‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 101 sur 108 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

(:(t\SI-OUi:N( KS 1)K LA HKhniTIOX n ANVRUS. — MOlii l»i: l'IlILII'l'!. II.

La chute d'Anvers avait rompu le lien qui avait rallaclié cetlc mIN* pendant quelques années à la confédération des Provinces-Unies; elle amena la séparation définitive de la Belgique et de la Hollande. Les Confédérés du Nord avaient commis une grande faute en ne la soutenant pas plus vigoureusement dans sa lutte; mais si, au point de vue stratégique, la possession d'Anvers leur importait pour couvrir leur frontière méridionale, peut-êtie les habiles politiques de ce pays pressentaient-ils dès lors que la décadence d'Anvers serait le point de dépari de la grandeur d'Amsterdam, de Middelbourg, de Rotterdam et de Dortrecht.

Cette séparation fut pour les provinces belges un immense malheur. La ruine du pays, suivie de deux siècles de misère et d'oppression, à côté de la Hollande libre, opulente et redoutée, se chargea de le démontrer. Mais ce malheur ne peut être imputé à crime à la dernière ville qui tint debout, d'un bras si ferme, an prix do tant de sacri-

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fices ei (le soullVances, le drapeau de rindépeiidance nationale. Anvers peut le dire avec orgueil devant le grand jury de rhistoire : il n'a pas dépendu d'elle que la Belgique, en ne séparant jamais sa cause de celle de la Hollande, ne tut devenue dès le XVI'' siècle une des premières puissances du monde.

Les États des Provinces-Unies lurent consternés de la cliute d'Anvers. Ils se livrèrent à de vaines récriminations qui ne servirent qu'à taire mieux ressortir l'étendue de leur imprévoyance.

La levée du blocus n'eut pas pour résultat immédiat de faire cesser la disette qui alUigeait la ville. Elle se prolongea quelque temps encore et le prince de Parme fut surpris de voir l'extrême dénûment où l'on était arrivé, sans qu'il s'en fût même douté. Jamais, disait-il, dans sa carrière militaire il n'avait été si habilement trompé, et il en fit loyalement son compliment à Marnix.

La restauration du Catholicisme et de l'autorité du roi d'Espagne s'accomplit sans violences, sans aucune de ces réactions brutales qui appellent à leur tour les vengeances de l'avenir. Frédéric Perenot, sire de Champaigny, neveu du célèbre cardinal de Granvelle, fut nommé Gouverneur. Le 8 octobre le magistrat fut renouvelé : il est presque inutile d'ajouter qu'il fut exclusivement composé de Catholiques et d'hommes connus pour leur attachement au gouvernement espagnol. Les nouveaux bourgmestres furent : Edouard van der Dilfl et Adrien Van Heylwegen. Henri Tseraerts, seigneur de Cauvvenstein, fut nommé ecoutèie.

Le nouveau collège s'empressa de décréter le rétablissement de toutes les cérémonies du culte catholique, la réouverture des églises, la célébration des dimanches et des fêtes, la sortie des processions aux jours fixés. Les croix, les images de la Vierge et des saints, abattues j)ar les iconophobes, furent partout replacées. L'exercice public du culte protestant lui interdit, mais les sectaires n'eurent à se [)laindre d'aucune persécution. Seulement, à ceux qui mouraient sans avoir abjuré l'hérésie, on assigna des lieux de sépulture particuliers.

r>(il lilSTOIliE DE LA VILLE D'ANVERS.

A la suite de Fanièsc, les Jésuites, les Dominicains et les autres ordres religieux bannis de la ville étaient rentrés. Leurs couvents, leurs biens séquestrés ou confisqués leur furent rendus ; on ne revint pas, toutefois, sur les aliénations de biens ecclésiastiques ot)érées par l'administration révolutionnaire, et nous ne voyons nulle part que les acquéreurs de ces biens aient été inquiétés. Mais plus lard les corpo- I ations lésées reçurent une ample indemnité.

Les Jésuites se distinguèrent par la conversion d'un t^Tand nombre de Protestants. Les circonstances tavorisaient leur zèle pieux. Parmi les Réformés, beaucoup avaient cédé h l'entraînement, à l'attrait de la nouveauté, à la contagion de l'exemple, plutôt qu'à une conviction sincère. Du temps de Marie de Hongrie et de Marguerite de Parme, les l>lacards féroces de Cliarles-Quint, la terreur inspirée |)ar l'inquisition d'Espagne, avaient rendu le Catholicisme odieux en le rendant solidaire (\() la tyrannie politique aux yeux d'un peuple idolâtre de sa liberté. Le Protestantisme alors semblait lui offrir l'unique asile où celte liberté pût se réfugier. Maintenant, les rôles étaient changés : à l'idée du Protestantisme se rattachait tout ce dont on était las : les troubles, la guerre civile, l'anarchie, une intolérance égale à celle qui avait servi de ])rétexte à la révolte, la stagnation du commerce, le blocus el la lamine. L'idée du Catholicisme au contraire apparaissait aux esprits désabusés comme un port de salut, comme le retour à l'ordre, à l'antique liberté communale, à la paix qui devait ramener la prospérité commerciale. La Réforme, avec les illusions politiques qu'elle avait engendrées, n'avait été, en définitive, pour les Anversois, qu'une source d'amères déceptions. Ainsi s'explique la réaction qui s'opéra en faveur de l'ancien culte. Joignez-y la force des souvenirs d'enfance et des traditions de famille si vivaces dans les cœurs et qui rattachaient tous les Belges à la religion catholique, et, motif plus puissant que tous les autres, la ruine de toute espérance pour ceux qui persistaient dans leur révolte contre Rome, et l'on comprendra, sans les blâmer, les nombreuses abjurations dont les Jésuites se firent principalouienl

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lioimoui'. Sans vouloir knir en conlesler le mérite, nous pensons (|ne la lassiuule des esprits l'ut au moins pour autant dans ces conversions que l'éloquence des bons pères.

Un des premiers soins des Jésuites fut d'obtenir du MaiJjistrat que la statue de Brabon, placée par Corneille de Vriendt sur le frontispice de l'Hôtel de Ville, comme le symbole légendaire de lu Cité, fût remplacée par une statue de la Vierge. Notre-Dame, disaient-ils, a toujours été la patronne d'Anvers; son image décorait la façade de l'ancien Hôtel de Ville et ce fut une pensée anti-religieuse qui la fit remplacer sur le nouveau par une image fabuleuse et payenne. Le Magistrat s'empressa d'accueillir cette requête; Brabon fut enlevé de sa niche et remplacé par la statue de la Vierge qui s'y voit encore. Elle fut placée en grande cérémonie le 28 février 4588.

Le 9 novembre 4585, huit ans après que la citadelle avait été démolie, on commença à la reconstruire. La ville en dut supporter les frais, qui s'élevèrent à la somme de 70,000 florins. On voulut aussi faire payer par la ville le rétablissement des digues, qui avaient été percées durant le siège; mais comme les polders demeurèrent encore inondés pendant plusieurs années, les sommes destinées à cet usage ne furent pas employées. Le commandement de la citadelle fut donné au colonel Mondragon.

Jusqu'à cette époque Anvers avait été privée du bonheur de posséder dans ses murs un couvent de Capucins, C'est à Farnèse que la ville fut redevable de ce nouvel ordre mendiant. A mesure que diminuait la fortune publique, le nombre des parasites augmentait. Cette progression fut suivie en Belgique pendant les deux cents ans qui séparent la révolution du XVF siècle de la grande révolution française. C'était dans l'ordre : où ces.se la liberté, s'installe l'hypocrisie; où cesse le travail productif, s'installent la fainéantise et la mendicité. Les Capucins prirent possession en 1586 d'un vaste local acheté pour eux près de la Porte Rouge.

Le siège épiscoi)al d'Anvers était demeuré vacant de|)uis la mort d(^

François Sonnius (29 juin 1576). On avait bien nommé son successeur, Liévin Van der Beken, dont le nom, selon la mode pédante de cette époque, avait été latinisé sous la forme de Livinus Torrentius; mais celui-ci ne prit possession de son siège qu'en 1587. Il fut solennellement mitre le 10 septembre de cette année.

Comme toutes les réactions, cette réaction catbolique dépassa son but. La Belgique devint plus catholique qu'elle ne l'avait jamais été. Elle contracta avec l'Espagne de Philippe II, après l'avoir combattue pendant trente ans, une alliance mystique qui ne tourna pas précisément à l'avantage de son développement intellectuel.

Revenons à Anvers. Malgré les nombreux changements de religion que nous avons signalés, beaucoup de Protestants quittèrent le pays plutôt que de renoncer à leurs croyances. D'autres, en bien plus grand nombre, émigrèrent parce que toute industrie et tout commerce étaient ruinés. Marnix retarda de quelque temps son départ, s'efforçant par son exemple de ramener la conliance dans les esprits. iMais biciilOt, en butte à la haine implacable des Catholiques et aux reproches injustes des Protestants, il quitta une ville au salut de laquelle il avait sacriOé sa fortune et son repos. Il partit, navré, accablé sous le poids de l'ingratitude et de la calomnie, et se retira à son château de West-Soutbourg, près de Middelbourg, où il s'occupa d'écrire les deux apologies, dont le caractère de sincérité ne peut être méconnu, et qui nous ont permis, après trois siècles d'oubli, de rendre à sa mémoire une éclatante justice.

Tous les historiens ont dit quel spectacle de désolation présentaient les provinces belges après cette longue période de troubles. La province d'Anvers avait souffert plus que toute autre. Des villages entiers étaient dépeuplés; dans les autres la population était décimée. Partout, ce qui restait d'habitants, était réduit à la plus affreuse pauvreté. Les terres demeuraient en friche; les animaux sauvages se multipliaient d'une manière effrayante : les grands bois qui s'étendaient alors entre Berchem et S^-Bernard étaient devenus le repaire des loups. La bonne

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