Arrêté du 2 janvier
4. Arch. mun. Guerre et invasion. N° 33. 12 janvier 1871. Avis : « Des attroupements ont eu lieu à la sortie des ateliers de la ville. Les patrouilles militaires et les gendarmes ont ordre de disperser par la force et sans sommation préalable les attroupements. Toute rébellion serait punie d’après les lois militaires. Schulz. »
la citadelle, le 3 janvier, pour avoir facilité le départ de deux soldats convalescents, en leur donnant des vêtements civils. Leur captivité dura cinq jours. Elle se fut prolongée sans Futile intervention de Mgr Boudinet et de M. Dauphin auprès de Manteuffel L
L’arrestation de MM. Bénard-Loffroy et Lécafette fut le premier acte arbitraire du comte von Lehndorff-Steinort, nommé préfet de la Somme, le 26 décembre, lorsque la continuation des hostilités eut fait rappeler Sultzer à son poste d’intendant en chef.
Quelques jours après, un ordre de S. M. le roi de Prusse envoyait le général de Manteuffel sur un autre théâtre d’opérations et attribuait le commandement de la lre armée à von Gœben.
Le général en chef, entré en fonctions le 9 janvier, s’installa dans le plus bel hôtel particulier de la ville, situé rue Neuve (Amiral Courbet), l’hôtel du Bos, que son prédécesseur avait choisi pour sa résidence. 11 décida de rester sur la défensive derrière cette portion de la Somme dont les points extrêmes, Péronne et Amiens, constituaient de solides appuis.
L’armée du Nord occupa, le 11, la ville de Bapaume que les Prussiens avaient évacuée le matin. Faidherbe apprit, en y arrivant, que Péronne avait capitulé. Dans les conditions difficiles où le plaçait ce fâcheux événement trop prévu, il hésita, pendant deux jours, sur le parti à prendre et, finalement, il accentua le mouvement sur Amiens. Le 14 au soir,
1. Souvenirs de Mme Bénard-Loffroy. — Lettre de Manteuffel à l’évêque d’Amiens : « L’enquête relative au délit dont on accuse MM. Bénard- Loffroy et Lécafette sera conduite avec tous les égards possibles. Je serais heureux si les circonstances de l’affaire et la loi me permettaient de vous obliger en mettant les deux prisonniers en liberté le plus promptement possible. » — M. Dauphin à Mme Bénard : « J’irai moi-même à la citadelle et je verrai ce qui pourra être fait. Que Mme Bénard ait confiance en moi..... »
la division Derroja se trouvait à Albert, la division du Bessol autour de Pozières, la division Payen (auparavant Paulze d’Ivoy) à Martinpuich et aux environs. La division Robin restait à la hauteur de Bapaume.
A l’approche des Français, et dans la conviction d’une prochaine tentative sur Amiens, l’ennemi se replia et se fortifia sur le champ de bataille du 22 décembre, principalement à Pont-Noyelles.
Essayer de franchir l’Hallue, pour délivrer Amiens, et se heurter, au delà de cette rivière, contre la citadelle qui balayait de son canon la plaine au nord de la ville; risquer d’être attaqué de front, de flanc, de dos, c’était courir à un désastre certain. Pendant que Faidherbe se trouvait aux prises avec ces graves difficultés, il fut averti par la délégation de Tours que l’armée de Paris allait tenter, au premier jour, un dernier effort pour rompre le blocus. Son rôle était donc de distraire de la capitale le plus possible de forces allemandes.
Faidherbe estimait que le meilleur moyen d’atteindre ce résultat serait de menacer les communications de ses adversaires, notamment la ligne de Tergnier à Reims qui était la principale voie de ravitaillement de la ire armée et les lignes de La Fère, Chauny, Noyon, Compiègne. Le 16, il se dérobe brusquement à l’armée placée devant lui et se dirige sur Saint-Quentin. La manœuvre était habile, mais elle ne put tromper l’ennemi trop bien éclairé par son excellente cavalerie. Von Gœben exécute rapidement une marche parallèle à la sienne et le rejoint aux environs de Saint-Quentin, assez à temps pour lui barrer le chemin de l’Oise. On avait ramassé, des deux côtés, le plus de troupes que l’on avait pu. Nous avions 29 bataillons de ligne, 44 bataillons de mobiles et de mobilisés avec 100 canons. L’ennemi, grâce aux renforts venus de Paris et de Normandie, devait mettre en ligne un effectif de 43 bataillons, 52 escadrons et 161 canons.
Réduite à la défensive, après 70 heures de marches forcées, contre un ennemi qui avait la triple supériorité du nombre, du matériel et de l’endurance, l’armée du Nord se battit vaillamment à Vermand (18 janvier) et à Saint-Quentin (19 janvier). Elle essuya des perles considérables et se retira à l’abri des places fortes de la Flandre et de l’Artois, afin de se remettre, dans la mesure du possible, de l’écrasante secousse qu’elle venait de subir.
Après une tentative inutile contre Cambrai et Landrecies, von Gœben commanda, le 23 janvier, la retraite de la lre armée, qui se retrouva à peu près dans les emplacements occupés le 15. Le gros de ses troupes garderait les passages de la Somme sous la protection de forts détachements chargés de surveiller le pays vers le Nord.
Nous voici parvenus à l’heure fatale de la capitulation de Paris, dont la reddition devait être le signal de la fin des hostilités.
Un armistice fut signé le 28 janvier 1871, aux termes duquel les départements non envahis du Nord et du Pasde-Calais se trouvaient exclus de la zone occupée par les Prussiens. La partie non envahie du département de la Somme et la ville d’Abbeville qui n’avait même pas été attaquée auraient dû partager le même sort. Le colonel de Villenoisv vint aussitôt à Amiens et fit tous ses efforts pour obtenir de von Gœben que tout au moins la zone allemande ne comprit pas cette place. Jules Favre avait signé, von Gœben se montra inexorable.
Le Gouvernement de la Défense nationale, en consentant à l’armistice, s’engageait à convoquer une assemblée « librement élue », qui déciderait de la conclusion de la paix ou de la continuation de la guerre. Un décret, daté du 29 janvier et publié le lendemain à Amiens, convoqua les électeurs pour le 8 février 1871 . Le décret adoptait les mêmes formes d’élection qu’en 1818 : vote au chef-lieu de canton, à la
majorité relative, au scrutin de liste par département.
Gomment, dans l’universel désarroi, se concerter sur les institutions à donner à la France? Paix ou guerre , il ne pouvait être question d’autre chose. C’est à peine si on entrevoyait un lendemain. Toutefois, certains républicains pensaient qu’il y avait encore un effort à faire. « Guerre à outrance, résistance jusqu’à complet épuisement, disait une des dernières circulaires de M. Clément Laurier, directeur général du personnel administratif, aux préfets; le temps de l’armistice va être mis à profit pour renforcer nos trois
armées Ce qu’il faut à la France c’est une assemblée qui
veuille la guerre à outrance et qui soit décidée à la faire. »
Le département de la Somme vota pour la paix. Ses élus furent, dans l’ordre des suffrages, le général Faidherbe à qui les populations savaient gré de l’effort tenté pour les délivrer, puis l’amiral de Dompierre d’Hornoy et MM. le général Changarnier, Magniez (d’Ytres), le vicomte Blin de Bourdon, le vicomte de Rainneyille, Cauvel de Beauvillé, Courbet-Poullard, le vicomte de Rambures, Gaulthier de Rumilly et Calluaud, qui tous obtenaient de 89,000 à 106,000 voix. MM. Jules Lardière, Jules Barni et René Goblet, amis de Gambetta et qui personnifiaient l’idée de la guerre à outrance, en recueillirent au plus 23,000.
L’Assemblée nationale se réunit à Bordeaux et décida de faire la paix. L’occupation se prolongea encore plusieurs mois, arrogante et impérieuse, singulièrement adoucie par la fermeté du maire d’Amiens. Obligé de disputer pied à pied les intérêts de la ville et ceux du département après qu’il eut accepté les fonctions de préfet intérimaire (7 mars) 1 ,
1. Un arrêté du 23 mars nomma M. Dauphin préfet titulaire. Il n’accepta pas et continua à administrer le département en conservant le titré de maire d’Amiens.
Là Préfecture de la Somme pendant l’occupation. L’administration intérimaire départementale de M. Dauphin eut ses bureaux à l’BÔtel de
sachant concilier les droits de la légitime résistance 1 avec les nécessités de la soumission réfléchie et prudente, M. Dauphin montra incontestablement un grand courage civique. M. Daussy, l’ami et en quelque sorte le frère d’armes de M. Dauphin, intervenait souvent dans les conflits et, devant sa parfaite connaissance de la langue allemande, les officiers prussiens se montraient plus courtois.
Répartis dans les commissions qui se partageaient le souci des finances, des subsistances, des réquisitions, des ambulances, du logement militaire et de la santé publique, les adjoints et les membres du Conseil municipal ne faillirent pas davantage à leur devoir. Attachés aux fonctions dont ils avaient reçu la charge, ils s’acquittèrent généreusement de la lourde tâche que les circonstances imposaient à leur patriotisme, faisant face à toutes les exigences de la défense nationale puis de l’occupation étrangère, dont l’énorme liquidation nécessita un emprunt de plus de cinq millions 2 1
ville d’Amiens. Le comte von Lehndorf, préfet prussien, occupait l'hôtel et les bureaux de la préfecture.
M. Lardière, préfet titulaire, s’installa le 28 novembre à Abbeville, d’abord dans un bâtiment du génie militaire situé place Saint-Pierre, ensuite rue Saint-Gilles, dans l'hôtel du vicomte Blin de Bourdon. A l’armistice, Abbeville fut occupé par les Prussiens et M. Lardière transporta le siège de l’administration départementale à Rue. Devenu candidat aux élections du 7 février 1871, il délégua ses pouvoirs à M. Paul Ansart, conseiller de préfecture. Le jour même des élections et pour paralyser l’administration française, le comte von Lehndorf fit saisir par Otto Welter, son secrétaire général, toutes les archives administratives et fermer les bureaux de Rue. La préfecture de la Somme émigra alors à Boulogne où elle resta jusqu’au 22 juillet. M. de Guerle, nommé préfet de la Somme, prit possession de son poste le 25 juillet.
1. Arch. mun. Occupation prussienne: réquisitions. Lettres des 19 et 20 février 1871, de M. le Maire d’Amiens à von Lehndorf, qui voulait exiger des communes occupées le paiement des contributions.
2. L’emprunt de 5,500,000 francs fut contracté, le 12 mars 1871, à la banque Errera Oppenheim, de Bruxelles, qui versa un premier million le
Ce ne fut pas sans danger que la population protesta plus d’une fois par une attitude pleine de dignité contre les parades triomphantes des envahisseurs. Le moindre incident qui survenait avait sa répercussion immédiate sur l’occupation, qui devenait plus étroite et plus rigide. Le comte von Lehndorf se rendait redoutable. Le meurtre d’un soldat fit rétablir l’état de siège le 6 juillet. La ville et le département appelaient la délivrance de tous leurs vœux!
M. Dauphin se rendit à Versailles le 8, afin d’intercéder auprès de M. Thiers, le chef du pouvoir exécutif, et il en obtint l’assurance formelle que le paiement de la somme exigée dans l’indemnité de guerre pour l’évacuation du département de la Somme serait complet avant trois jours. Manteuffel ne s’y opposait plus, mais la bureaucratie allemande menaçait de la retarder encore, lorsque survint un ordre formel de l’empereur Guillaume.
L’aube libératrice se lève enfin le 22 juillet! La ville se réveille au milieu d’une effervescence difficilement contenue. Les troupes prussiennes commencent à défiler à cinq heures du matin et l’on sent que le patriotisme réprimé pendant 237 longues journées va éclater avec enthousiasme. Des lances dorées apparaissent discrètement aux fenêtres. Ce sont les hampes des drapeaux français qui n’attendent pour se montrer que le signal convenu. Dès que l’exode des ennemis est accompli, les rues s’emplissent d’une rumeur joyeuse, les maisons et les monuments publics se pavoisent comme par enchantement, et quand un bataillon du 33e régiment d’infanterie venant d’Arras entre, quelques heures après, précédé de la musique de la garde nationale, la foule l’accueille avec une indicible sympathie: suivant une expression
Il novembre suivant. Il était remboursable en 50 années, à partir de 1871, au moyen d’annuités de 374,000 francs, produisant en capital et primes une somme totale de 18,700,080 francs dont l’amortissement sera complet le 1er avril 1921.
saisissante de Shakespeare, officiers et soldats, émus par l’ovation populaire, se sentent portés en triomphe sur des cœurs !
Le douloureux anniversaire du 27 novembre 1870 ne pouvait passer inaperçu! Ce jour-là, à l’issue d’une messe solennelle de Requiem célébrée à la Cathédrale, le long cortège des autorités et des députations des corps qui avaient pris part au combat de Dury, s’achemina, suivi d’une foule nombreuse, vers l’endroit où la garde nationale d’Amiens avait conçu le pieux dessein d’élever un monument à la mémoire des braves tombés au champ d’honneur pour la défense de la ville. On entendit les voix les plus autorisées célébrer le généreux sacrifice des officiers et des soldats qui avaient arrosé cette terre de leur sang et la fermeté de notre garde civique dans la dernière épreuve d’une existence six fois séculaire.
Au moment de disparaître, la garde nationale d’Amiens, dissoute par la loi du 25 août 1871, comme toutes celles de France, avait voulu léguer à la postérité, en même temps que le témoignage de son admiration pour des compagnons d’armes morts en combattant, le souvenir d’une institution constamment dévouée à l’ordre public dans la cité et à la défense des lois et des libertés du pays.