Arch. de la Chambre de Commerce. État de 1825 précité
se signalait par son ardeur à innover, elle s’avançait ici avec lenteur, malgré des éléments de prospérité qui ne se rencontraient nulle part ailleurs. Nous avons dit que la routine et l’attachement exagéré aux vieux usages étaient un obstacle au progrès. L’absence de traditions familiales, l’habitude invétérée chez les négociants et chez les fabricants de se retirer des affaires après fortune faite, contribuaient aussi à ralentir la marche en avant. Le courage ne manquait pas, mais l’unique ambition de la plupart des chefs de la grande industrie, au temps de la Restauration et sous le règne de Louis-Philippe, fut de mettre leurs enfants dans une situation qui leur permît de vivre en rentiers. Le fils ne succédait pas à son père. On cédait la maison de commerce ou la manufacture à un employé, à quelque nouveau venu dans l’industrie. Ceux-ci manquaient de capitaux. C’était un perpétuel recommencement de petites fortunes, alors que les bénéfices réalisés eussent été si utilement consacrés à progresser et à accroître le chiffre des transactions, si les enfants, fiers de l’œuvre paternelle, avaient tenu à honneur de la perpétuer. Il y eut des exceptions ; elles ont été très rares.
Comme dans toute agglomération ouvrière le nombre des indigents est considérable, et des données positives permettent d’en apprécier l’importance à l’époque de la Restauration. 6,500 individus figurent sur les listes du bureau de bienfaisance, ce qui donne, en raison du chiffre moyen de la population qui est de 42,000 âmes, un indigent pour un peu moins de sept personnes b
i. Arch. du Bureau de bienfaisance. D1 7. Récapitulation générale des pauvres assistés au 31 décembre 1822. Le chiffre était, cette année-là, de 6,015. Il fut de 6,773 en 1824, et de 7.167 en 1827.
Le recensement de 1901 accusait une population de 90,758 habitants et le chiffre des indigents étant, en 1904, de 1 1,343, soit un pour huit, la proportion se trouve être sensiblement la même, à quatre-vingts ans de distance.
Pour subvenir aux besoins permanents ou passagers d’une telle masse d’individus, cinq comités de paroisses rayonnaient autour du Bureau central de bienfaisance dont les ressources ord inaires variaient de 80,000 à 95,000 francs 1 . Ces comités particuliers recevaient les plaintes, les examinaient, recherchaient les pauvres honteux et décidaient à laquelle des quatre classes de secours ils proposeraient d’attribuer telle personne ou tel ménage 2. Les familles nombreuses et les gens à qui l’âge ou les infirmités interdisaient presque tout travail avaient droit aux secours permanents. Les secours temporaires étaient pour ceux dont les besoins étaient limités à une période de l’année. Les sœurs de Saint-Vincent de Paul distribuaient ou portaient à domicile ces secours qui consistent en bons de pain, de viande, de riz, de chauffage (tourbes), en linge, en vêtements et en médicaments.
La misère habite un peu partout, principalement dans les rues étroites et tortueuses de la ville basse, dans les taudis qui s’ouvrent sur une cour intérieure, dans les logements composés souvent d’une seule pièce, qui prennent le jour sur la rue et qui n’en sont pas beaucoup plus clairs pour