‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 18 sur 197 · S. Lenel. Loc. cit. pp. 273 et suiv · texte numérisé non relu

S. Lenel. Loc. cit. pp. 273 et suiv

2. Arch. mun. Délib. des 14 prairial an II, 28 messidor an II, 4 germinal an III.

Le consulat a vie.

n'étaient pas sans mérite, y enseignaient les belles-lettres, les mathématiques, la physique et la chimie, l’histoire et les langues anciennes, et s’efforçaient de faire revivre, avec la discipline, les exercices publics qui favorisaient le développement des études L Ils ne réussirent point à vaincre « la répugnance des familles pour l’éducation républicaine ». Celles-ci donnaient la préférence aux écoles secondaires établies en concurrence

Nous lisons dans un état de situation daté du mois d’août 1798 :

« L’école centrale ne sera jamais florissante tant que les écoles primaires, qui en sont les éléments, resteront dans l’avilissement où elles sont tombées. Les Français retomberont incessamment dans l’ignorance et la barbarie, si l’on ne s’empresse de créer et de suivre un plan régénérateur de l’éducation 1 2 3. » Trois ans après la mise en vigueur de la loi de l’an IV, les administrateurs du département de la Somme déplorent « l’état d’abandon et de langueur de l’instruction publique ; cela afflige le citoyen ami de la Patrie; cela présente une perspective effrayante pour la génération à venir...4 »

1. Arch. de la Somme. Tb. — École centrale du département de la Somme. Distribution des prix dans la salle des actes de l'école, précédée d'exercices publics : 1° sur les éléments d’idéologie et de grammaire latine et française ; 2° sur l'histoire naturelle ; 3° sur les éléments de mathématique , de physique et de chimie expérimentales , les 9, 11, 12 , 13 thermidor an VIII. A Amiens, chez Maisnel fils.

2. Ibidem. Réponse du conseil d’arrondissement aux questions contenues dans la lettre du ministre de l’instruction publique, du 25 ventôse an IX, relativement aux établissements d’instruction qui existaient avant 1789.

3. Arch. nat. F. 7. 4204. — Etat de situation signé Thien'y, commissaire du directoire exécutif près l’administration du département de la Somme.

4. Arch. de la Somme. Tb. Les administrateurs du département de la Somme aux membres composant les administrations municipales. 21 frimaire an VII (11 décembre 1798).

Le Conseil municipal d’Amiens réagissait, non sans peine, contre le désarroi général. Il était parvenu à maintenir à leur poste seize instituteurs qui avaient encore près de huit cents élèves \ mais, « découragés, ridiculisés même par les amis du gouvernement, dénués de tout secours, ceux-ci se voyaient contraints de s’occuper d’objets étrangers pour se procurer l’aisance qu’ils ne trouvaient plus dans la tenue de leurs écoles 1 2. »

La régénération des mœurs était intimement liée à un bon plan d’éducation. Le Consulat crut réaliser ce plan en décrétant que l’enseignement serait désormais donné : 1° dans les écoles primaires établies par les communes ; 2° dans les lycées entretenus, aux frais du Trésor, dans des locaux dont les villes dotées de ces institutions supporteraient les dépenses de premier établissement ; 3° dans les écoles secondaires privées, sous la surveillance du préfet ; 4° dans les Facultés chargées de décerner les grades universitaires. (11 floréal an X, 1er mai 1802).

L’enseignement, primaire resta ce qu’il était parce que la situation des instituteurs restait la même3. Tout l’effort de la municipalité se concentra sur l’établissement du lycée, que l’on voulait mettre en état de supporter la concurrence

1. Arch. mun. Délib. du 10 germinal an IV (30 mars 1796). — Compte rendu de la fête de la jeunesse, dans laquelle la municipalité distribua « des couronnes excitatives » aux élèves les plus méritants. Il y avait alors seize maîtres d’école ayant en tout 792 enfants.

2. Arch. de la Somme. Ta. Les administrateurs du département de la Somme aux membres composant les administrations municipales, du 21 frimaire an VII (11 décembre 1798).

3. Ibidem. Tb. n° 5. 25 mai 1807. Etat des écoles primaires tenues au compte de la commune. L’état n’avait pas varié depuis dix ans. Les instituteurs continuèrent à avoir le logement et la rétribution scolaire, 1 fr. 50 par élève et par mois, avec l’obligation d’instruire gratuitement le cinquième des enfants inscrits.

LE CONSULAT A VIE

des cinq écoles secondaires libres1. Les élèves devaient être surtout choisis « parmi les enfants des fonctionnaires civils et militaires et des hommes utiles, honorant la Patrie par leurs services ou leurs talents ». Devançant les événements, disons que l’inauguration solennelle des classes du lycée, provisoirement ouvertes au mois de janvier 1806, n’eut lieu que le 17 novembre de cette année2. M. Aubry, ancien professeur de rhétorique à l’université de Paris, fut le premier proviseur. Le règlement imprimait l’allure et l’esprit militaires aux élèves. Roulements de tambour, attitude au port d’armes, défilés au commandement, uniforme avec galons et boutons spéciaux, tout cela devint obligatoire. La préoccupation d’initier la jeunesse au métier des armes était évidente.

L’enseignement supérieur ayant été organisé sur de nouvelles bases, Amiens obtint une académie, dont le ressort comprit les départements de la Somme, de l’Aisne et de l’Oise. Des deux Facultés de lettres et de sciences qui devaient être installées dans les bâtiments de l’ancien arsenal, rue des Rabuissons, seule la Faculté des lettres ouvrit des' cours avec les quatre chaires de littérature

1. Arch. de la Somme. Tb. Ecoles secondaires. 1804. Etat des écoles.

Date Nombre Nombre

Noms des maîtres. de des des

l’autorisation. professeurs, élèves.

Bicheron, rue des Jacobins, 28 pluviôse an XII 5 82

Sevrette, r. Sire-Firmin-le-Roux, 13 frimaire an XI 4 67

Clément, rue des Cordeliers, 13 frimaire an XI 3 68

Magniez, rue de Beauvais, 13 frimaire an XI 3 60

Sellier, au faubourg de Noyon, 49

2. Arch mun. Délib. des 26 nivôse an XII (17 janvier 1804), 12 mai 1806. — Arch. de la Somme. Tb. Procès-verbal de l'installation du lycée d'Amiens. Amiens, Maisnel fils. 1806.

Prospectus du lycée d'Amiens, dont l'arrondissement comprend les départements de la Somme et de l’Oise, et qui sera ouvert le 16 vendémiaire an XIII. Amiens, Maisnel fils.

française, de littérature latine, de littérature grecque et d’histoire. Née à peine viable, elle disparut en 1816.

Toute différente fut la destinée de Y école pratique de santé , créée par décret du 2 juillet 1806, à laquelle l’Hôtel- Dieu prêta ses docteurs, ses amphithéâtres, ses laboratoires, et qui, devenue le 1er janvier 1821 école secondaire de médecine , contribua à peupler le département de praticiens formés à l’école de maîtres habiles l.

Les réformes consulaires, en matière d’enseignement, eurent pour effet immédiat de déterminer une louable émulation. Quinette écrivait, moins de deux mois après le décret de floréal : « J’ai des indices qui me portent à croire que des congrégations religieuses se forment en silence et sont prêtes à établir des pensionnats et à ouvrir des écoles gratuites pour les deux sexes 2. » La religion chrétienne suggérait effectivement alors à des femmes de cœur et de savoir la généreuse pensée de fonder, dans notre ville, des congrégations vouées à l’instruction des jeunes filles. Mme Barat instituait l’ordre des dames de la Foi, devenues les Dames du Sacré-Cœur (7 juin 1802), Mme Billiart, celui des dames charitables de Notre-Dame (2 février 1804) ; enfin, les dames de Louvencourt, destinées par leur fondatrice au soin des pauvres malades incurables, prenaient la résolution de se consacrer aussi à l’enseignement (juin 1800). Les frères de la Doctrine Chrétienne, les religieuses Ursulines, s’offraient à reprendre leur mission de dévouement auprès des enfants pauvres 3.

1. Arch. des Hospices. E. 107. 3me liasse. Compte d’administration 1827-1828. — Le nombre des élèves qui suivirent les cours de l’école s’est élevé au chiffre de 70. Il est en moyenne de 30 à 40 de 1815 à 1830. — Cf. le règlement pour l'école pratique de santé établie dans l’Hôtel- Dieu d'Amiens. — Bulletin de la Somme. 30 fructidor an XII.

2. Arch. nat. FIC III. Somme. 7. Etat de situation pour le mois de prairial an X.

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