CHAPITRE TUOISIÈMK. .'{J
romino aussi eÏMail le îMarquis, cVst-à-diro le duc do Hrabanl, qui percevait le ]iurgt)-(>f)t.
Quand la ville se Irouva bien entourée de solides fortifications, les ducs de Brabanl attachèrent moins d'importance à l'entretien des murailles du Bourg. Ils commencèrent à permettre à des particuliers d'y appuyer d'autres constructions, et même de bâtir par-dessus. Ainsi, en 1287, Jean I permit aux chevaliers teutoniques de bâtir sur les murs du Bourg, pourvu que la construction ne nuisit pas à sa défense; mais il paraît bien difficile que cette condition fut observée. En 1292, le même prince accorda une autorisation semblable à Jean Van Wyneghem. Enfin, par lettres du 18 mai 1481, l'empereur Maximilien et sa femme Marie de Bourgogne vendirent à la ville la propriété, plus onéreuse que productive, des murailles et fossés du Bourg, pour la somme de trois cents livres de Brabant, une fois payées, et une rente annuelle de quinze livres (0.
Au commencement du XIP siècle, Anvers prospérait, grâce à son heureuse situation , à ses libertés , à l'intelligence commerciale et à l'activité de ses habitants, quand son repos fut violemment troublé par une de ces commotions sociales que l'Église appelle des hérésies, et qui méritent si profondément de fixer l'attention des historiens. Vers l'an 1106 apparut dans ces contrées un personnage du nom de Tanchelin ou Tanchelm, dont l'origine est demeurée un mystère. Il n'est pas plus facile de distinguer ses véritables doctrines, au milieu des accusations confuses, et portant moins sur ses doctrines que sur ses mœurs, dont il fut l'objet de la part des écrivains ecclésiastiques. Il
(l) BuTKENS, Trophées du Brnhant , tome I. p. 503.
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semble toutefois qu'elles se rattachaient à celles des Manichéens et des Adamites; mais dans les agitations populaires quVlles excitèrent, on sent \aguement palpiter une question sociale. On y reconnaît les satires violentes contre Porgueil du clergé et les attaques indirectes contre l'oppression féodale qui avaient suscité la guerre des Albigeois. Ainsi il sapait l'organisation de l'Église par sa base en défendant à ses disciples de payer la dîme. Quant à l'extravagance de la mise en scène, elle s'explique par l'ignorance et la grossièreté des esprits auxquels il s'adressait. On serait tenté de (axer les historiens d'exagération, si les mêmes faits ne s'étaient reproduits à d'autres époques. Tanchelin est le précurseur de Jean de Leyde, et dans l'histoire de son hérésie, on croit lire celle des Anabaptistes.
La facilité avec laquelle ses doctrines se répandirent, donne d'ailleurs une faible idée de l'état moral et religieux des populations de ce temps. Il n'y avait alors à Anvers, pour le service du culte, qu'un seul prêtre; encore le scandale de ses mœurs privées lui enlevait-il tout prestige et toute autorité. Ceux qu'il aurait dii fortifier par son exemple et éclairer de ses lumières, croupissaient dans l'ignorance et le désordre. Ils étaient, pour le hardi novateur, une proie sans défense.
Cependant, il y avait entre Anvers et le Kiel, sur le bord de l'Escaut, une église dédiée à S*-Michel, desservie par un chapitre de chanoines, qui rapportait sa fondation à Godefroid de Bouillon en 1096. Quelle fut la conduite de ces chanoines, dans des circonstances si graves pour eux? Demeurèrent-ils paisibles spectateurs de ces désordres, ou ne purent-ils rien faire pour y remédier? Quelle que fût la cause de cette inaction, elle a fait planer sur eux un soupçon de complicité, que rien, il faut le dire, n'autorise à croire fondé.
Du marquisat d'Anvers, l'hérésie de Tanchelin se répandit