‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 99 sur 108 · CHAPITRE MNr.T-ClNOl IKMi · texte numérisé non relu

CHAPITRE MNr.T-ClNOl IKMi

lion. On désigna à col ellcL Marnix do S"-Aldogondo, los tk'liovinsJoan do Sclioonliovo ol André llosscls, ol (iuillaunio do Mérodo, soignoiir do Dutîel.

Les députés partirent d'Anvers le 9 juillet, vers tiois liouros do l'après-midi, et se dirigèrent vers le camp de Beveron. Ils avaient emporté avec eux leur souper, pour monti'er qne la disette no régnai! pas dans la ville. Le prince de Parme les accueillit avec beaucoup de courtoisie. Le lendemain matin il leur donna audience et les retint à dîner. Après le repas il eut avec Marnix seul une longue et impoilante entrevue, que le biograi)lie de S^*^-Aldegonde raconte ainsi :

«.... Farnèse avait désiré connaître plus particulièrement son illustre adversaire, ce Marnix qui, depuis 1566, exerçait une si grande inlluence sur les destinées des Pays-Bas. Leur conférence se prolongea pendant plus de trois heures. Ces deux hommes, également supérieurs, avaient conçu l'un pour l'autre une sorte de sympathie. L'ancien conseiller de Guillaume le Taciturne, tout en gardant fidèlement sa foi, se sentait attiré vers le général victorieux, qui, par sa modération encore plus que par ses exploits, avait déjà acquis dans les Pays-Bas une éclatante popularité.

» De son côté, Farnèse, témoin, dans les provinces wallonnes, de tant de prétentions ambitieuses et cupides, de tant de défaillances et de palinodies intéressées, ne pouvait s'empêcher d'estimer le vaillant gentilhomme qui avait tout sacrifié, repos et fortune, pour défendre la religion nouvelle. Chacun, à l'envi, y déploya toute son éloquence. Farnèse, véritablement inspiré ce jour là, montra un tact intini et une habileté extrême pour surmonter les préventions de l'ancien Confédéré et pour le fortifier dans les dispositions nouvelles que lui inspiraient les vicissitudes de la révolution depuis la mort du prince d'Orange, aussi bien que la redoutable responsabilité qu'il assumait, comme défenseur d'Anvers, devant ses comternporains et devant la postérité. 31arnix parla librement aussi à son glorieux adversaire, et réclama avec énergie los droits de la conscience. 11 lui déclara que, dans son

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Opinion, l'unique remède, pour mettre lin à tant de misères et de eal;tmités, était de prendre et Tune et l'autre religion sous la sauvetcarde et proleetion du Koi, jusqu'à ce que la querelle put être décidée par un concile libre et général. Si l'éloquence pénétrante de Farnèse avait fait impression sur Marnix, celui-ci, par sa haute raison, sut aussi émouvoir le grand capitaine. Le Prince répondit sans passion, et peutêtre laissa-t-il deviner que, si sa volonté pouvait prévaloir, on ne devait pas désespérer de voir cette longue et terrible guerre changer bientôt en une florissante paix. Mais quels que lussent les sentiments de Farnèse au sujet de la liberté de conscience, il était enchaîné par les instructions précises et les ordres formels de Philippe II. Le roi d'Espagne, toujours inébranlable dans cette politique qui avait causé déjà tant de maux, continuait de l'efuser la liberté religieuse et jusqu'à la tolérance aux adversaires du Catholicisme. Farnèse ne put donc donner que peu d'espoir à Marnix ; mais il laissa entendre, ce semble, qu'il ferait de nouveaux efl'orts près du Koi. Malgré la réserve gardée sur le poin! capital, Mariiix sortit de cette longue entrevue [)lein de considéi'ation pour les éminentes qualités d'Alexandre Farnèse, et réellement charmé, lui qui avait connu les temps horribles du duc d'Albe, par la douceur et les inclinations clémentes du (ils de Marguerite de Parme. (') »

D'autres entrevues eurent lieu entre Farnèse et les membres de la dépulation. Ceux-ci attendirent jusqu'au 12 juillet que le projet d'accord leur fût ofliciellement communiqué de la part du prince de S^arme. Ils retournèi'cnt le môme jour à Anvers, où ils furent reçus avec de grandes démonstrations de joie, car on espérait qu'ils apportaient la paix. Dès le lendemain Marnix communiqua le résultat des conférences de Beveren à ses collègues du magistrat d'abord, puis aux colonels, capitaines et doyens des confréries militaires. Le jour suivant, quoique ce fût un dimanche, il lit la même communication

(I) TiiKOi). Ji'STK, Vie (le Marui.r de S^''-Aldi'(joiuh', p. 100- 16"

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aii Lai'i;o Conseil, devant tous les roprcsenlauts do la Commune il lit réloi^e (le la loyauté el de riiumanilé du prince de Parme; mais toute son éloquence ne put atténuer l'impression laclieusc produite par la nouvelle que le lieutenant de Philippe II ne pouvait accorder la liberté de conscience. Il fut décidé que la résolution finale ne serait donnée que dans deux jours.

Pendant ce temps, Marnix employa tous ses efforts à persuader aux Anversois que la capitulation était devenue une nécessité devant laquelle il n'était plus possible de reculer. Il écrivit aussi à Uichardot qu'il était nécessaire d'augmenter les concessions. « Je puis vous assurer, lui dit-il en substance, que les restrictions en ce qui concerne la religion et les autres points ont rendu notre négociation extrêmement pénible... Le peuple prévoit la ruine et la désolation de cette cité par la privation de la liberté de religion et par l'introduction d'une garnison ou le rétablissement de la citadelle, deux points mortels à toute grande ville marchande. »

Le 19 juillet. Matines fut obligée de se rendre à discrétion. Farnèse, (idèle à ses antécédents, accorda aux habitants l'oubli du passé et se contenta d'y placer une garnison de deux cents Wallons.

Tandis qu'à Anvers les délibérations se prolongeaient, survint le seigneur Kaaluart, greflier du Conseil d'État, qui vint déclarer de la part des Provinces-Unies que : si l'on voulait donner l'assurance de maintenir encore la ville l'espace de trois mois, les Hollandais, de leur côté, prendraient l'engagement de la secourir par terre au bout de ce terme, avec sept mille chevaux et douze mille hommes de pied. Cette promesse était confirmée par Van der Molen et ses collègues, qui étaient de retour de la Zélande. Ces déclarations enlevèrent à Marnix ses dernières illusions. La conviction qu'il acquit qu'on attendrait en vain du secours de la Hollande et de la Zélande, fut enfin partagée par tous les membres de la Commune. Le 23 juillet, ils prirent à l'unanimité la résolution d'envoyer à Beveren des délégués pour entamer des négociations définitives.

Vingt-et-un négociateurs furent nommés. Ce lurent : Marnix d»; S^^-Aldegonde, bourgmestre; Guillaume de Mérode, seigneur de Duffel ; Jean de Schoonhove, chevalier ; André Hessels et Mathieu de Lannoy, échevins; Louis Meganc, Corneille Pruynen et Philippe de Lantmeter, anciens échevins; Adrien Bardoul, Chef-Homme; Jean de Weert et Gilles Sautyn, Quartiniers ; Henri Van Uftele, ancien Quartinier ; Arnould Baudewyns, doyen des drapiers; Guillaume van Schooten, ancien doyen des merciers; Jean Godyn, ancien colonel; Jean Rademaeker et Louis Malepart, colonels; Herman de Dadenbourg, doyen de la jeune Arbalète ; Henri Van Erp, doyen du vieux serment de l'Arc; Jean Garyn et Thierry Van Os, capitaines de la bourgeoisie.

Farnèse désigna pour examiner les propositions de la ville d'Anvers les présidents Richardot et Pamele, avec le conseiller Van der Burght.

De part et d'autre les conditions furent débattues avec ténacité. Anvers offrait de rentrer sous l'obéissance du roi d'Espagne, à la condition qu'on laisserait aux habitants la liberté de conscience; que la ville ne recevrait point de garnison ; que la citadelle ne serait point rebâtie et que tout le passé serait pardonné. Ce dernier point fut seul assuré sans réserve.

Sur les autres Farnèse ne voulait ni ne pouvait céder, et il rencontrait chez les Anversois une obstination qui l'étonnait et qui était bien faite pour lui donner le change sur la situation réelle de la ville assiégée. Enfin les députés revinrent à Anvers pour soumettre à la ratification de la Commune les dernières propositions des Espagnols.

Le 10 août, elles furent présentées au Ijarge Conseil. Tandis qu'on délibérait, un bruit sourd, semblable au murmure d'une mer agitée, grondait autour de l'Hôtel de Ville et parvint jusqu'aux oreilles de Marnix. Il ouvrit la fenêtre et montra aux Conseillers la Grand'Place et les rues avoisinantes couvertes d'une foule innombrable, d'où sortait continuellement le cri : « La paix ! la paix ! » L'attitude de la population ne marquait que la confiance et l'espoir ; mais chacun sentait que si la paix n'était pas conclue sur l'heure, ces sentiments allaient

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