Ephémérides picardes , 17 or40hre 1Ç
LOUIS-PHILIPPE
le sceau de l’État et partout où l’on pourrait les enlever. Ainsi disparurent-elles des dossiers des stalles et du vitrail garnissant la fenêtre de Pextrémité du chevet de la Cathédrale. La crête en plomb qui couronne le faîte de la toiture du monument fut également mutilée parce que les fleurons ressemblaient de loin aux emblèmes proscrits L
La Sentinelle picarde exulte à la pensée que désormais le timbre « aux armes avilies de l’ex-roi » ne figurera plus sur les journaux 1 2.
Par un excès de flatterie à l’égard de Louis-Philippe et malgré l’avis contraire du maire, le conseil municipal ne devait-il point en arriver à décider que la ville n’aurait plus d’armoiries, « sa devise et les fleurs de lis de son blason étant incompatibles avec le trône et les institutions de juillet » 3.
Cette prétention de tout détruire et de tout remplacer apparut d’abord en matière religieuse. Le catholicisme était devenu solidaire du parti royaliste, à cause de la situation prépondérante qui lui était attribuée sous le gouvernement de la Restauration. A la réception des autorités par la duchesse de Berry, lors de son passage à Abbeville, en 1825, le clergé s’était trouvé relégué au second plan, par suite d’une méprise. Boucher de Perthes, témoin de l’incident, remarque, non sans malice, « qu’on avait laissé à la porte le roi de la fête, puisque le clergé est aujourd’hui le roi des rois » 4.
1. Gilbert et Goze, tous deux contemporains des événements de 1830, disent positivement que la mutilation des fleurons de la crête eut lieu en 1831. Baron, qui vivait à l’époque de la Révolution, dit au contraire qu’elle se serait produite en 1793. Comment concilier les deux affirmations? Le Glaneur du 19 février 1831, parlant de la suppression des fleurs de lis à la Cathédrale, ne mentionne que les dossiers des stalles et le vitrail.