‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 11 sur 108 · COMMENCEMENTS DE LA VILLE. FORMATION DU MARQUISAT. MAISON · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE LA VILLE. FORMATION DU MARQUISAT. MAISON

d'aRDENNE. BURGGRAVES d'aNVERS. HERESIE DE TANCHELIN.

Pendant près de soixante ans qu'avait duré l'occupation d'Anvers par les Nordmans, il est permis de conjecturer que les institutions du vieux ganerbiat saxon avaient disparues. Mais l'esprit qui avait constitué son essence se retrouva parmi les nouveaux habitants qui vinrent repeupler le Bourg, ou se grouper à l'extérieur, au pied de ses solides murailles.

Toutefois ce ne fut que lentement qu'Anvers put se relever de ses ruines. Pendant tout le cours du X*" siècle son nom n'est pas mentionné; il ne reparaît qu'au moment de son érection en Marquisat du S*-Empire. On la considérait toujours comme le chef-lieu de la contrée désignée, depuis le temps des Mérovingiens, sous le nom de pays de Ryen, pagiis Ryensis. Ce pays était compris dans le royaume d'Austrasie et plus tard dans la Lotharingie, séparés de la Neustrie par le cours de l'Escaut. Quand Othon I renouvela l'Empire d'occident, qui n'était plus que l'Empire germanique, Anvers forma une Marche ou un Marquisat, limite N.-O. de l'Empire comme la Marche de Brandebourg en formait la limite N.-E.

Le marquisat d'Anvers était divisé en neuf cantons ou quartiers. D'après le recensement de 1455, le premier comprenait Anvers, Lierre, Herenthals et vingt villages; le deuxième, la franchise de Gheel, une des plus anciennes du Brabant, avec seize villages; le troisième, la mairie de Santhoven, qui avait ses coutumes particulières, avec dix-neuf villages; le quatrième, le pays d'Arkel ou d'Artselaer, avec onze villages; le cinquième, le pays de Ryen, avec quinze villages; le sixième, la franchise d'Hoogstraeten , avec dix-sept villages; le septième, la franchise de Turnhout avec la ville de Turnhout et douze villages; le huitième, la baronnie de Breda avec la ville de Breda et douze villages; la seigneurie de Bergen-op-Zoom, avec la ville de ce nom et treize villages, formait le neuvième et dernier quartier.

En 1008 le marquisat d'Anvers fut donné à Gothelon , comte d'Ardenne et de Bouillon, qui devint duc de Basse-Lotharingie ou de Lothier à la mort de son frère Godefroid-le-Pacifique. Depuis ce temps le titre de Marquis d'Anvers demeura uni à celui de duc de Lothier, et quand Godefroid VI, le héros immortel de la première croisade, mourut sans postérité sur le trône de Jérusalem, le Marquisat et le Duché passèrent d'abord aux mains de Frédéric, comte de Limbourg, puis à celles de Godefroidle-Barbu, comte de Louvain (1106).

Peu de faits particuliers ont signalé l'histoire d'Anvers pendant le cours du XP siècle. Les populations n'ont encore aucun rôle politique; elles s'effacent derrière la personnalité brillante de leurs ducs. Elles apparaissent confusément et dans l'ombre comme le fond obscur sur lequel se détachent quelques figures héroïques et chevaleresques. Il n'entre point dans notre plan de raconter les faits et gestes de tous les marquis d'Anvers. Ce serait faire l'histoire de la Lotharingie et quelquefois celle

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(In inoMilo. Nous iTavons pas besoin, (railleurs, de remplir, pai' (les faits ('(rangers à noire sujet, les lacunes que présente notre histoire locale : pour quelffues pages vides et décolor(''es , elle nous en oITrira bientôt en abondance où la seule fidélité du récit suflira poui' soutenir Tintérèt. Nous ne mentionnerons que les événements où Anvers se trouva mêlée d'une manière plus ou moins active,

Gothelon, premier marquis d'Anvers, que quelques historiens appellent Gothelon-le-Grand , avait réuni en i0o4 la haute et la basse Lotharingie. Il mourut en 1044, laissant la basse Lorraine à son fils aine Godefroid IV et la Lorraine Mosellane à son second fils Gothelon, surnommé Tlndolent. Godefroid, mécontent de ce partage, leva contre TEmpereur Henri 111 l'étendard de la révolte. Il tenta, mais inutilement, de réunir les deux Lorraines. L'Empereur, indigné, le dépouilla de la Lorraine inférieure, qu'il donna à Gothelon, et investit de la haute Lorraine le comte Albert d'Alsace. A la mort de Gothelon (1046) l'Empereur disposa encore de la basse Lorraine en faveur de Frédéric, fils du comte de Luxembourg. Godefroid essaya alors de ressaisir son héritage par la voie des armes. Il fit alliance avec Baudouin V, comte de Flandre, et Thierry IV, comte de Hollande, et déclara la guerre à l'Empereur. Il en résulta une longue suite d'hostilités, dont le Brabant, la Flandre, le Hainaut et l'Ardenne furent successivement le théâtre. Nous n'en mentionnerons qu'un épisode.

Au printemps de l'année 1047, Frédéric, pressé par Godefroid et le comte de Flandre, vint se renfermer dans le château d'Anvers. Godefroid et le comte l'y assiégèrent. Frédéric, par une défense vigoureuse, réussit à faire traîner le siège en longueur, ce qui permit aux seigneurs lorrains, restés fidèles à l'Empereur, de se rassembler pour venir au secours des assiégés. Le comte de Flandre et Godefroid abandonnèrent alors le siège d'Anvers;

mais ils continuèrent à se tenir en élat de guerre ouverte avec l'Empire.

On ne connaît pas les détails de ce siège, qui ne fut vraisemblablement qu'un blocus. Les assiégeants durent se contenter d'incendier les habitations d'ouvriers qui se trouvaient en dehors du Bourg, le long de la digue d'Eyendyk, et d'empêcher les ravitaillements, ce que le comte de Flandre, avec ses navires, pouvait faire aussi du côté du fleuve.

Peu de temps après, Henri III mourut, laissant, sous la tutelle de l'Impératrice et du pape Victor II, la couronne impériale à un enfant de six ans , qui régna sous le nom de Henri IV. Il était urgent de pacifier les grands vassaux de l'Empire. Un congrès fut convoqué à Cologne , et l'on y échangea des propositions d'arrangement. Baudouin fut confirmé dans la possession de la Flandre impériale, et Godefroid obtint la survivance du duché de Basse-Lorraine et du marquisat d'Anvers. Frédéric de Luxembourg mourut en 1065; le prince ardennais rentra alors en possession de l'héritage paternel, dont il jouit paisiblement jusqu'à sa mort (1070).

Son fils Godefroid V, surnommé le Bossu , lui succéda. C'était un prince d'un esprit distingué , dont les qualités morales compensaient la difformité physique. Il périt lâchement assassiné dans le château d'Anvers, en 1076. A tort ou à raison, la voix populaire accusa Robert-le-Frison , comte de Flandre , d'avoir armé le bras de l'assassin.

Il avait adopté et institué héritier de ses domaines, le jeune Godefroid, fils de sa sœur Ide et d'Eustache, comte de Boulogne et de Lens. Avait-ir pressenti les hautes destinées de cet enfant , auquel était réservé la gloire la plus éclatante et la plus pure de l'histoire du moyen-àge?

Cependant, le dernier Duc ne laissant point d'héritier direct ,

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la Lotharingie devait, trapi'ès la loi féodale , faire retour à IKinpire. Henri IV en investit son fils Conrad; mais, pour ne point s'aliéner un vassal aussi puissant, il eut égard à l'adoption de (iodefroid de Bouillon en lui donnant Tinvestiture du marquisat d'Anvers. C'est peut-être à cet acte de justice que l'Empereur, dans sa lutte contre Grégoire VII, dut la fidélité et le secours de la vaillante épée du futur roi de Jérusalem.

Lorsqu'en 1095 Henri IV, excommunié par le pape, vit se révolter contre lui son propre fils, il lui enleva le duché de Basse-Lotharingie pour le donner au duc de Bouillon, qui l'avait délivré d'un compétiteur à la bataille de Mulsen en enfonçant la lance de son drapeau dans la poitrine de Rodolphe de Souabe, el qui avait conduit les troupes impériales victorieuses jusque dans les murs de Rome. Ainsi le marquisat d'Anvers se trouva réuni de nouveau, pour n'en plus être séparé, au Duché de Basse-Lotharingie.

Nous voici arrivés à l'époque de la première croisade. Nous savons qu'un certain nombre d'Anversois suivirent la bannière de leur prince dans cette glorieuse expédition, mais l'histoire ne nous a pas conservé leur nom. On sait aussi que, lorsque la grande armée des Croisés arriva près des côtes de la Cilicie, elle y fut rejointe par des pirates qui, depuis huit ans, croisaient dans les mers d'Orient et s'étaient enrichis des dépouilles des infidèles. Ces pirates étaient des Flamands, des Frisons et des Anversois. Leur chef se nommait Guinemar et, par une singulière coïncidence, on l'appelait, du lieu de sa naissance, Guinemar de Bouillon. Ils abandonnèrent leurs navires pour suivre larmée chrétienne à la conquête du S'-Sépulcre.

Là se borne à peu près ce que l'histoire nous apprend du rôle joué par les Anversois dans les Croisades. Revenons à rhistoire de la ville.

Pour les princes de la maison d'Ardenne, le marquisat d Anvers n'avait été qu'une possession lointaine, dont le bénélice ne consistait qu'en un vain titre et quelques droits de Winaige ou de tonlieu. Il n'en l'ut pas de même pour les comtes de Louvain, dont les alleus et les fiels héréditaires étaient contigus au Marquisat. Aussi voit-on alors la population s'accroître rapidement. Au pied des glacis du Bourg il s'était formé peu-à-peu des groupes d'habitations, qui, dans le XU" siècle, avaient pi*is assez d'importance pour qu'on songeât à les entourer de murs. Des habitants de la campagne, ruinés et foulés par les hommes de guerre, y étaient venus chercher la protection du Château. C'était une villa, semblable à celles qui se formaient autour des abbayes fortifiées ou des manoirs féodaux. Relativement au Bourg elle formait ce que, dans le latin barbare du moyen-àge, on nommait bassam curtim, une bassecour, voor-burgt. Là logeaient les ouvi'iers et s'exerçaient les petits métiers qui n'avaient pu se caser dans l'enceinte resserrée de la forteresse. En général, avant l'institution des communes, la plupart des arts et métiers s'exerçaient en dehors des villes. Le capitulaire de Charlemagne, intitulé de villis, nomme spécialement, parmi les gens de métier attachés à la villa : les orfèvres, les maréchaux-ferrants, les tailleurs, les tourneurs, les charpentiers, les armuriers, les passementiers, les oiseleurs, les savonniers et les brasseurs. Et il ajoute : « et tous autres, trop nombreux à énumérer. »

On ne sait exactement en quelle année cette villa fut entourée la première fois de remparts. On sait seulement (juc ce fut sous le règne de Godefroid-le-Barbu (1106-1140). Il est probable que ce rempart n'était qu'un ouvrage de terre garni de palissades et entouré d'un fossé. La villa devient alors un oppidum. Toutefois ce n'est encore (jue Tembryon d'une

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ville; la iiouvello eiiceiiile ne forme loujours ([u'iiue cour basse, dont les habitauts sont soumis à la juridiction des éclievins du Bourg. Ceux-ci ne sont encore que des assesseurs choisis par le Châtelain parmi les bourgeois pour siéger avec lui en lit de justice.

Il est facile de suivre le tracé de cette première enceinte, ses fossés extérieurs ayant été convertis en canaux, lesquels existent encore en partie, quoique voûtés. Us donnent leur nom aux rues : Canal au beurre, Canal au sucre, Canal des Jésuites, Canal des Récollets et Canal aux charbons.

Le Bourg, cependant, demeurait la principale défense de la \ille. Les ducs de Brabant en avaient confié la garde, à titre de bénélice héréditaire, aux seigneurs de Diest, qui s'intitulaient Burggraves d'Anvers. Ces Éurggraves recevaient, en labsence du Duc, l'hommage des hommes de fief et le serment des bourgeois. Ils avaient sous leur autorité la prison du Steen. Mais là, à peu près, se bornait leur pouvoir, qui alla en s'aifaiblissant, jusqu'à ne plus former qu'un vain titre, à mesure que s'accrut l'importance de la commune.

Le premier seigneur de Diest qu'on trouve investi du titre de Burggrave d'Anvers, est Arnold, qui vivait en l'an Î268. Sa descendance masculine s'éteignit en lio^ dans la personne de Jean, baron de Diest, burggrave d'Anvers^ seigneur de Sichem, Zelem et Hollede. Sa fille Jeanne porla ces dignités dans la maison d'Orange-JNassau par son mariage avec Jean, comte de Xassau Saarbruck. Après avoir subi divei's échanges, le burggraviat d'Anvers échut, par voie d'achat, à Guillaume, duc de Juliers, cpii l'échangea en 1490 avec Engelbeit de Nassau , seigneur de Breda et de la Leck , dont les descendants, aujourd'hui rois de Hollande, porleni encore painii leurs titres celui de Burggraves d Anvers.

Ces Burggraves avaient sous leur suzeraineté un certain nombre de fiefs, tant à Tintérieur qu'au dehors de la ville.

Ainsi Ton trouve qu'au XIV^ siècle, un patricien, du nom de Jean Draek, relevait la maison qu'il habitait à Anvers de Thomas, seigneur dé Diest, en sa qualité de Burggrave d'Anvers. Les villes de Lierre et d'Herenthals reconnaissent, dans une lettre du 2 juin 1377, qu'elles sont tenues au Burglregt , c'est-à-dire à l'obligation d'entretenir les fortifications du Bourg d'Anvers, et que, lorsqu'elles en sont requises, elles doivent se rendre en armes sous le commandement du Châtelain : services pour lesquels elles étaient affranchies du paiement du tonlieu appelé Riddertol. Beaucoup d'autres localités, parmi lesquelles nous trouvons Malines et Vilvorde, étaient soumises au Burgtregt; mais la plupart avaient racheté la corvée de réparer les murs , les tours et les portes , de curer et de neltoyei* les fossés (0 , moyennant une redevance en argent , qui , à la fin du XIV" siècle, rapportait annuellement au trésor ducal jusqu'à 1500 nobles, d'où cette redevance avait pris le nom de Nobelgell. Les habitants de la ville étaient compris dans cet impôt pour une somme de 880 nobles, en échange desquels ils étaient exemptés, eu\ et leurs marchandises, des péages perçus sur TEscaut à Saftingen et à lUipelmonde.

Le Bourg, ou, pour parler plus clairement, la Chàlellenie d'Anvers formait un fief-de-bannière du S ^-Empire Romain. Toutefois, ce n'était pas le seigneur de Diest, Burggrave d'Anvers, mais le Marquis du S'-Empire qui en était investi;

(I) . . .de grechten te ruymen ende te veghen , de muren , poorten ende torens te repareeren , etc. Charte de Philippe-le-Bon de l'an Ui6 , aux archives do hi ville.

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