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Geoffroy de Grandmaison. La Congrégation

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ses ministres et de mettre en péril, disaient-ils, les conquêtes de la Révolution.

La mission accrut dans Amiens le nombre des alïiliés à la Congrégation, qui prenaient le mot d’ordre à Saint-Acheul, objet des terreurs réelles ou affectées du parti libéral. Sous le feu roulant des attaques de la presse, qui ne cessait de le désigner à la vindicte des pouvoirs publics, Saint-Acheul acquit une notoriété considérable. M. Dupin, le chef du parti libéral, voulut le visiter. Il y vint en 1825 et encore l’année suivante, au grand scandale de ses amis politiques L Ceux-ci ne ménagèrent à l’illustre homme d’Etat ni les sarcasmes, ni les pamphlets, surtout après que, séduit par la courtoisie du père Loriquet, il eut accepté de tenir un des cordons du dais à la procession du Saint-Sacrement qui, chaque année, se déroulait, admirable d’ordre et de richesse, à travers les cours et les jardins.

L’hostilité au gouvernement ne se manifestait point toutefois en dehors des questions religieuses, et aucune note discordante ne troubla la visite de Mme la duchesse de Berry lorsqu’elle s’arrêta à Amiens, au cours du voyage accompli par elle dans les départements du Nord, au mois d’août 1825 1 2. La princesse arriva le 30 dans la soirée et fut reçue avec de grands honneurs. Admis à lui présenter les membres du Conseil municipal, à l’hôtel de la préfecture, M. Daveluv complimenta « l’ange tutélaire des destinées d’Henri de

1. Crétineau-Joly. Histoire de la Compagnie de Jésus, T. IV, p. 154.

2. Précis des fêtes données à S. A. R. Mme la duchesse de Berry par la ville d'Amiens , les 30, 31 août et 1er septembre 1825. A Amiens, impr. Caron -Vitet. — Inauguration du canal du duc dAngoulcme, à Amiens, faite le 31 août 1825 par S. A II. Mme la duchesse de Berry. A Amiens, impr. Caron-Vitet.

France ». Douze dames de qualité et autant de jeunes filles 1 lui offrirent des fleurs et des échantillons variés des industries amiénoises.

Après le dîner, auquel Mgr de Ghabons, le premier président de la cour royale, marquis de Folleville, le procureur général, Morgan de Béthune, M. Daveluy et quelques privilégiés furent conviés, il y eut représentation de gala à la salle de spectacle.

Les réceptions officielles, la visite de la Cathédrale et du petit séminaire de Saint-Acheul remplirent la matinée du lendemain.

La princesse avait accepté de présider à l’inauguration de récluse de Saint-Maurice. La cérémonie ayant été fixée à midi, la Somme peu à peu s’anime, un grand nombre de bateaux coquettement décorés s’y réunissent, tandis que la falaise de Saint-Maurice, les glacis de la citadelle et les berges du port d’aval se couvrent de monde. La duchesse de Berry, reçue par le maire en face du pont Saint-Michel, prend place dans l’embarcation qui la conduit à l’écluse, où les autorités de la ville et du département l’attendaient sous un arc triomphal décoré des écussons de France et de Naples 2. Après que Mgr de Ghabons a béni l’écluse qui s’appellera l’écluse Caroline, du nom de la princesse,

1. Mmcs de Bécordel, Cauvel de Beauvillé, la Ctesse de Chateaubriand, de Chipilly, Dubois de Fosseux, la Bonne du Casse, de Francqueville, Herbet de Saint-Riquier, Jérome, la Mise de Lameth, Mallet-Desprez, Morgan de Belloy. Mlles Amye, Beaucoijsin, de Boncourt, Delaporte- Fontaine, Dubois de Fosseux, Dupont, Grandsire, Herbet de Saint- Riquier, Morgan de Belloy, Morgan d’Epagny, Lemerchier, de Saveuse, du Souich, Thirria.

2. Vue de Ventrée de S. A. R. Mme la duchesse de Berry dans le canal du duc d’Angoulême, lors de V ouverture faite par elle de la navigation entre la haute et la basse Somme par l’écluse d’Amiens, à laquelle S. A. R. permit dès ce moment (31 août 1826 ) que Von donnât le nom d'écluse Caroline. Dessin de Lepeudry, lith. de Lenglumé.

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l’ingénieur en chel, M. Bélu, la fait fonctionner et donne lecture de l’inscription gravée sur cuivre destinée à perpétuer le souvenir de la cérémonie L Cette plaque commémorative scellée dans la muraille a disparu en 1848.

Le programme de la fête comportait une excursion nautique jusqu’à la borne de Camon. Aussitôt après la cérémonie, une flottille de quatre-vingts embarcations, pavoisées de. drapeaux blancs et de flammes multicolores, s’élance à la suite de celle qui porte Mme la duchesse de Berry. Toutes les notabilités amiénoises et trois orchestres y ont pris place. Le coup d’œil est féerique. Le canon tonne à la citadelle, des hourras retentissent : Vive la duchesse de Berry, Vive le duc de Bordeaux, Vive le Boi! La promenade sur le canal s’effectue toute retentissante de ces vivats et d’harmonieuses symphonies, sous les yeux émerveillés de milliers de spectateurs.

Une tente avait été dressée au pré Porus 1 2. Son Altesse Royale s’y repose quelques instants. Un chœur de musiciens entonne une cantate en son honneur. Le maire de Camon lui souhaite la bienvenue, puis arrive la députation des hortillons, dans une longue barque surmontée d’un dôme

1. « Le 31 août 1823, la première année du régne de S. M. Charles X, S. A. R. Mm0 la duchesse de Berry a daigné faire l’ouverture du canal du duc d’Angoulême entre la haute et la basse Somme par l’écluse d’Amiens : M. le comte de Corbières étant ministre d’Etat au département de l'Intérieur; M. Berquey, directeur général des Ponts et Chaussées; M. le comte de Tocqueville, maître des requêtes, préfet de la Somme; M. Daveluv- Bellancourt, maire de la ville d’Amiens; M. Lefebvre-Bouchon, président de la Chambre de Commerce; M. Bélu, ingénieur en chef, directeur du canal; M. Madeleine, ingénieur en chef, attaché à la direction du canal; M. Vion, entrepreneur de l’écluse. » — Cf. Journal de la Somme, 3 septembre 1825.

2. Arrivée de S. A. R. Mme la duchesse de Berry à Vile du pré Porus, à la suite de sa promenade sur Veau, lors de l’inauguration et de l'ouverture du canal du duc d’Angoulême. Dessin de Lepeudry,lith. de Lenglumé.

de verdure entremêlée de légumes de toutes les espèces, que couronne un chou monstrueux. Ces estimables représentants d’un petit peuple typique, courageux, honnête, aux mœurs simples, apportaient les plus beaux spécimens de leurs cultures maraîchères. Avec l’agilité qui les distingue, ils dirigent leurs barques à l’aide de la pelle qui sert à la fois d’aviron et de gouvernail ; d’autres donnent le très curieux spectacle d’évolutions nautiques de l’aspect le plus pittoresque.

Rentrée en ville, Mme la duchesse de Berry visita le collège royal, l’Hôtel-Dieu et les manufactures de MM. Lecaron et Henri Laurent. Elle partit le lendemain dans la matinée, « touchée de l’unanimité des sentiments de respect et d’amour manifestés par les Amiénois » b Mgr de Ghabons, cédant à un excès de courtoisie qui souleva de légitimes critiques, lui avait offert cinq remarquables cadres en bois sculpté, qui renfermaient jadis autant de tableaux de la confrérie du Puy-Notre-Dame. Ces cadres; chefs-d’œuvre du xvie siècle, transportés au château de Rosny, furent imparfaitement restaurés. Vingt ans après, M. Guérard, président de la Société des Antiquaires de Picardie, obtint de la princesse qu’elle rendît à la ville les trois plus beaux. Elle écrivait, le 26 novembre 1847 : « Le sacrifice que je fais prouve bien à Amiens que je ne l’ai pas oublié. » Les deux autres ont été rachetés depuis à Venise.

Les mêmes ovations étaient réservées au roi Charles X lorsqu’il traversa Amiens, deux années plus tard, en revenant du camp de Saint-Omer. Sa Majesté fit une solennelle entrée le 18 septembre 1827 1 2. Le duc d’Angoulême l’avait

1. Indicateur du département de la Somme, 1er septembre 1825. Lettre du comte de Tocqueville, préfet du département, au maire d’Amiens.

2. Notice du cérémonial des fêtes qui ont eu lieu à l’occasion de l’arrivée

de S. M. Charles X et de Mgr le Dauphin dans le département de la Somme et principalement à Amiens Amiens, R. Machart, 1827, in-8°.

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précédé de vingt-quatre heures. L’arc de triomphe élevé à l’entrée du faubourg Saint-Pierre figurait un portique surmonté des armes de la ville. Deux victoires ornaient les tympans de la voûte dont la partie supérieure, formant un acrotère, portait ces mots :

La Ville d’Amiens a S. M. Charles X.

Sur les faces principales du monument se lisaient des inscriptions à la louange du prince.

Le Roi arriva à midi et demie. 11 quitta sa berline de voyage et prit place dans une calèche découverte, que Mme Victor de Francqueville avait mise à sa disposition, afin de procurer aux Amiénois le plaisir de le contempler à leur aise. La garde nationale faisait la haie sur le parcours du cortège, qui se rendit à l’hôtel de la Préfecture. M. de Solilhac, commandant la place, remit à Sa Majesté les clefs de la citadelle, à la même heure, le même jour et au même endroit où, deux cent trente années auparavant, Henri IV avait reçu de l’Espagnol la proposition de faire rentrer la Ville en son obéissance.

Le moment était venu de livrer à la circulation le canal d’Angoulême \ destiné à rapprocher la Picardie et les Flandres des provinces de l’Est. La municipalité profita, pour l’inaugurer, du passage de Charles X, et le cérémonial ne différa guère de celui observé lors de l’inauguration de l’écluse de Saint-Maurice. Que l’on se figure une flottille évoluant, par un temps superbe, sur le canal ; les rives sans cesse retentissant de cris d’allégresse et de vivats sur le passage du cortège royal. Trois gribanes de fort tonnage, arrivées la semaine précédente«de Saint-Valéry, de Paris et de Condé-sur-l’Escaut, franchissent à un moment donné l’écluse, attestant par leur réunion à Amiens, que la jonction

1. Henri Macqueron. Bibliographie du département de la Somme. Nos 2131 à 2147, 2167 à 2193.

du canal de la Somme avec Paris par le canal de Grozai et l’Oise, et avec l’Escaut par le canal de Saint-Quentin, est un fait accompli.

La Ville avait organisé, dans la grande galerie de la bibliothèque récemment construite, une exposition des produits de l’industrie du département. Charles X la visita. Il sut trouver le mot heureux pour féliciter et encourager la manufacture amiénoise b

Sa Majesté assista, le soir, au bal donné en son honneur par la municipalité. L’argent fut prodigué pour cette fête. Les parures et les bijoux sortirent de leurs écrins. On s’amusa, mais les partis n’avaient pas désarmé.

S’adressant au Roi, au nom des membres du Tribunal de première instance 2, M. le président Caumartin,‘que sa haute valeur personnelle et sa situation mettaient très en vue, s’était exprimé ainsi, au cours des réceptions officielles :

« Nous serons heureux, Sire, si les marques très franches de dévouement, que vous pouvez aujourd’hui apprécier par vous-même, ramènent votre âme à cette confiance, à cet abandon, qui, à votre avènement, combla tous nos vœux et qui semblait porter votre cœur à de si douces jouissances. »

Ces paroles fournirent le thème de vives discussions. Quelques-uns reprochèrent au magistrat, doublé de l’homme politique, d’avoir formulé une critique qui visait les dispositions personnelles du Roi, à l’occasion d’actes dont la Constitution rendait les ministres seuls responsables. D’autres, et ce fut le plus grand nombre, félicitèrent le président Caumartin d’avoir témoigné une courageuse indépendance en face du souverain.

L’opposition accusait alors M. de Villèle de compromettre les garanties octroyées par la Charte à tous les citoyens.

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