‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 172 sur 197 · Daussy. La ligne de la Somme, p · texte numérisé non relu

Daussy. La ligne de la Somme, p

2. Défense de la citadelle d’Amiens . Relation rédige'e par les sousofficiers, précitée.

Des Prussiens, dissimulés derrière le bureau d’octroi situé en avant du pont du Maulcreux, s’acharnaient contre les défenseurs du bastion o. Yogel voudrait les déloger en dirigeant sur ce point le feu de la pièce d’artillerie placée dans l’embrasure exposée à leur tir et, se mettant à découvert pour se rendre compte de la position, il tombe mortellement atteint d’une balle au côté droit ! Transporté à l’ambulance, le brave commandant expire quelques heures après. Sa mort enlevait à la défense une partie de son énergie.

M. Woirhaye, chef d’escadron de l’artillerie de la garde mobile, le plus ancien en grade, prend aussitôt le commandement et la lutte, qui se poursuit intermittente jusqu’à quatre heures, fait encore plusieurs victimes : les artilleurs Bernaut et Marchand, le garde mobile Dufourmantel. Du côté des Prussiens les pertes sont très sensibles.

Cependant Manteuffel était arrivé à Amiens. Ses lieutenants, désireux sans doute de lui annoncer la prise de la citadelle lors de son entrée, avaient risqué une tentative de siège peu sérieuse, car on ne s’empare pas d’une forteresse à coups de fusil ! La véritable attaque fut résolue pour le lendemain. Manteuffel plaça de l’artillerie sur les hauteurs de Saint-Acheul et de la ferme de Grâce et ordonna de jeter un pont de bateaux près de Montières, pour faire passer onze batteries des 1er et 8e corps sur la rive droite de la Somme. Le 30 au matin, 72 pièces de canon s’apprêtaient à accabler la citadelle de leurs feux 1 !

Le conseil de défense fut convoqué vers minuit, à la sollicitation de la majorité de ses membres, afin d’examiner la situation. Les mobiles du Nord manifestaient ouvertement leur répugnance à prolonger une lutte par trop inégale et si

1. La guerre franco-allemande par le grand Etat-Major prussien.

14e livraison, p. 578.

les artilleurs se montraient résolus à la poursuivre jusqu’à la dernière extrémité, ils se voyaient clans la nécessité cruelle de pointer sur leurs propres foyers. A l’exception du capitaine Soubinet, de l’arme du génie, tous furent d’avis d’entrer en pourparlers avec l’ennemi, et lorsque le jour parut le drapeau blanc flottait sur les bastions l.

Deux parlementaires prussiens se présentèrent à la porte de la citadelle à sept heures du matin. L’un d’eux, introduit les yeux bandés auprès du commandant Woirhaye, se retira pour aller conférer avec le général von Gœben qui accorda à la garnison de la citadelle les conditions de la capitulation de Sedan et de celle de Metz. Les officiers conservaient leurs armes, leurs chevaux et leurs objets personnels : témoignage honorable rendu à la valeur de la garnison qui avait essuyé pendant toute une journée le feu de l’ennemi. Le matériel de guerre ainsi que les approvisionnements devenaient la propriété du vainqueur. Les officiers, sous-officiers et soldats étaient prisonniers 2.

On a reproché au commandant Woirhaye d’avoir capitulé et surtout de n’avoir pas eu la précaution de noyer les poudres et d’enclouer les canons. La commission d’enquête, présidée par le maréchal Baraguay d’Hilliers, chargée de juger sa conduite s’est prononcée très nettement :

« La responsabilité de la perte de la citadelle d’Amiens doit remonter en grande partie au général Farre, qui aurait dû veiller à ce qu’il y restât une garnison suffisante pour en assurer la garde ; le commandant Woirhaye, investi du commandement dans des circonstances qu’il ne dépendait

1. Défense de la citadelle d'Amiens. Relation pre'citée. — Le Progrès de la Somme, 28 mai 1872. Lettre du commandant Woirhaye. — Mémorial d'Amiens, 30 septembre 1871. Notice sur la citadelle d'Amiens. — Journal d'Amiens, 25 septembre 1888. Inauguration du monument à la mémoire de Vogel.

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