‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 23 sur 197 · Ibidem. 2 avril 1811, p · texte numérisé non relu

Ibidem. 2 avril 1811, p

de roi de Rome. Le Moniteur, rendant compte des manifestations qui se produisirent alors sur différents points de l’empire, signale à Amiens « les vivats qui couvrent le bruit de la mousqueterie et des tambours, les distributions de secours aux indigents, le chant du Te Deum , les illuminations et le bal à la préfecture, suivi du souper à la fin duquel les toasts les plus chers aux Français sont solennisés aux acclamations de trois cents invités ». C’était une gaieté toute de commande. Le peuple s’alarmait et ne dissimulait plus ses appréhensions. La rupture avec la Russie causa, à Amiens, une véritable stupeur. En apprenant, quelques mois après, que la France a perdu, sur les bords de la Rérézina et dans la retraite de Moscou, des milliers de ses plus vaillants soldats, son orgueil et sa force, tous partagent le deuil national.

Par une de ces résolutions soudaines dont il avait le secret, Napoléon était rentré inopinément à Paris.

Le Sénat lui accorde de nouvelles levées : 150,000 hommes sur la classe de 1814 (20 janvier 1813), cent cohortes de gardes nationaux mobilisés des deux premiers bans (15 avril 1813). Le nombre des réfractaires augmente. Ce n’est pas sans difficultés que le recrutement parvient à mettre en route les 533 mobilisés des quatre cantons d’Amiens. Morgan de Belloy « craint que beaucoup ne manquent à l’appel pour cause d’absence momentanée », et le préfet se décide à n’envoyer les ordres de départ que la veille, « de peur qu’apprenant trop tôt la réquisition qui les concerne, les hommes ne s’enfuient1 ».

Le patriotisme s’affirme néanmoins lors de la souscription nationale organisée en vue de reconstituer la cavalerie. Le Poitevin de Maissemy, successeur de Quinette, lance un

1. Arch. mun. D2 Corresp. 1812-1813, pp. 223 v°, 226, 230. Lettres

des 14, 15 et 25 mai 1813.

l’empire.

manifeste chaleureux dans lequel il supplie les Picards de demeurer fidèles à leur glorieuse devise : Fidelissima Picardorum natio l.

Le département offre 193 cavaliers montés ; Amiens, 30 pour sa part ; le canton de Poix, 12 ; celui d’Oisemont, 10; celui d’IIornoy, 8 ; les autres en proportion. La dépense était d’un peu plus de 400 francs, plus le cheval pour les régiments d’artillerie légère, et de 845 francs pour les chasseurs. Le préfet, les magistrats de la Cour impériale et autres fonctionnaires, pour lesquels l’invitation à souscrire devient un ordre, fournissent 11 chevaux harnachés et 24 chevaux non harnachés2.

Les maires du canton de Molliens-Vidame signent une adresse à l’Empereur. Cette adresse reflète les sentiments qui animaient encore les campagnes :

« Jusqu’à présent la fortune, d'accord avec votre sagesse, a couvert de gloire le nom français, mais celui qui a su commander aux hommes et leur dicter des lois a été obligé de céder à la fureur des éléments.

« Nous n’avons pu apprendre les malheurs qui ont accompagné votre retour de Moscou, sans en partager la douleur, et nous ne pouvons refuser nos larmes au sort funeste de nos malheureux soldats. Il ne suffit pas de gémir sur ces pertes, il faut les réparer.

« La ville de Paris nous a tracé nos devoirs. Nous partageons avec elle les sentiments dont elle nous a donné l’exemple et nous venons en remettre l’hommage au pied

1. Arch. de la Somme. R. Levées de 1813. 17 janvier 1813. Le baron de Maissemy, préfet du département de la Somme, aux maires du département.

2. Ibidem. R. Levées de 1813. Janvier 1813. Lettre du ministre de la guerre au préfet de la Somme. — Etat des offres, en cavaliers montés, chevaux harnachés et non harnachés et en argent, faites pour la remonte de la cavalerie. — Souscription des cantons de l’arrondissement d’Amiens.

du trône, en offrant à votre Majesté quatre cavaliers armés, montés et équipés à nos frais. Ce sont des Picards. Ils seront braves et surtout fidèles à Votre Majesté. Vous le savez, sire, c’est la fidélité qui distingue cette nation brave et généreuse. »

La création de régiments de gardes d’honneur à cheval détermina de nouveaux sacrifices d’argent et de nouveaux dévouements. Lé département compta quatorze volontaires parmi lesquels quatre amiénois. Ils s’équipèrent à leurs frais. Avril 1813

L’hiver avait suspendu les grands holocaustes de la guerre. Dès les premiers jours du printemps, l’Empereur va prendre le commandement des armées improvisées qu’il tente d’opposer à la coalition formidable des puissances de l’Europe. Saisissant l’occasion du renouvellement des pouvoirs de la municipalité, le maire d’Amiens envisage avec confiance « l’avenir réservé au génie de la victoire vengé des caprices du sort ».

Trois victoires remportées en trois jours, à Weissenfels, Lützen et Bautzen, raniment un instant l’espérance qui bientôt s’évanouit, après que la fatale bataille de Leipzig a rejeté sur la route du Rhin l’armée française vaincue et fugitive. Les levées succèdent aux levées. Une pre-

1. Arcli. de la Somme. R. Levées de 1813. Etat des personnes appelées par leur fortune à concourir à la formation des régiments des gardes d’honneur. — Etat nominatif des gardes d’honneur qui se sont habillés, équipés, montés, complètement à leurs frais :

Amiens. Guidé (Louis Natalis) ; Langlois de Septenville (Alexandre) ; de Bray-Valfresne (François Paul) ; Haudiquet du Quesnoy.

Abbeville. Danzel de Boismont (Gustave Édouard) ; Du Liège (Louis François - Xavier) ; Loisel (Barras); Du Maisniel (Pierre Jules);' De Freytag.

Doullens. Houdouart de Thièvres.

Montdidier. Lefebvre (Martial Hyppolite).

Péronne. Masse de Gombles (Gustave) ; Petit (Antoine Louis).

l’empire.

mière de 120,000 hommes (7 oetobre 1813), une seconde de 300,000 hommes (13 novembre 1813), imposent au département de la Somme un contingent de 6,500 soldats L

C’est atteindre des citoyens qui ont échappé déjà trois et quatre fois aux conscriptions. L’opinion publique se retourne manifestement contre l’Empire1 2.

L’année 1814 commence sous les plus sombres auspices. Les alliés ont franchi le Rhin. En quelques semaines, trois armées d’invasion occupent une ligne qui s’étend de Langres à Namur, sur un développement de soixante-dix lieues. Leurs masses, portées sur la Meuse et la Marne, ont, à n’en pas douter, pour objectif l’occupation de Paris. En cette extrémité, Napoléon ne tarde point à prendre le commandement de la petite armée de Champagne.

Après les rencontres de Brienne et de la Rothière, où les Français essuient une défaite sanglante, on se bat le 17 février à Montmirail, le 18 à Montereau, le 24 à Troyes. Les vallées de l’Aisne et de l’Oise se couvrent d’ennemis. Soissons capitule. L’invasion gagne d’heure en heure, en même temps que se produit, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, un mouvement insurrectionnel inquiétant, de la part des soldats réfractaires 3.

Un corps de cavalerie ennemie, comprenant un peu plus de huit cents hommes, arrive à l’improviste à Doullens, le 20 février, vers quatre heures du soir. Ce détachement,

1. Arch. de la Somme. R. Liasses relatives aux levées de 1813 et de 1814.

2. Arch. mun. D2 Corresp. 1813-1814, pp. 88, 92, 92 v°. 15, 18 décembre 1813. Rapports de police signalant des pamphlets au sujet de la levée de 300,000 hommes.

3. De Hauteclocque. Le Pas-de-Calais sous l'administration préfectorale du baron de la Chaise. 1803-1815, pp. 188 et suiv.

HISTOIRE DE LA VILLE d’âMIENS.

commandé par le baron Frédéric de Geissmar, colonel des gardes de l’empereur de Russie, avait été séparé de l’armée de Bülow, aux environs de Cassel. 11 errait à l’aventure, dans l’espoir de rallier l’une des armées en marche sur Paris h

Geissmar venait de Saint-Pol. 11 avait horriblement rançonné les villages situés sur la route. La réquisition imposée au canton de Wail est invraisemblable : 300 vaches, 150 porcs, 4,600 bouteilles de vin, 600 livres de beurre et autant de chandelles, 15,000 boisseaux de pommes de terre, 10,000 boisseaux de pois et autant de haricots, 50,000 bottes de foin et autant de paille, 30,000 quintaux de froment, 50 cordes de bois, 100 livres de sucre, 50 livres de café 1 2.

On juge de l’effroi causé par l’irruption des cosaques. Leur nom était synonyme de ruines et de dévastation.

Les habitants de Doullens échangèrent inutilement quelques coups de feu avec eux. Les femmes et les enfants s’enfuirent éperdus ; beaucoup se réfugièrent dans la citadelle, qui se rendit le lendemain matin, n’ayant pour garnison que vingt hommes de la légion départementale, sans artillerie et sans munitions.

Amiens connut avant la nuit la nouvelle de l’arrivée des cosaques dans le département. 11 y eut quelques heures d’affolement. Chacun enterrait ses objets précieux. Les bijoutiers, les marchands de vin, faisaient disparaître les enseignes qui pouvaient désigner leurs demeures à la rapacité des envahisseurs. Le préfet et les magistrats de la Cour

1. Arch. nat. AF. IV, 1669. 2me liasse, n° 276. Lettre du général de division au ministre ; de Senlis, 22 février 1814. — Delgove. Histoire de la ville de Doullens, p. 222.

2. Ibidem. AF. IV, 1668. 3me liasse, n° 164. Le directeur des postes de Hesdin au comte de La Vallette. 24 février 1814.

l’empire.

impériale se disposaient à transférer ailleurs le siège de l’administration et le siège de la Justice L

Par bonheur, Geissmar ne jugea pas la situation tenable dans l’isolement où il se trouvait et quitta Doullens le 24, laissant la garde de la citadelle à un commandant saxon1’, dont le général Ilenrion eut aisément raison, quarante-huit heures après, avec quelques troupes venues d’Abbeville et d’Arras.

Bien que la rentrée des Français dans Doullens écartât momentanément le péril, on s’efforce de mettre Amiens en garde contre un coup de surprise. Les murailles étaient éventrées par endroits. Les demi-lunes en avant des portes n’existaient plus. Mille ouvriers travaillent sans relâche à établir une ligne de retranchements afin de protéger les abords de la ville. Des bûcherons, des charpentiers, des scieurs de long, de Dury, de Saint-Fuscien, de Creuse, d’Allonville et autres villages, abattent les arbres qui croissent sur les marais communaux et façonnent en grande hâte des pieux pour les palissades et des chevaux de frise3.

La correspondance échangée entre Morgan de Belloy, le général d’Aigremont, qui commandait le département, et le préfet dénote une remarquable énergie avec une opiniâtre volonté de résister à l’ennemi 4.

1. Ephémérides picardes. — Arch. de la Cour d' Appel.. Reg. aux délib., p. 57 v°.

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