Livre au navigateur une route facile
Ton port s’est élargi ; sur ses quais spacieux Il reçoit les présents qu’à ta riche industrie L’océan tributaire incessamment charrie ;
Qui, versés dans ton sein, iront de toutes parts Nourrir, en circulant, le commerce et les arts.
Le commerce et les arts !... Ces mots sont ton histoire, Amiens, en les traçant, j’ai raconté ta gloire.
Voyez-vous sur les bords de ces nombreux canaux D’un peuple industrieux fermenter les travaux ? Dans ces mille ateliers d’où jaillit l’abondance, Temples qu’à la fortune élève l’espérance, Voyez-vous, dès l’aurore, accourir empressés Ces essaims d’ouvriers, réunis, dispersés,
Qui viennent, en chantant, diligentes abeilles,
De l’art qui les nourrit préparer les merveilles ? L’un vient filer la laine ou le coton léger ;
En tissu précieux, l’autre va les changer ;
Ailleurs, le tissu même emprunte à la teinture De ses feintes couleurs l’agréable imposture ;
Le lustre des apprêts le relève à nos yeux;
La presse les varie en dessins gracieux.
Un magique pouvoir, au sein de nos usines,
Agite ces métiers, anime ces machines,
Qui, de cent bras unis remplaçant le concours, Des travaux languissants précipite le cours.
LOUIS-PHILIPPE
Tandis que, rassemblant des images si chères, Amiens, je souriais à tes destins prospères,
D’un prochain avenir le tableau glorieux Ainsi qu’en un miroir se peignit à mes yeux...
A ces récents progrès, dont ta cité s’honore,
Des progrès plus récents venaient s’unir encore !
Lancés par la vapeur, mille chars sans coursiers, Dans leurs sillons de fer agiles prisonniers, Glissaient comme les vents, et d’Amiens à Lutèce Effaçaient la distance à force de vitesse ! ! !