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Daussy. La ligne de la Somme, p. 133 citée textuellement

troupes dii 8° corps, le 22, Manteuffel se décida à marcher à l’ennemi, le lendemain, sans plus attendre les renforts qui venaient de Mézières et de Beauvais. Le plan d’attaque était simple : le 8° corps s’avancerait droit sur l’IIallue par les trois routes de Corbie, d’Albert et d’Arras L La 15e division (von Kummer) attaquerait de front, vers Querrieu, tandis que la 16e (von Barnekow) suivrait la route d’Arras pour déborder la droite des Français. La réserve, placée sous les ordres du général von Mirus, quitterait Amiens vers onze heures et s’arrêterait à la ferme des Alençons.

Le 23 décembre, de grand matin, par une claire gelée, la division von Kummer passait la Somme et s’acheminait sur Allonville avec trois batteries d’artillerie. Le général von Gœben la dirigeait en personne contre les positions que la division du Bessol tenait entre Fréchencourt et Daours. Il devait rejeter les Français sur la rive gauche de l’Hallue, tout en évitant de s’engager au delà de la rivière avant que le mouvement débordant de von Barnekow eût produit son plein effet à l’aile gauche.

Les Français occupent les villages de la vallée. L’action, commencée vers onze heures, s’étend bientôt à toute la ligne, de Querrieu à Daours. Les Prussiens s’emparent assez aisément de Querrieu, de Pont-Noyelles et de Bussy, mais ils tentent inutilement d’enlever, au delà, les pentes rapides formant le versant opposé, que notre artillerie hérisse de ses pièces et que défendent les tirailleurs dissimulés derrière la crête des rideaux. A l’aile droite prussienne, les colonnes assaillantes rencontrent une résistance plus vive. Les chasseurs et les mobiles de du Bessol, renforcés par les intrépides marins de Moulac, défendent avec rage Daours et Yecquemont et ne lâchent pied qu’après que les troupes

1. La guerre franco-allemande par le grand Etat-Major prussien.

15e livraison, p. 704. — La guerre de 1870-7 1 Pont-Noyelles , p. 60.

chargées de la garde du pont de Lamotte-Brebière sont venues apporter un secours efficace à l’ennemi. Il faut quatre heures d’une lutte poursuivie, dans les derniers moments, de maison en maison, pour déloger les Français de ces deux villages.

La division von Barnekow, qui suivait la route d’Arras, parvenue à la hauteur de Rubempré et de Villers-Bocage, s’était avancée d’autre part sur Beaucourt et Contay. Elle avait devant elle la division Derroja. A deux heures, son avant-garde débouchait dans la vallée de FHallue. Après avoir enlevé Beaucourt, Montigny, Béhencourt et Bavelincourt, von Barnekow se trouve arrêté, au delà de Béhencourt, par nos infranchissables lignes de défense, comme von Ruminer l’était en avant de Pont-Noyelles qui, deux fois, est pris et repris sous les feux d’une canonnade terrible.

Du clocher de la Cathédrale et du toit des maisons les plus élevées du quartier d’Henriville et de Saint-Acheul, d’où la vue s’étend au loin sur les pentes de la rive droite de la Somme, nombre d’Amiénois suivent les péripéties du combat, en proie à une patriotique anxiété. Les bois de La Houssoye bordent l’horizon par une ligne sombre que ponctuent, d’instant en instant, les flocons de fumée blanche qui s’échappent des batteries. Un pâle soleil d’hiver éclaire le tragique panorama. On perçoit distinctement le crépitement de la mousqueterie mêlé au bruit sec du canon prussien et aux sourdes détonations de nos pièces de marine. Le feu se ralentit à la nuit tombante. Puis, tout à coup, le bruit de la bataille prend une intensité furieuse comme si, d’un côté ou de l’autre, on voulait arracher la victoire par un effort suprême.

C’est qu’un dernier choc se produit, plus terrible ! Faidherbe a donné l’ordre de tenter l’attaque générale des villages. Les clairons sonnent, les tambours battent la charge, toute la ligne s’ébranle de Bavelincourt à Daours. Il est un peu

plus de quatre heures. Fusilliers marins, fantassins, mobiles se précipitent baïonnette en avant, accueillis à courte distance par la fusillade des Prussiens. Chassés de Bavelincourt et de Béhencourt, ceux-ci parviennent à se maintenir à Fréchcncourt, à Querrieu, à Pont-Noyelles, à Daours, à Vecquemont. La lutte est particulièrement acharnée dans Pont- Noyelles; on s’aborde à l’arme blanche; on se bat à coups de crosse. Au milieu des ténèbres qui enveloppent ce furieux corps à corps, Français et Prussiens risquent de ne se reconnaître qu’après s’être frappés.

Le combat prend fin vers cinq heures, mais les obus ont incendié les toits de chaume et les colonnes de flammes, tournoyant le long de la vallée, jalonnent les positions de l’ennemi que l’artillerie française continue à canonner jusqu’à sept heures. Le feu cesse alors sur toute l’étendue du champ de bataille. Faidherbe part pour Corbie où l’attendait M. Testelin.

Manteuffel, qui avait dirigé l’action du point d’observation où il s’était placé, près de la ferme des Alençons, rentra dans Amiens, au bruit des dernières détonations. Pressentant que la journée serait meurtrière, il avait réquisitionné le matin toutes les voitures d’Amiens pour le transport des blessés, et le roulement de ces voitures chargées des malheureuses victimes de la guerre ne cessa de la nuit.

Les Prussiens s’établirent en cantonnements le long de l’Hallue; leur réserve passa la nuit à Allonville,Cardonnette, Pierregot et Molliens-au-Bois. Les Français bivouaquèrent sur leurs positions couvertes de neige, exposés, sans abri, au vent glacial du Nord, à peine vêtus, par un froid de huit degrés qu’ils supportaient avec une fermeté digne des plus solides vétérans, sans bois pour réchauffer leurs membres engourdis, réduits à ne manger que du pain gelé.

La bataille de Pont-Noyelles, dénommée par les Allemands la bataille de l’Hallue, avait duré sept heures. Manteuffel

s’était emparé des villages, mais Faidherbe maintenait ses positions défensives. Les pertes furent à peu près égales de part et d’autre : les Allemands comptaient 22 officiers et 501 hommes tués ou blessés; les Français 21 officiers et 503 hommes tués ou blessés, auxquels il faut ajouter 899 disparus L

Manteuffel était trop clairvoyant pour ne point apprécier comme elle méritait de l’être la valeur de l’armée qu’il venait de combattre1 2. Il prit la résolution de diriger, le lendemain, une partie de ses forces par Corbie, afin de la prendre en flanc, dans le cas où elle tiendrait encore derrière l’Hallue.

La rigueur de la température, la fatiguedes troupes autant que l’arrivée des renforts allemands et de la 3e division de réserve, signalée à Saint-Quentin, déterminèrent le général Faidherbe à ramener l’armée du Nord sur la Scarpe, entre Arras et Douai. Le 24, dans la matinée, le feu intermittent des avant-postes et un engagement assez vif, entre Fréchencourt et Béhencourt, donnèrent le change. Commencé à

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