Ephémérides picardes , 26 mai
LOUIS-PHILIPPE
MM. Massey et le général de Rumigny, aide de camp du roi, avaient remplacé au mois d’octobre 1830, MM. le comte de Casteja et du Maisniel de Liercourt, députés démissionnaires. Avec les lois qui abaissaient le cens électoral et qui élargissaient les bases de la représentation nationale, la logique commandait que le pays fût appelé à voter dans les conditions où le plaçait le nouveau régime. L’ancienne opposition, devenue parti de gouvernement, se sentant plus libre et plus forte, s’empressa de mettre à profit les avantages qui lui étaient attribués. En conséquence la dissolution de la Chambre des députés, prononcée le 3 mai 1831, fut suivie d’élections au mois de juillet. •
La Sentinelle picarde classe les partis en présence en trois catégories :
Les patriotes , dévoués à Louis-Philippe, réclament l’exécution loyale de la Charte avec la jouissance des droits qu’elle comporte.
Les carlistes, qui aspirent à la monarchie du duc de Bordeaux.
Les hommes du juste milieu, qui, tout en se résignant à subir la révolution de 1830, entendent conserver les abus de la Restauration, dont ils seraient seuls à profiter.
Les patriotes triomphèrent, à Amiens, en la personne de M. Caumartin, élu sans concurrent, et aussi dans le collège que l’on appelait l’Amiens extra muros, en la personne de M. Massey, à qui le « juste milieu » opposait M. Boullet.
La France vivait, depuis trente ans, sous l’empire de la constitution de l’an VIII. Depuis trente ans, le pouvoir exécutif nommait et révoquait, à son gré, les conseillers municipaux, les conseillers d’arrondissement, les conseillers généraux. Il fallait, pour parvenir à ces fonctions, du
dévouement et surtout une obéissance passive. La loi du 21 mars 1831 restitua aux communes le droit d’élire les conseillers municipaux, qui durent être choisis sur la liste des électeurs et, pour les trois quarts, au moins, domiciliés dans la commune. La loi du 22 juin 1833 établit de même l’élection pour les membres du conseil général et du conseil d’arrondissement.
Le pouvoir royal se réservait la nomination du maire et des adjoints. Le conseil municipal se composa de trentesix membres dans les villes de l’importance d’Amiens.
La première épreuve solennelle d’un droit réclamé par les libéraux comme la plus nécessaire des libertés politiques, s’accomplit ici au milieu de l'indifférence. Point de professions de foi, point de circulaires électorales ni de discussion des titres des candidats. C’est à peine si la moitié des électeurs inscrits prirent part au scrutin. Les esprits sérieux s’étonnaient du « peu d’empressement que les citoyens mettaient à exercer leurs droits et à profiter d’une liberté au nom de laquelle une révolution venait de s’accomplir »L
Les Carlistes, que nous désignerons désormais sous le nom de légitimistes, s’étaient abstenus. Pour être la minorité vaincue, ils n’en constituaient pas moins une fraction importante de l’élite amiénoise. Revenus de la stupeur du premier moment, ils songeaient à préparer la revanche et créèrent la Gazette de Picardie, dont la rédaction fut confiée à Eugène Yvert, ancien secrétaire de la Société royale des bonnes lettres1 2, écrivain dans la plénitude du talent, formé à l’école de Chateaubriand. Le premier numéro de la feuille légitimiste parut le 29 septembre 1831, jour anniversaire de la