‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 100 sur 108 · CHAPITRE VINGT-CINUUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINUUIÈME

se changer en une violente et terrible colère. Les articles communiqués par Marnix furent adoptés à l'unanimité.

Ce résultat fut aussitôt annoncé au peuple, qui le salua d'une immense clameur d'allégresse : c'était la fin d'un état de choses devenu insupportable à tout le monde.

Le 17 août, Marnix et ses collègues signèrent le traité qui replaçait Anvers sous l'autorité de Philippe IL

Une tentative très-sérieuse avait été faite dans les derniei^s moments pour sauver la ville. Le 2 août précédent, les députés des Provinces- Unies envoyés en Angleterre pour offrir la souveraineté des Pays-Bas à la reine Elisabeth, avait conclu un traité spécial, qui stipulait l'envoi de quatre mille piétons au secours d'Anvers. Marnix reçut une lettre, datée du 12, par laquelle Maurice de Nassau et le Conseil d'État des Provinces-Unies informaient ceux d'Anvers que, sous douze jours, on viendrait à leur aide; que les préparatifs se faisaient à cet effet.

Tout cela venait trop tard. Si les Confédérés hollandais avaient eu l'intention sérieuse de conserver Anvers, ils auraient dû agir depuis plus de six mois. Leur flotte aurait dû et aurait pu empêcher le barrage de l'Escaut. Pourquoi avoir attendu, pour faire cette promesse, qu'Anvers fût réduite à une telle extrémité qu'on ne pouvait plus même en attendre l'exécution ? Quant au secours de l'Angleterre, il avait été promis dès le temps du duc d'Anjou. Elisabeth n'était d'ailleurs pas pressée : le comte de Leicester, envoyé par elle, ne débarqua à Flessingue que quatre mois après la capitulation d'Anvers.

Marnix répondit simplement qu'il n'était plus temps; que l'accord avec le prince de Parme était signé. Cet acte, le plus important, sans contredit, de l'histoire de notre cité, contenait vingt-huit articles, dont les principaux stipulaient : Qu'une amnistie générale et sans réserve était accordée aux habitants, quelques délits qu'ils eussent commis contre le Roi dans les révolutions passées; que le culte catholique serait seul publiquement professé; que les non-catholiques pourraient demeurer à Anvers pendant quatre ans, sans être gênés dans leur

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religion, pourvu qu'il n'en résultât aucun scandale pour le culte catholique ; qu'après les quatre ans écoulés, ceux qui refuseraient d'embrasser le Catholicisme, auraient la liberté de quitter Anvers avec tout ce qui leur appartenait, et d'aller s'établir où bon leur semblerait, hors des états de Sa Majesté Catholique; que la ville recevrait une garnison de deux mille fantassins et de deux cornettes de chevaux, et que la citadelle serait rétablie, avec promesse toutefois que, si ceux de Hollande et de Zélande venaient à se réconcilier aussi, Anvers serait affranchie de sa citadelle et de sa garnison; que tous les anciens privilèges lui seraient rendus, et que tous les accords et traités conclus avec le S*-Empire et d'autres princes, sur l'article du commerce, seraient observés et suivis. La garnison anversoise sortirait de la ville avec ses armes et ses drapeaux, l'infanterie pour être conduite à Lillo, la cavalerie à Bergen-op-Zoom. Quant à Marnix, Farnèse se contenta de sa parole d'honneur de ne pas porter les armes, durant un an, contre le roi d'Espagne.

C'étaient là, on ne peut le nier, des conditions honorables et faites pour amener, dans un avenir prochain, la réconciliation complète des vainqueurs et des vaincus. Elle honore autant la modération du prince de Parme que le courage de Mainix. Quant aux Anversois, après le regret donné à leurs espérances, ou plutôt à leurs illusions perdues, ils étaient fatigués de la lutte et ils ne pouvaient sortir d'une manière plus heureuse de l'impasse où ils s'étaient fourvoyés.

Le 27 août, le prince de Parme fit son entrée triomphante à Anvers, accompagné des principaux seigneurs du pays, du duc d'Aerschot, du prince de Chimay, des comtes d'Egmonl cl d'Aremberg. Il était à cheval, revêtu d'une armure magnifique, sur laquelle brillaient les insignes de l'ordre de la Toison d'Or que le Roi venait de lui envoyer. La joie qu'il éprouvait en entrant dans cette ville dont la conquête mettait le comble à sa réputation militaire, donnait à sa noble physionomie une expression de bienveillance qui écartait toute crainte. La personne du prince de Parme était réellement sympathique. Il avait montré dans

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k cours tlo coUc Ionique campngno, à côté des plus l)rill;uitcs (|ualii(s ji,»errières, tant ilc ^éiiérosilc et de modération, que sa bonne renommée l'avait, devancé et disi)osé tous les esprits en sa laveur. Aussi ( reçut-il, de la part de la population anversoise, un accueil véritablement enthousiaste, et cet enthousiasme était sincère. 11 s'y mêla sans doute beaucoup de ces acclamations banales et de ces démonstrations oflicielles que peuple et magistrat prodiguent à toute Joyeuse-Entrée; mais la population tout entière se réjouissait d'avoir échappé à ces deux maux terribles : la faim, qu'elle avait sentie de près, le sac et les massacres qu'elle avait redoutés. Les Catholiques se réjouissaient de voir rétablir leur culte antique et cesser la longue oppression qui pesait sur eux. Les négociants, tous ceux dont l'existence se rattachait à la prospérité du commerce (et ce nombre était immense à Anvers) se réjouissaient de voir l'ordre et la paix succéder à cette période de troubles qui, depuis trente ans, avait porté des coups si funestes à la fortune publique. Ce sentiment était si universel qu'il donnait même un adoucissement à la consternation des Protestants.

Quand le lieutenant du roi d'Espagne approcha de la jmrte de l'Empereur, une belle jeune lille, vêtue de blanc et de rouge aux couleurs d'Anvers et portant sur la tête la couronne du Marquisat, lui présenta sur un plat d'argent la clef d'or de la ville. Farnèse fit, à cette gracieuse personnification de la Cité, un signe de tête aimable, prit la clef et, au lieu de la rendre au Bourgmestre, comme c'était l'usage, il la suspendit à son collier de la Toison d'Or.

Philippe II apprit au milieu de la nuit la nouvelle de la reddition d'Anvers. Il sauta de son lit et courut, fou de joie, à la chambre de sa fille, l'infiinte Isabelle, qu'il éveilla, en criant : « Ma fille, Anvers est à nous ! »

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