Journal de la Somme, 17 mars
LOUIS- PHILIPPE
voyageurs allant d’Amiens vers Lille à venir attendre à cette bifurcation les trains qu’elle aiguillait directement de Paris vers le Nord. La Chambre de Commerce et le Conseil municipal d’Amiens s’élevèrent contre celte prétention de la Compagnie, qui changeait à sa fantaisie les stipulations précises de la loi du 11 juin 1842. Celle-ci déterminait le tracé de la ligne de Paris à Lille et Valenciennes par Amiens , Arras et Douai. L’attitude impérieuse des représéntants de la Compagnie rendit toutes les démarches inutiles : « La loi n’est pas violée, disaient-ils, dès que le service d’Amiens est assuré sur tous les points du parcours de la ligne l. » Les journaux de l’époque constatent l’engouement immédiat de la population pour le nouveau mode de voyager 2 et l’attraction irrésistible des trains-promenade mis en circulation le dimanche, avec des prix très réduits, surtout quand l’achèvement de la ligne de Boulogne (avril 1848) procura aux Amiénois le plaisir d’une excursion à la mer pour la modique somme de cinq francs. Les facilités de la locomotion convertirent bientôt en touristes une foule de gens qui n’auraient jamais vu d’autres horizons que les marais de Longueau ou les hauteurs de Saint-Fuscien.
1. Compte rendu des travaux de la Chambre de Commerce d’Amiens, pendant l’anne'e 1849, séance du 22 juin 1849. — Arc/i. mun. Délib. du 29 août 1849.
2. Itinéraire du chemin de fer d'Amiens à Abbeville, illustré de quarante monuments , par Duthoit. Amiens, Alfred Caron, éditeur, rue des Trois-Cailloux. — Voyage en chemin de fer de Paris à Boulogne et à la frontière du Nord. Amiens, Lenoël-Hérouart, rue Royale, 1847. — Cf. Vues prises sur le parcours du chemin de fer de Paris à Amiens, dessinées et lithographiées par Ch. llugot.
Dès 1827, et à la suite d’une exposition de tableaux organisée dans un but charitable b on avait songé à former une Société des Amis des Arts et de l’Industrie du département de la Somme , à l’instar de celles qui existaient dans certaines villes 1 2. On ajoutait alors une section des arts libéraux à l’exposition régionale des produits de l'industrie. Alors aussi, M. Daveluy présidait à l’inauguration d’un musée ouvert au public dans la grande salle de la Malmaison 3, mais le réveil artistique date surtout de l’administration de M. Lemerchier qui s’étudia à développer le sentiment du beau dans la cité, que le souci du négoce semblait uniquement absorber. Il était temps qu’Amiens « reprît dans les arts la place que ses ressources et son industrie lui assignaient4 ».
Le comte de Betz 5 fut le promoteur de la renaissance. Les voyages, la fréquentation des ateliers en renom de la capitale avaient élargi les vues et épuré le goût de cet homme d’initiative, ami passionné des beaux-arts, que son mariage avec Mlle de Clermont-Tonnerre venait de fixer en Picardie et dont M. Albert Dauphin devait dire un jour qu’il a été le véritable Mécène de sa patrie d’adoption. Entrant
1. Catalogue des tableaux exposés par les artistes et amateurs de la ville d’Amiens , au profit de la caisse des travaux de charité. Amiens, R. Machart, 1827.