Ibidem. Délib. du 1er jour complétais an IX
« Le prix excessif du bled et le défaut de travail ne permettent pas de consacrer la solennité du 1er vendémiaire par des dépenses qui contrasteraient avec la misère publique. »
citoyen Bonaparte, l’homme étonnant, le sauveur de la liberté » ; associant ensuite « aux noms des Desaix, des Joubert, des Hoche, des Dugommier, des Marceau, les noms pris dans tous les rangs et dans toutes les armes », il célébra « ceux moins connus, mais non moins chers à la Patrie, des Amiénois tombés au champ d’honneur ». 1
La fête du 1er vendémiaire emprunta un éclat particulier à la présence du corps d’armée du général Joachim Murat, qui campait, depuis quelques semaines, aux portes de la ville. Les brigades du général Sarrazin et du général Broussier exécutèrent, ce jour-là, dans les plaines de Dury, un simulacre de combat auquel les populations assistèrent en foule2.
Le sentiment royaliste était très vivace à Amiens et sur certains points du département. « Nous aurions une Vendée en Picardie, si le tempérament des habitants de ce pays était entreprenant ; tous les autres éléments de la révolte s’y rencontrent, mais le Picard manque d’initiative et d’audace. » L’aveu est du maréchal Jourdan 3.
Les illusions de ceux qui s’obstinaient à voir un Monck dans Bonaparte, et qui voulaient croire qu’il rétablirait
d. Arch. de la Somme. Z. Fêtes et cérémonies publiques. État de la dépense faite, en vertu des ordres du préfet de la Somme, pour la pose de la première pierre de la colonne départementale, sur la place de la Concorde de la ville d’Amiens, le jour de la fête du 25 messidor an VIII. — Discours prononcé par le préfet de la Somme, à l’anniversaire du 14 juillet, en posant la première pierre sur la place de la Concorde, à Amiens. De l’impr. de Patin et Cie.
2. Arch. mun. H2 an VIII. — La Décade, 10 et 20 vendémiaire an IX. Le Camp sous Amiens. Le camp placé « entre la Bailly et la Montagne Jarrette y depuis les dernières maisons du Petit -Saint -Jean jusqu’au chemin de Saleux, dura du 15 août au 12 octobre 1800. Le chef d’étatmajor de Murat était le général Berthier.
3. Arch. de la Somme. Correspondance ministérielle, an VIII -1815. Lettre du maréchal Jourdan, de vendémiaire an VIII.
LE CONSULAT
Louis XVIII sur le trône de ses pères, ne lurent pas de longue durée. Quinette recommande à ses agents de traquer les émigrés : « Transmettez-moi tous les indices qui pourraient faire soupçonner la présence de l’un d’eux dans le département... Je vous déclare, au nom du gouvernement, qu’il ne livrera pas davantage les acquéreurs de biens nationaux aux émigrés, qu’il n’entend livrer la France, elle-même, aux Bourbons. 1 »
Aux yeux du préfet de la Somme, un émigré ne mérite pas plus d’égards qu’un voleur de grand chemin ou un assassin 2. Le citoyen Alexandre Morgan -Béthune, jeune avocat de beaucoup de talent, ayant été accusé de correspondances royalistes, réputées criminelles, avec le citoyen Alphonse Vaysse de Bainneville 3, cet agent très zélé et très dévoué de la cause monarchique, allié à une famille dont plusieurs membres avaient péri sur l’échafaud révolutionnaire d’Arras, fut arrêté à son domicile de la rue Saint- Denis, et réussit à s’évader de la prison. Aussitôt Quinette et sa police redoublèrent de rigueur. Des patrouilles
4. Arch. mun. I2 an VIII. Émigrés. Le préfet de la Somme à ses concitoyens, aux maires et adjoints des communes, aux sous-préfets. 28 thermidor an VIII (16 août 1800).
Ibidem. Ordre d’arrêter « les nommés Dhoudant et Darcy, ex-gardes du corps en garnison à Amiens, d’Olonne, officier d’infanterie, Deville, Demonchy et d’autres qui, avant le 18 fructidor, se vantaient d’avoir servi à l’armée de Condé, et qui parcourent le département... »
2. Ibidem. I2 an VIII. 6 septembre 1800. Le préfet au maire. « L’indifférence dans la surveillance des passeports donne lieu à de graves inconvénients pour la circulation des émigrés, des assassins, des voleurs... »
3. Ibidem. D2 Corresp. an VlI-an VIII, p. 169 v°. 15 floréal an VIII (5 mai 4800). Le maire au préfet. « Nous vous adressons procès-verbal des mesures générales et particulières prises en exécution de vos trois lettres de ce même jour concernant la personne du citoyen Morgan- Béthune, accusé de conspiration... »
circulaient, le jour et la nuit, sur le rempart ; les portes étaient gardées militairement. En dehors du complot royaliste imputé à Morgan -Béthune, aucune action sérieuse contre les Consuls ne fut découverte ; mais la police, toujours sur le qui-vive, alla jusqu’à interdire la représentation de la tragédie d'Athalie , sur la scène du théâtre municipal, dans la crainte de manifestations hostiles L
Quinette reconnaît toutefois que la conduite des émigrés placés en surveillance 1 2 est très circonspecte : « Ils goûtent un repos qu’ils n’ont pas trouvé depuis longtemps et s’occupent à rassembler les débris de leur fortune. » Les prêtres rentrés sont moins paisibles : « Ils forment une corporation par l’uniformité de leurs principes et cherchent à mettre leurs partisans en opposition avec un gouvernement qu’ils ne considèrent pas comme légitime. 3 » Tandis que la police se livrait à ces minutieuses investigations, un événement de la plus haute gravité mit en péril la vie de Bonaparte et l’existence même du gouvernement. Le 3 nivôse an IX (24 décembre 1800), le Premier Consul devait assister à la première audition de la Création , d’Haydn. Sa voiture traversait la rue Saint-Nicaise, lorsqu’une épouvantable explosion se produisit. Plusieurs
1. Arck. mun. D2 Corresp. an VH-an VIII, p. 165 v°. 15 floréal an VIII (5 mai 1800). Le maire à la Société dramatique. « Vous ne jouerez pas Athcilie jusqu’à nouvel ordre. »