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L’EMPIRE

18 Mai 1804 — 6 Avril 1814.

I. Vote sur la Constitution impériale. — Le maire à la cérémonie du sacre. — Enthousiasme populaire. — Recrutement militaire. — Mobilisation de la garde nationale. — Morgan de Belloy, maire d’Amiens. — Crise industrielle. — L’empereur à Dreuil. — Réaction électorale. — Levée en masse. — Patriotisme des populations. — IL L’invasion. — Les cosaques à Doullens et à Montdidier. — Mesures de défense. — Les derniers jours de l’empire. — Le drapeau blanc à l’Hôtel de ville. 1

La Constitution de l’an VIII et la Constitution de l’an X avaient établi,- au profit de Bonaparte, une monarchie déguisée sous le fard des appellations républicaines. L’émotion causée par la découverte du complot de Georges Cadoudal permit de hasarder le dernier pas.

Le Sénatus-consulte du 28 floréal an XII (18 mai 1804) proclama le Premier Consul empereur des Français, sous le nom de Napoléon Ier, et réserva pour la forme l’acceptation de la Nation dans un nouveau plébiscite. Ce plébiscite, le troisième en cinq ans, rencontra à Amiens une indifférence marquée. Il n’y eut aucun vote négatif sur la

1. Préfets de la Somme pendant cette période : Quinette (Nicolas), 2 mars 1800-30 novembre 1810. — Poitevin de Maissemy (baron), 30 novembre 1810-12 mars 1813. — Desmousseaux (baron), 12 mars 1813-25 mars 1813. — La Tour du Pin (Frédéric Séraphin, comte de), 25 mars 1813-15 juillet 1814.

proposition déférée au suffrage populaire, mais elle obtint moitié moins d’adhésions que le Consulat à vie. Les fonctionnaires se montrèrent surtout empressés L

Napoléon Ier, parvenu à l’apogée de la puissance, voulut ajouter la consécration du Souverain Pontife à ses droits impériaux. La solennité de son sacre, par le pape Pie VII, eut lieu dans l’église Notre-Dame de Paris, le 11 frimaire an VIII (2 décembre 1804).

Aux extrémités du large porche, élevé pour la circonstance sur le parvis, se dressaient des arcs gothiques de grand effet, décorés des statues des trente-six bonnes villes de l’empire. Amiens s’y trouvait représenté ; ce fut en la qualité de maire de l’une des bonnes villes, que Augustin de Bray assista à la cérémonie avec les députations de la Garde nationale et des deux compagnies de gardes d’honneur formées l’année précédente 1 2. Se conformant à la coutume, qui voulait que toute fête publique fût marquée par des actes de bienfaisance, notre municipalité procéda, le jour du sacre, au mariage en grande pompe de quatre rosières dotées par l’empereur.

Le 1er janvier 1806 mit un terme au calendrier républicain. L’an XIV se trouva brusquement interrompu. On revint au calendrier grégorien. Le dernier vestige de la République se trouvait effacé. Les fêtes nationales du

1. Arch. nat. B IL 836. A. Hérédité impériale , an XII. Somme. Registres des votes, tenus dans la ville d’Amiens, sur la proposition présentée à l’acceptation du peuple par le Sénatus-consulte organique, du 28 floréal an XII. Il y eut 475 oui.

2. Arch. nat. F7. 3690 3 * * *. Somme. An X-1820. Contrôle nominatif de

MM. les officiers, sous-officiers et volontaires composant la députation

(des gardes d’honneur) qui doit assister au couronnement de l’empereur.

Arch. mun. H31, an XII. Garde nationale. Les délégués de la garde

nationale ont été : MM. D’Hubert, Biberel, Navel, Farolet, Lemarchand

et Devaux.

l’empire.

14 juillet et du 23 septembre n’ayant plus leur raison d’être, l’Empereur institua les fêtes impériales du 15 août et du 1er dimanche de décembre, celle-ci, en mémoire de la victoire d’Austerlitz et de la cérémonie du couronnement.

L’industrie était redevenue prospère. L’accroissement du travail avait une heureuse répercussion sur le bien-être de la population L Alors les Amiénois n’ont pas assez d’éloges « pour la gloire immortelle de Napoléon ; gloire au-dessus de tout et comme dans les cieux ! 2 » C’est le Charlemagne moderne ! 3 C’est l’instrument des desseins de la Providence ! 4

Mgr de Demandolx 5 ordonne des prières pour la conservation de sa précieuse existence. A chaque victoire nouvelle, une nouvelle lettre pastorale prescrit de nouvelles actions de grâces 6.

Cependant les gloires de Napoléon s’achetaient chèrement. Les immenses préparatifs de guerre, qui remplirent les années 1805 et 1806, inquiétaient les populations. Il n’était pas une famille qui ne tremblât de devoir contribuer aux sanglantes hécatombes. Sept enfants d’Amiens périrent dans les plaines d’Austerlitz 7.

1. Arch. de la Somme . M. Industrie. Registres de l’estampille.

2. Bulletin de la Somme. 30 floréal an XIII. Adresse du collège électoral de l’arrondissement d’Amiens.

Le Bulletin de la Somme succéda à la Décade et parut, dans le même format, depuis le mois de janvier 1803.

3. Prières ordonnées par M. l’évêque d’Amiens , à Amiens. De l’impr. de J.-B. Caron. 13 juin 1803.

4. Mandement qui ordonne de solennelles actions de grâces pour le sacre et le couronnement de S. M. l'Empereur des Français.

5. De Demandolx (Jean François), né à Marseille, le 20 octobre 1744, évêque de La Rochelle, le 2 février 1803 ; évêque d’Amiens, le 17 décembre

6. Lettres pastorales des 4 et 30 octobre; 3 et 19 décembre 1805 ; 4 novembre 1806; 22 janvier, 23 juin, 7 juillet 1807.

7. Bulletinde la Somme, 17 février 1807. Molliens (François-Auguste), capitaine au 1er rég1 de ligne. — Bruges (Pierre), capitaine au 28me. —

Le tirage au sort avait succédé au système de recrutement qui consistait à enrôler d’abord les plus jeunes conscrits de chacune des classes. Or, la dure loi de la conscription n’était point entrée dans nos mœurs, comme elle y a pénétré depuis, et l’on s’effraya de voir doubler le contingent de la ville qui avait été limité, de 1801 à 1804, à cinquante hommes répartis entre l’armée active et la réserve b Rendues très impopulaires par ces changements, les lois militaires le devinrent davantage encore après le décret du 26 septembre 1806, qui réorganisa les gardes nationales et qui en autorisa la mobilisation en trois bans, comprenant : le premier, les hommes de 20 à 26 ans; le second, les hommes de 26 à 30 ans ; le troisième, les hommes de 30 à 60 ans. C’était armer la nation entière.

La paix de Tilsitt mit fin à la première période du règne; période de succès ininterrompus. Elle fut accueillie avec une indicible joie. Amiens la célébra avec des transports d’allégresse 2. L’alliance de Napoléon et de l’empereur de Russie apparaissait à tous comme le gage du repos continental. Hélas ! la paix ne pouvait jamais être de longue durée. L’Angleterre humiliée et amoindrie profita, pour inquiéter nos frontières, des circonstances qui entraînèrent le génie aventureux de Napoléon sur les bords du Danube.

Une division de 12,000 hommes, commandée par lord Chatham, se jeta, le 30 juillet 1809, sur file de Walcheren, située à l’embouchure de l’Escaut, et investit la ville de Flessirigue mal défendue par une garnison française.

Blanchemans, capitaine au 30me. — Ledieu (Antoine), chasseur au 10me. — Gamart (François), cuirassier au 2me régh — Guillot (Théodore), carabinier au 1er régb — Gamart (N), carabinier au 2me.

1. Arch. mun. Délib. de 1801 à 1810, passim. — Après 1806, le contingent passa à 100 hommes (76 active et 24 réserve). Il s’élevait en 1811 au chiffre de 150 hommes (100 active et 50 réserve).

2. Arch. nat. FIC III. Somme. 22 août 1807. Le préfet au ministre de l’intérieur.

L RM PI RE.

La nouvelle de cette invasion causa un mouvement patriotique comparable à celui de 1792. La garde nationale fut mobilisée. Amiens vit passer, pendant les mois d’août et de septembre, de nombreuses troupes qui étaient envoyées sur les côtes1. En quelques semaines il y eut, en Belgique et dans l’ile de Godzand, une concentration de cent mille hommes. Charles de Lameth, ancien aide de camp du comte de Rochambeau pendant la guerre de l’Indépendance en Amérique, y mena 1,800 mobilisés du département de la Somme 2.

Augustin de Bray avait résigné les fonctions de maire, au cours de ces événements. L’Empereur lui donna pour successeur, le 16 mars 1808, J.-Btc Adrien Morgan de Belloy, qui joignait à un esprit cultivé et à des instincts très généreux de profondes connaissances industrielles et commerciales; il devait se trouver bientôt aux prises avec de sérieuses difficultés.

Les appréhensions que faisaient naître la politique extérieure et les maux de la guerre ne tardèrent point à s’accroître des soucis que le malaise des affaires engendrait dans notre ville. En quelques mois, la situation changea complètement.

Confiante dans l’interdiction du continent au marché anglais, la manufacture avait proportionné ses entreprises aux besoins d’une exportation que l’on croyait devoir être sans limites. La réalité ne répondit pas aux espérances. En moins de deux ans, « le commerce s’éteint, les capitaux

1 . Ephémérides picardes. Recueil de notes concernant la ville d’Amiens, de la main de Donné, chef de bureau à la préfecture, sous l’Empire et la Restauration. — Bibliothèque de la Société des Antiquaires de Picardie.

2. Arch. mun. D2 Corresp. 1809-1810, pp. 84 v°, 95. 22 septembre

1809. Arrêté préfectoral autorisant une souscription publique pour l’équipement des troupes mobilisées. — 12 septembre 1809. Le maire au préfet.

se resserrent, les faillites se multiplient, les ateliers sont réduits à l’inaction 1 ».

L’Empereur, très préoccupé des ruines accumulées sur l’industrie, très désireux d’v remédier, s’entretient fréquemment avec les ministres des finances et de l’intérieur, appelle à ces conciliabules les plus notables fabricants et s’enquiert des moyens de conjurer la crise2. On décide d’avancer en secret, à ceux qui en feront la demande, des capitaux qui leur permettront de payer les ouvriers. <( Pour arracher aux horreurs de la faim et au désespoir la foule des ouvriers sans travail », Morgan de Belloy voudrait cent mille francs que le gouvernement ne peut lui donner 3. Réduits à se nourrir d’un pain fait de pamelle et d’avoine, ces malheureux s’abandonnent parfois à de regrettables scènes de pillage4.

Napoléon redoutait-il quelque manifestation hostile, lorsqu’il traversa Amiens sans s’y arrêter, le 1 1 septembre 1811, affectant de relayer au faubourg de Noyon et d’aller déjeuner dans une maison isolée située à l’extrémité du village de Dreuil, vers Ailly? « Sa présence n’a pas beaucoup réjoui le cœur des habitants. Très peu ont crié Vive l’Empereur ; froideur qui s’explique par la grande misère régnant ici, en raison du manque de commerce et de la cherté des vivres5 ».

Un secret instinct disait clairement à quelques-uns, confusément à tous, qu’il fallait s’arrêter dans la voie du

1. Arch. nat. AF. IV. 1060. 7 mai 1811. Mémoire sur l’état actuel du commerce.

2. Ibidem,. AF. IV. 1062. n° 13. Notes et renseignements sur l’état actuel du commerce et des manufactures, en 1811.

3. Arch. mun. Délib. du 27 mai 1811. Un décret du 23 janvier 1812 accorda 50,000 francs.

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