Ibidem. I2 an VIII. Individus en surveillance
État des citoyens mis sous la surveillance du maire pour la troisième décade de fructidor an VIII :
Lozé, rue Pavé; Duplessis, rue Porte-Paris; Boucher, rue Saint-Leu; Joiron, rue Porte-Paris; Rune, rue Porte-Paris; Gorreur, place Saint- Firmin ; Gréquy, place Saint-Remy; du Passage; J.-Bte Dumolin, rue des Sergents ; Senez-Delahaye, rue des Huchers ; Bridelle, ex-prêtre débarqué à Calais.
3. Arch. nat. FIC III. Somme. 7. Ministère de la police générale. État de situation. Mois de germinal an X (avril 1802).
LM CONSULAT
maisons s’écroulèrent et nombre de personnes furent tuées ou blessées par les projectiles. Aussitôt, dans la France entière, l’émotion résultant de cet attentat se traduisit par de chaleureuses adresses. Voici celle envoyée par les maire et adjoints de la ville d’Amiens :
« Citoyen Premier Consul, la France vous doit la liberté intérieure, la gloire au dehors, l’espérance et la paix ; vous l’aviez déjà délivrée des troubles, des horreurs, de l’opprobre, dont une faction impie et sanguinaire l’avait couverte. Elle respire encore, cette faction odieuse, ennemie de tout gouvernement et de tout ordre social. Elle vient de le prouver par la machine infernale tentée contre votre personne et contre tous les vrais Français. Le souverain arbitre des destinées des nations a fait avorter cet exécrable projet. Il n’est pas un seul bon citoyen, quelles que soient ses opinions politiques ou religieuses, qui n’en rende de sincères actions de grâces et qui ne voie avec reconnaissance, dans cette protection éclatante de l’Être suprême, qu’il vous a conservé pour réaliser les pensées profondes et sublimes qui reposent dans le fond de votre âme noble et juste, et qui assureront notre bonheur d’une manière durable1. »
L’attentat de la rue.Saint-Nicaise détermina un redoublement de précautions 2 et la tranquillité ne fut pas troublée
1. La Décade du département de la Somme. 10 nivôse an IX. Thierry, membre du corps législatif, chargé de faire parvenir cette adresse à Bonaparte, écrit, le 14 nivôse : « qu’il l’a reçue avec sensibilité. Il a manifesté ses sentiments de bienveillance pour nos concitoyens ».
La Décade du département de la Somme a succédé aux Affiches. Commencée le 10 pluviôse an VII, cette feuille, qui paraissait le nonidi de chaque décade, fut d’abord imprimée par Patin et signée par Démanché. Depuis le 10 thermidor an IX, elle fut imprimée et signée par Maisnel fils.
2. Arch. mun. D 2. Corresp. 1800-1802 p. 71. 24 nivôse an IX. Le maire au commandant de la garde nationale.
à Amiens. Les rapports quotidiens de la police le constatent L Quelques semaines plus tard, le traité de Lunéville réconciliait la France et l’Autriche. Notre ville célébra, par un banquet civique à la préfecture et une représentation de gala au théâtre, cette paix qui ne devait d’ailleurs amener qu’une joie trompeuse et de fausses espérances1 2.
La France qui, peu à peu, recouvrait la tranquillité publique, la sécurité des personnes et des propriétés, aspirait au rétablissement de l’Église dans sa liberté et dans ses droits. Bien que l’impiété étouffât, depuis longtemps, leurs légitimes réclamations, les catholiques constituaient en réalité le peuple. A Amiens, ils étaient 39,850. Il n’y avait que 150 protestants et 6 juifs3. Après la paix de Lunéville qui reculait nos frontières jusqu’au Rhin, Bonaparte entendit conclure une autre paix : celle qui rendrait enfin au pays toute sa force en assurant le repos des consciences et l'union dans les familles, la paix religieuse ! Il entama des négociations avec le Saint-Siège.
L’ancienne monarchie avait vu se développer, dans la ville, un clergé séculier et un clergé régulier possesseurs de biens considérables et exerçant une influence prépondérante, résultat de la mission d’assistance publique et d’éducation qui appartenait alors à l’Église. La Révolution s’était montrée injuste, spoliatrice, souvent cruelle, envers
1. Arch. mun. D2 Corresp. 1800-1802 pp. 71 v° et suiv. Rapports au préfet entre le 24 nivôse et le 22 pluviôse, an VIII. « Les rapports des commissaires de police transmis hier ne dénotent rien d’alarmant. »
2. Arch. nat. FIC III. Somme 10. Ancienne cote n° 9. 30 pluviôse an IX. Lettre du préfet au ministre de l’intérieur.
3. Arch. mun. D2 Corresp. 1808-1809, p. 19. 30 avril 1808. Le maire d’Amiens au préfet. État des juifs domiciliés à Amiens. — Rivoire. Annuaire du département de la Somme. 1806, p. 84.
LE CONSULAT
la religion catholique, ses prêtres, ses religieux et ses religieuses. Elle avait confisqué, vendu, démoli ou affecté à des usages profanes, vingt-trois couvents, un collège ecclésiastique, un séminaire, un palais épiscopal et sept églises paroissiales, sur les quinze que la piété des siècles avait élevées dans la ville et dans les faubourgs1. Le Directoire
1. État des églises et couvents, biens nationaux, en l’an IX.
Églises paroissiales désaffectées.
Vendues. — Saint-Remy, convertie en magasin. Saint-Firmin-le-Confesseur, démolie. Saint-Martin, démolie. Saint-Sulpice, convertie en magasin.
Encore en possession du gouvernement. — Saint-Firmin en Castillon a servi pour fabriquer le salpêtre. Saint-Firmin à la Porte, magasin à fourrage. Saint-Michel, magasin à fourrage.
Couvents d’hommes.
Vendus. — Saint-Acheul. Les Augustins, manufacture de draps. Les Dominicains, démoli. Les Cordeliers, maisons particulières, l’église réservée, Les Minimes, tannerie. Les Capucins, manufacture. Les Prêtres de l’Oratoire, sert de paroisse. Les Carmes, maisons particulières.
Encore en possession du gouvernement. — Saint-Jean des Prémontrés, école centrale. Les Célestins, ancienne abbaye de Saint -Martin- aux - Jumeaux, palais de justice. Les Feuillants, conseil de préfecture. Le Séminaire, hôpital militaire. Le Collège des Capets, caserne de gendarmerie. Les Frères des Écoles Chrétiennes, maison de détention.
Couvents de femmes.
Vendus. — Les Sœurs -Grises, manufacture. Les Saintes -Claires, manufacture. Religieuses de Saint-Julien, magasins. Les Carmélites, maisons particulières. Les Religieuses de la Visitation, maisons particulières ; église, poste aux chevaux. Le Paraclet, maisons particulières. La Providence, maisons particulières. Le Bon Pasteur, manufacture.
Encore en possession du gouvernement. — Les Ursulines, hôpital militaire. Les Moreaucourt, manutention.
Églises paroissiales conservées.
Dans la ville. — Église Cathédrale. Saint-Jacques. Saint-Leu, Saint- Germain. Chapelle des Cordeliers, devenue église paroissiale Saint- Remy (1795).
Dans les faubourgs. — Saint-Honoré. Saint-Pierre. Saint-Maurice. Saint-Acheul, devenue église de la Neuville et de Boutillerie.
interrompit, il est vrai, la persécution sanglante, mais un régime variable inclinant, tantôt à l’indifférence (1795- 1797), tantôt à la rigueur (1797-1799), maintenait les catholiques dans une situation pénible l.
En remplaçant le serment à la Constitution civile du clergé, qui outrageait la conscience, par une simple promesse de soumission à la Constitution républicaine, le Consulat fit sortir de la retraite où ils se tenaient cachés, ou rentrer en France, un grand nombre de prêtres réfractaires, qui purent librement exercer leur ministère, en se soumettant à la loi.
L’évêque d’Amiens, Mgr de Machault, qui, du fond de l’exil, n’a jamais cessé de diriger les prêtres demeurés fidèles à l’orthodoxie, leur envoie des instructions conformes aux vues du gouvernement. Il estimait que les exigences nouvelles n’étaient préjudiciables ni à la discipline ecclésiastique, ni à la foi 2. La plupart se soumettent. Il en est cependant qui ne veulent, à aucun prix, pactiser avec la Révolution ; qui, rentrés clandestinement, vivent plus clandestinement encore, car la police les recherche, les emprisonne, puis les bannit 3. Les prêtres en communauté d’idées avec Mgr de Machault occupent l’église Saint- Jacques, l’église Saint-Germain, la chapelle du ci-devant Oratoire, sous la dénomination du petit Saint-Michel, la chapelle de l’Hôtel-Dieu, sous le nom du petit Saint- Leu4.
1. Arch. nat. FIC III. Somme. 9. n° 2. Corresp. Le commissaire du Directoire au ministre de l’intérieur. 5 vendémiaire an VIII. « Les prêtres réfractaires qui pullulent dans ce département y font le plus grand mal. J’en ai fait saisir et enfermer cinq. »