‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 175 sur 197 · Ibidem. Ordre de place du 16 décembre · texte numérisé non relu

Ibidem. Ordre de place du 16 décembre

Avec la satisfaction d’une délivrance prochaine renaît l’espoir d’un retour offensif de nos armes. A la vérité, von der Grœben annonçait qu’il ne quittait la ville que pour peu de jours, et la proclamation du commandant de la citadelle était de nature à tempérer les illusions ; mais plus on avait été privé de nouvelles depuis quinze jours et plus on attendait l’imprévu, le miracle, la victoire constamment prédite par les journaux qui pénétraient à l’insu des Prussiens !

Les violences du commandant Hubert ne tardent point à ramener les Amiénois à la triste réalité de leur situation. Le 17, la voiture publique, venant de Doullens, sert de cible aux sentinelles de la citadelle, qui feignent de prendre pour un officier français une femme coiffée d’une capeline rouge. Quelques instants après, les mêmes sentinelles faisaient feu sur un groupe d’ouvriers qui passaient au boulevard Baraban, et, dans l’après-midi, plusieurs obus tombaient dans le quartier Saint-Roch. Le commandant voulait effrayer une population qu’il craignait à chaque instant de voir s’insurger L

Le lendemain, nouvel incident et plus grave ! Un habitant du faubourg de Noyon ayant tiré, dans la matinée, sur une patrouille prussienne, Hubert exige que l’auteur de l’attentat lui soit livré immédiatement et que la ville verse, avant deux heures, une somme de 20,000 francs; il fera, sinon, bombarder le faubourg 1 2 !

M. Dauphin n’avait pas à sa disposition les moyens de rechercher le coupable. Les menaces aussitôt connues de la ville entière excitent une légitime indignation et, pendant que les habitants du faubourg se sauvent affolés, certains imprudents parlent d’envahir les ambulances, de massacrer

1. Mémoires de V Académie d'Amiens, T. XXXV, p. 5. H. Daussy. En leur absence.

2. La guerre franco-allemande par le grand Etat-Major prussien

15e livraison, p. 703.

les blessés prussiens ou de les exposer aux coups de l’artillerie de la citadelle.

Le Conseil municipal fait placer sur la façade des ambulances de larges banderolles portant ces mots tracés en caractères très apparents : Honneur d’Amiens ! Respect aux blessés î et l’on parvient non sans peine à calmer les emportements irréfléchis que provoquent les procédés draconiens de l’ennemi.

L’émotion populaire n’était point encore calmée, lorsque le général von Mirus réoccupa Amiens, l’après-midi, avec la 3e brigade d’infanterie, le 7e régiment de uhlans et deux batteries. Il ne rencontra cependant aucune résistance. Les autorités civiles prussiennes rentrèrent avec lui l.

M. Dauphin exposa loyalement à von Mirus ce qui s’était passé. Celui-ci, prenant en considération les efforts tentés pour protéger les ambulances, empêcha le commandant de la citadelle de sévir et promit une solution satisfaisante.

Nous avons laissé le général Faidherbe cantonnant son armée dans les villages qui bordent la rive gauche de l’Hallue. Elle venait de s'accroître des contingents de la garde natio-

1. Arch. mun. Guerre et invasion. Placard imprimé, signé: Sultzer.

« Rentrés à Amiens avec les troupes prussiennes, c’est pour nous un devoir de remercier les habitants pour l’ordre qui a.régné pendant l’absence des troupes.

« Le seul cas qui, malheureusement, a troublé le calme de la ville sera puni de la rigueur des lois.

« Amiens, le 18 décembre 1870. »

Le Commandant des troupes prussiennes, Le Préfet,

Von Mirus. Sultzer.

Ce manifeste, qui passait l’amende sous silence, était un blâme indirect à l’adresse du commandant Hubert. Quelques jours après, Manteuffel fit la remise de l’amende (25 décembre).

nale mobilisée, qui n’étaient vraiment pas en état d’entrer en ligne et qui, néanmoins, permirent de constituer une 4e division sous le commandement du général Robin, ancien capitaine d’infanterie de marine, nommé divisionnaire au titre auxiliaire. Des quatre divisions, la délégation de Bordeaux fit alors deux corps d’armée : le 22e, sous les ordres du général Lecointe, et le 23e, sous les ordres du général Paulze d’ivoy. Le nombre des canons fut porté à 78, dont 12 pièces de montagne b

Faidherbe employa les journées des 20, 21 et 22 décembre à déterminer les positions de combat. Tranquille sur son centre d’opérations que dominait, en face de Pont-Noyelles, le mamelon couronné par le bois de Parmont et que les brigades Fœrster et de Gislain (division du Bessol) protégeaient de Fréchencourt à Daours; tranquille sur sa droite couverte, de Vadencourt à Fréchencourt, par les brigades Aynès et Pittié (division Derroja) ; tranquille sur sa gauche garantie de toute surprise par les brigades Payen et Lagrange (division Moulac), qu’il avait placées à Corbie, à La Neuville et à Fouilloy pour garder la Somme, avec la division Robin en réserve, Faidherbe pouvait attendre l’ennemi de pied ferme et concevoir quelque espérance dans le succès d’une bataille rangée 1 2.

Les rapports reçus le 19 au quartier général allemand révélaient la concentration de forces françaises importantes au nord-est d’Amiens. Or les récentes instructions venues de Versailles insistaient sur la nécessité d’une offensive immédiate contre tout corps ennemi qui se montrerait en rase campagne.

Manteuffel, rassemblant toutes les troupes dont il dispose, arrive à Amiens le 20, en même temps que le commandant

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