paul, afin de transporter les blessés dans les ambulances L
La journée restait indécise. L’état-major prussien accusa
i . Arch. mun. Guerre de 1870. Service des blessés. Les docteurs Daours, Dusevel, Genty, Mollien, Alfred Padieu fils, Ravin et Terrai
plus tard des pertes relativement considérables dans les quatre combats 1 : 230 tués ou morts des suites de leurs blessures, dont 19 officiers; 1 ,040 blessés, dont 56 officiers; 22 disparus.
Les Français comptèrent 258 tués, dont 10 officiers; 1 ,097 blessés, dont 22 officiers et 2,1 68 disparus ou débandés qui, la plupart, rejoignirent leurs corps les jours suivants 2.
La garde nationale rentra dans Amiens avec la consolante illusion que nulle part l’ennemi n’était parvenu à enfoncer la ligne de bataille. Malheureusement on apprenait dans la soirée que l’aile gauche avait été écrasée à Villers-Bretonneux, et les bonnes nouvelles qui circulaient, vers deux heures, sur le résultat des engagements autour de Boves ne se confirmaient pas. Là encore, notre artillerie impuissante avait éprouvé des pertes sensibles.
Manteuffel, qui avait ignoré pendant toute la journée la position exacte des troupes, se transporta le soir à Moreuil. Les nouvelles reçues dans la nuit lui donnèrent à penser que les Français tiendraient encore le 28 devant Amiens. Croyant notre situation meilleure qu’elle ne l’était en réalité, il résolut de concentrer les forces que la lutte avait dispersées. En même temps il pressait l’arrivée des fractions du Ier corps restées en arrière et notamment de la 4e brigade, que la capitulation de La Fère venait de rendre disponible.
Pendant que Farre établissait le quartier général à Corbie, M. Lardière et les officiers supérieurs qui se trouvaient à Amiens tenaient conseil à la préfecture et adoptaient de
1. La guerre franco-allemande par le grand Etat-Major prussien,
14e livraison, p. 577 ; Supplément xcix : Tableau des pertes de la 1re armée.
2. Ces chiffres (qui sont ceux de La guerre de 187 0-7 / Villers-
Bretonneux, pp. 119 et 82 des Annexes) diffèrent un peu des chiffres donnés par Faidherbe ( Campagne du Nord, p. 29) et par Farre dans son rapport du 4 décembre. Faidherbe parle de 1,000 prisonniers; les statistiques allemandes en mentionnent seulement 800.
graves résolutions. Instruits de la supériorité numérique des Prussiens et surtout de la puissance de leur artillerie, convaincus que les munitions feraient défaut pour prolonger la résistance \ redoutant de se voir enveloppés sur la droite et battus à Boves, ils jugèrent que la retraite s’imposait, malgré l’avis contraire de Paulze d’Ivoy 1 2. L’intérêt de la défense paraissait commander de soustraire à une dissolution immédiate les bataillons destinés à devenir les principaux éléments de nouvelles formations pour les combats de l’avenir
Il était environ onze heures du soir lorsque le général en chef connut la détermination soumise par M. Lardière à son appréciation. Farre, qui hésitait encore, consulta le commissaire général de la défense et, de Lille, M. Testelin répondit par dépêche :
« Je ne suis pas sur les lieux et n’ai aucune connaissance militaire. Je m’en rapporte à vous tous; nous avions déjà suspendu tout envoi; agissez pour le mieux, mais décidez vite et ne tergiversez pas. Si vous ne pouvez compter sur les troupes et ne voyez aucune chance de succès, mieux vaut sauver le corps d’armée en battant en retraite. »
Et la retraite sur Doullens et Arras fut décidée ! L’armée du Nord avait noblement affirmé sa vitalité. De cette chaude journée du 27 il ne restait qu’une déception de plus après tant d’autres, qu’un nouveau deuil pour la Patrie !
1. Faidherbe. Campagne de V armée du Nord , p. 23 : « Les munitions étaient à peu près épuisées. « — Hennebert. Notice sur l’organisation de la défense d’Amiens, p. 14 : « Le manque de munitions d’artillerie devait
se faire cruellement sentir Les munitions d’infanterie n’étaient guère
plus abondantes »