Arch. mun. Délib. du 7 ventôse an X. 26 février
LE CONSULAT A VIE
Les pères de la Foi acceptaient, au mois d’octobre 4801, la direction du pensionnat établi depuis deux ans par MM. Bicheron et Scellier, dans les bâtiments de l’Oratoire, rue du Soleil, et se montraient disposés à faire revivre l’ancien collège des Capets 1 ; mais ces religieux, aussitôt en butte aux tracasseries de l’administration préfectorale et menacés de dissolution, durent transférer leur établissement hors de la ville, au faubourg de Noyon 2.
Par l’effet de la secousse morale, résultat des événements, et comme si l’on était entré dans une période de décadence immédiate, après la suppression des corporations savantes et par conséquent de notre Académie locale (18 août 1792), il y eut un temps d’arrêt pour la littérature et les arts. Cependant, au lendemain du coup d’État de brumaire, des hommes d’étude et d’action s’efforcèrent de ressusciter, sous d’autres noms, l’Académie illustrée par les Gresset 3, les Delille 4 *, les Selis 51 et les Gribeauval 6. La Société
1. Arch. de la Somme. Tb. Ecoles secondaires. Pétition originale des citoyens Louis Scellier et Pierre Fauveau, instituteurs à Amiens. lor germinal an X.
2. Bulletin de la Somme. 30 floréal an XI. — Les instituteurs de la maison de l’Oratoire sont obligés d’affirmer, par serment : 1° qu’ils ne forment pas une congrégation religieuse ; 2° qu’ils ne sont membres d’aucun ordre religieux quelconque ; 3° qu’ils n’obéissent à aucun chef ou supérieur, soit républicole, soit étranger. — Décret du 5 messidor an XII (23 juin 1804), ordonnant la dissolution de la congrégation connue sous le nom des Pères de la Foi. Le décret ne fut pas suivi d’exécution.
3. Gresset (Jean-Baptiste Louis), né à Amiens le 29 août 1709, mort le 16 juin 1777, fondateur de l’Académie des sciences et belles-lettres d’Amiens.
4. Delille (Jacques), né à Aigueperse le 22 juin 1738, mort le 1er mai
1813 ; le plus célèbre des poètes français dans le genre descriptif. Sa
libre d’ agriculture du département de la Somme, fondée au mois de mai 1799, et la réunion d' émulation, venue l’année suivante, n’eurent qu’une très courte durée. Quinette sollicita du gouvernement l’autorisation de restaurer l’Académie, qui reparut sous le titre redondant d 'Académie des sciences, agriculture, commerce, belles-lettres et arts du département de la Somme. Le Premier Consul s’en déclara le protecteur. Elle adopta le règlement de son aînée. Les survivants de celle-ci, inscrits parmi ses premiers « immortels », s’attachèrent à renouer les traditions d’un passé glorieux. Toutefois, la poésie et les belles-lettres, qui tenaient la première place dans les travaux de l’ancienne Académie, s’effacèrent devant l’importance donnée aux sciences naturelles, mathématiques et physiques. L’influence de Delambre 1 et de Duméril 2 ne fut point étrangère à ce résultat.
Delambre, astronome célèbre, dont les travaux étaient universellement appréciés, avait été choisi avec Méchain pour procéder à la mensuration du méridien. 11 était membre de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes. Duméril, émule de Cuvier et de Lacépède, à qui il devait succéder dans une chaire du Muséum, futur président de l’Académie royale de médecine, était déjà professeur d’anatomie à Paris. L’un et l’autre revenaient souvent dans
traduction des Géorgiques de Virgile est un chef-d’œuvre. Il fut professeur au collège d’Amiens.
5. Selis (Nicolas Joseph), né à Paris en 1737, mort en 1802 ; membre de l’Institut, auteur d’une bonne traduction des Satires de Perse.
6. Vaquette de Gribeauval (Jean-Baptiste), né à Amiens le 4 décembre 1715, mort le 9 mai 1789. Nommé lieutenant général (1765), puis premier inspecteur de l’artillerie (1774), il apporta d’utiles réformes dans cette arme et dans la fabrication des canons. Gribeauval fit construire le château de Bovelles.
1. Delambre (J. -B. Joseph), né à Amiens le 19 septembre 1749, mort le 19 août 1822; auteur de nombreux ouvrages d’astronomie.
2. Duméril (André Marie Constant), né à Amiens, le 1er janvier 1774, mort à Paris en 1861 ; auteur de nombreux ouvrages d’histoire naturelle.
LE CONSULAT A VIK
leur ville natale. Ils contribuèrent à rendre leur génération plus scientifique que littéraire.
Vincent Dewailly 1 parlait encore le langage des muses, à l’Académie, et Auguste Machart 2 préludait à des succès littéraires. C’était l’exception. Les docteurs Barbier 3 et Rigollot 4 l’entretenaient de botanique et de sciences médicales. Lapostolle 5 donnait le résultat de ses intéressantes expériences dans le domaine de la physique et de la chimie. On commentait les découvertes sensationnelles de Dallery 6, et déjà l’on entrevoyait l’immense avantage résultant, pour la navigation à vapeur, de la substitution de son hélice propulsive aux grandes roues à palettes. A ces savants Jean Baron ouvrait les trésors de la bibliothèque réunie dans les bâtiments de l’ancienne abbaye de Saint-Jean. Il y avait là 41,963 volumes, dont 1,500 manuscrits, provenant des couvents supprimés, du collège, du séminaire et des émigrés. Un arrêté du 28 janvier 1803 attribua ces richesses bibliographiques à la ville, qui les fit transporter dans la galerie supérieure du Palais de Justice.
Alors résidait dans notre ville un Anglais nommé sir Herbert Croft, amateur passionné des classiques grecs et latins. L’hôtel qu’il habitait dans la rue Gloriette était le rendez-vous des Amiénois lettrés et amis des beaux-arts. Ils y rencontraient Charles Nodier, l’humoriste ingénieux,