Arrêté du préfet Sultzer du 24 décembre
2. La guerre franco-allemande par le grand Etat-Major prussien.
14° livraison, p. 582.
3. Arch. de la Somme. Guerre de 1870-7 1. Indemnité à réclamer par la ville d’Amiens sur les cent millions votés le 5 septembre 1871. Il y eut 78,888 journées d’ouvriers du 2 décembre 1870 au 20 avril 1871.
trompant les Français sur les intentions véritables des généraux prussiens.
Maître de la ville et de la citadelle d’Amiens, Manteuffel avait à accomplir la seconde partie des instructions du grand quartier général : la marche sur Rouen. Il entra dans cette ville le 6 décembre après une faible résistance du corps français qui l’occupait et il annonça son intention de menacer Le Havre.
L’armée du Nord, profitant de quelques jours de répit, se fortifiait et s’organisait. Elle reçut de nouveaux contingents qui bientôt permirent de dédoubler les brigades et d’en former trois divisions L
Le général Faidherbe prit le commandement le 3 décembre. Officier de l’arme du génie, savant distingué, longtemps gouverneur du Sénégal, en dernier lieu commandant la subdivision de Bône, Faidherbe allait mener, pendant deux mois, une campagne des plus actives et mériter, de la part des vainqueurs, des paroles d’estime dont ils n’étaient pas prodigues pour nos généraux.
Il marcha tout d’abord vers la haute Somme et de là vers l’Oise. Après avoir enlevé Ham aux Prussiens, l’armée du Nord tenta une démonstration contre La Fère. Toutefois, il eût été téméraire de songer à réduire une place de cette importance avec les moyens dont on disposait et, quittant brusquement la vallée de l’Oise, Faidherbe reprit la direction d’Amiens (13 et 14 décembre).
La surprise de Ham déconcerta les Allemands. L’armée du Nord reparaissait inopinément, moins de quinze jours
i. Ire division: j lre brigade : colonel Derroja.
Général Lecointe. ( 2e brigade : lieutenant-colonel Pittié.
2e division : i ire brigade : colonel du Bessol.
Général Paulze d’Ivoy. ( 2e brigade : lieutenant-colonel de Gislain.
3e division : ( lre brigade : capitaine de vaisseau Payen.
Contre- Amiral Moulac. \ 2e brigade : capitaine de frégate de Lagrange.
après la bataille d’Amiens, sur un point où elle était inattendue, et elle menaçait l’investissement de Paris. Le grand quartier général de Versailles expédia à Manteuffel l’ordre de s’établir dans les environs de Beauvais, d’où la première armée aurait la facilité, soit de se porter au secours de Rouen et d’Amiens, soit de prendre une offensive efficace contre les corps ennemis qui franchiraient la ligne des forteresses du Nord.
Avant même d’avoir connaissance de ces prescriptions, Manteuffel, informé de la rentrée en campagne des Français, revenait en grande hâte de Normandie et concentrait sa 15e division aux environs de Montdidier h
Le 16 décembre, au matin, Faidherbe occupait le plateau du Santerre, appuyé sur la rive gauche de la Somme. Il eut un instant la pensée de décrire, au sud d’Amiens, un demi-cercle qui eût enfermé les Prussiens. Mais essayer de reprendre Amiens dominé par une citadelle au pouvoir de l’ennemi, n’était-ce pas l’exposer à un bombardement désastreux? Il se résolut à choisir une forte position défensive et, portant tout à coup ses troupes de la rive gauche sur la rive droite de la Somme, par les passages de Lamotte- Brebière et de Corbie, il les établit sur les hauteurs qui bordent la rive gauche de l’Hallue, petite rivière qui se jette dans la Somme à Daours 1 2. La vallée de l’Hallue est marécageuse et les villages semés sur ses bords constituaient de bons points d’appui (17 décembre).
Pendant que Faidherbe hésitait sur le meilleur parti à prendre, von der Grœben, troublé par le brusque mouvement des Français et craignant d’être enveloppé, évacuait
1. La guerre franco-allemande par le grand Etat-Major prussien.
14e livraison, pp. 591, 592. — La guerre de 1870-7 1 Pont-Noyelles,
pp. 38 à 56.
2. La guerre de 1870-71 Pont-Noyelles. Documents annexés, p.44.
Ordre de mouvement pour les 16 et 17 décembre.
Amiens le 16 décembre et se dirigeait vers Ailly-sur-Noye, dans l’intention de rallier la 15e division qu’il savait être de ce côté -1. Il laissait la garde de la ville au commandant de la citadelle, le capitaine Hubert, qui fit aussitôt parvenir à M. Dauphin cet ordre de place comminatoire 2 :
1° « La citadelle reste occupée par les troupes prussiennes. Toute hostilité de la part des habitants, toute attaque de troupes françaises qui arriveraient par la ville contre la citadelle, ainsi que toute occupation d’une partie de la ville par les troupes françaises amènera de suite le bombardement de la ville.
2° Tout attroupement aux environs de la citadelle, soit dans les champs, soit dans les rues voisines du fort, est défendu. Les sentinelles ont l’ordre de tirer, après la publication de cette proclamation, sur les groupes qui se formeraient de près, et le canon tonnera sur tout attroupement dans le terrain devant la forteresse.
3° La commune fournira les vivres nécessaires pour l’entretien des troupes. Pour régler ces fournitures, un délégué de la mairie se présentera chaque jour, à midi, devant le commandant. En cas de délai, une amende forte sera imposée à la ville et encore, en dernier lieu, on aurait recours à un bombardement. »
Le départ des Prussiens et l’approche de l’armée française donnent lieu dans Amiens aux commentaires les plus variés.
1. Arch. mun. Guerre et invasion. Placard imprimé, signé : Von der Groeben. « Par des ordres supérieurs, je quitte la ville pour peu de jours, la laissant sous la protection de ses habitants dont j’ai eu à apprécier la sagesse pendant ces 14 derniers jours.
« Le commandant de la citadelle vient de recevoir des ordres bien précis de ne pas souffrir des corps français dans la ville, et si de tels voulaient entrer, de les repousser à coups de canon. Espérons que de tels événements douloureux soient épargnés à la ville. Graf von der Groeben. »